Utopiales 2026 : Vous rêvez de révolution ?

Les mobilisations sociales, les tropismes liberticides et la montée des extrêmes droites, les inquiétudes globales, ont pesé sur les débats des Utopiales. Le Grand Auditorium (1000 places) fermé pour travaux, les autres espaces ont subi une surfréquentation rendant souvent compliqué d’y accéder. Tout cela a installé une ambiance particulière, le sentiment d’une épée de Damoclès ou d’un vaisseau alien planant au-dessus du grand hall de la Cité des Congrès.


Les Utopiales, festival de science-fiction, s’est tenu à Nantes du 29 octobre au 1er novembre 2026. Si la fermeture de la Salle 2001 (nom du Grand Auditorium pendant le festival) n’a pas été compensée par la location d’un espace comparable, il faut y voir une conséquence de « l’abandon » par le Conseil Régional des Pays de la Loire (majorité de droite et du « centre ») de sa subvention aux Utopiales fin 2024 (15 % du budget dédié à la programmation). Le prix des billets a augmenté et le panel des invités était peut-être un peu moins brillant que les années précédentes. Malgré cela, le festival a encore une fois été le lieu de discussions et de rencontres passionnantes, notamment pour prendre le pouls de la situation éditoriale de l’Imaginaire en France.

SF coréenne : féminisme et IA

En partenariat avec l’Institut français, la science-fiction coréenne est mise à l’honneur.

Yeonjung Kwon, éditrice et traductrice, fait un rapide panorama : pendant les années 1980, la Corée a connu un boom de la science, mais aussi de la SF ; il s’est prolongé à la décennie suivante, notamment à travers le développement de clubs, du fandome et grâce à des subventions et au soutien du gouvernement. Dans les années 2000, alors que le succès touchait plutôt des romans fantastiques, la science-fiction a connu plus de difficultés. « La Corée n’ayant jamais attaqué d’autre pays », sa SF fait preuve de plus de « gentillesse » que la moyenne, s’attachant aux exclus, aux pauvres. Dans une société dominée par l’IA, beaucoup de gens se retrouvent isolés.

Seolyeon Park, jeune autrice – elle est née en 1989 – indique que son roman Magical Girl est « un mélange hybride ». Par son genre, entre science-fiction et merveilleux, aussi bien que par ses thèmes : son héroïne a des pouvoirs surnaturels mais également des difficultés à remplir son frigo.

Dolki Min se présente la tête dissimulée sous un masque de papier mâché. Il n’a jamais pensé écrire de la science-fiction et considère plutôt Prendre forme comme relevant de l’horreur ou de la comédie noire. Il traite de la transformation des corps, avec comme objectif de bousculer les normes coréennes et de prendre en compte la crise du climat.

Kim Bo-Young remarque que, « contrairement aux Français, les Coréens ne se vantent pas ». Comme elle ne peut pas chanter ses propres louanges en Corée, elle va le faire ici, sollicitant la bienveillance du public : son recueil de nouvelles qui vient d’être traduit en français, De l’origine des espèces, a fait partie de la liste du National Book Award en 2021. Elle souligne que la science-fiction tient une place importante en Corée depuis 2015 et le mouvement MeToo, reflétant les revendications féministes, et cherchant à réconforter les exclus de la société.

Seolyeon Park indique que le féminisme se heurte cependant à « une répression énorme », et donc que « le combat continue ». Yeonjung Kwon précise qu’elle a travaillé vingt ans en Chine et au Japon, où les femmes se font beaucoup moins entendre. Les Chinoises sont en général impressionnées par le féminisme de la SF coréenne.

La discussion en arrive ensuite à l’IA. Yeonjung Kwon juge que l’Intelligence Artificielle supprimera la « barrière de la langue », favorisant la traduction en coréen d’auteurs comme Alain Damasio. Kim Bo-Young souligne que l’IA est omniprésente dans l’enseignement mais qu’elle ne pense pas que les écrivain·es coréen·nes l’utilisent pour écrire. Dolki Min affirme que « [s]a fierté est plus forte que l’utilisation de l’IA ». Seolyeon Park ajoute : « Je crois que je suis meilleure que l’IA, mais peut-être que je suis arrogante ».

Utopiales 2026
Utopiales 2026 © Michael Meniane/Lensman Studio

Le Bélial’, trente ans d’édition sans papillonner

Olivier Girard, fondateur du Bélial’, indique que la maison d’édition indépendante est née « de l’amour de la science-fiction », et à partir d’une revue, Bifrost. Bien que de taille volontairement limitée, elle a eu dès le début une dimension collective. D’abord avec Gilles Dumay, rapidement parti diriger « Présence du futur », mais toujours compagnon de route à travers Bifrost ou les livres qu’il écrit sous le nom de Thomas Day. Avec Erwann Perchoc, « alter ego » d’édition. Avec Laetitia Rondeau, arrivée pour s’occuper des manuscrits en souffrance, et chargée depuis du domaine français, des sessions, de la comptabilité… Avec Roland Lehoucq, astrophysicien, président des Utopiales, responsable dès 1998 de la rubrique « scientifiction » dans Bifrost, puis de la collection « Parallaxe », dont le but est de « diffuser des connaissances scientifiques en les appliquant à la SF ». Et avec bien d’autres puisque une cinquantaine de personnes peuvent être impliquées dans un numéro de Bifrost.

Avec Bifrost, la collection « Une Heure-Lumière » est « la colonne vertébrale » du Bélial’. Un concept inédit, imité ensuite par d’autres éditeurs, qui propose des novellas en semi-poche (ce qui a nécessité d’inventer un nouveau type de contrat) et connaît un vrai succès. Avec un tirage moyen de 4-5 000 exemplaires, et des ventes jusqu’à 40 000 exemplaires pour certains titres. Rossignol, d’Audrey Pleynet, publié par Laetitia Rondeau, est l’exemple d’une réussite dans la collection.

Olivier Girard affirme son appétence pour la forme courte, en particulier pour la nouvelle, format de référence, puisque la SF « s’est constituée autour de ça ». La collection « Quarante-Deux » rassemble des nouvelles selon un choix exigeant, manifestant la volonté de faire découvrir des auteurs anglo-saxons en France. Ou dans une logique d’intégrale raisonnée, pour Greg Egan, par exemple. Les nouvelles sont choisies par Ellen Herzfeld et Dominique Martel, qui ont constitué une impressionnante bibliothèque de 50 000 volumes de science-fiction. Un titre sur deux de « Quarante-Deux » a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire, et La Ménagerie de papier, recueil d’un auteur inconnu à l’époque, Ken Liu, s’est vendu à 6 500 exemplaires.

Enfin, la collection « Archives du futur » est née du constat qu’en général, « l’état du fonds SF est calamiteux ». Elle rend disponibles des livres importants épuisés. Gilles Dumay souligne que Le Bélial’ défend très bien ses auteurs. Olivier Girard confirme que son principe est de « ne pas papillonner ». Quand la maison a accueilli Alastair Reynolds, ils ont fait un dossier Bifrost, deux « Une Heure-Lumière », puis ont vendu 8 000 exemplaires d’un de ses romans.

Olivier Girard conclut : « Un éditeur qui va bien est un éditeur qui ne publie pas », il vit de son fonds sans avoir besoin de produire des livres pour faire rentrer de la trésorerie.

Choquons la bourgeoisie

Au début de la table ronde « Observer pour contrôler », quelqu’un dans le public crie : « Vous rêvez d’imaginaire ? … Vous rêvez de révolution ? … Rendez-vous à…. à 17 h… 13 h 30… », rappelant que le samedi 31 octobre est jour de manifestation et d’Halloween. Le reste se perd sous les interventions amplifiées de la table ronde. Mauvais timing : quelques minutes avant, il y avait le silence, et à la fin de la table ronde, le micro circulait dans le public. Bien que les manifestations aient été interdites dans le centre de Nantes, des appels ont circulé : « Nantes Acte 3 : 31 octobre, c’est les ténèbres ! Deux Rendez-vous :17 h Place du Cirque et Croisée des trams. On vient choquer la bourgeoisie ! Manif festive et déguisée jusqu’au bout de la nuit ».

Vers 17 h 30, les portes de la gare fermeront « par ordre de la police » parce qu’une manif approche. On voit arriver depuis le hall les hordes sauvages : quelques silhouettes clairsemées au pas de promenade. La bourgeoisie devrait plutôt craindre les sangliers : pour la deuxième année d’affilée, l’un d’eux se sacrifie pour arrêter le TGV dans lequel l’auteur de ces lignes quitte Nantes.

Utopiales 2026
Utopiales 2026 © Michael Meniane/Lensman Studio

Tout est fait pour les hommes d’1,80 m

La table ronde est 100 % féminine et il s’avère qu’ « Observer pour contrôler » est à prendre dans un sens individuel et intime. Les romancières Claire North, Veronica Roth et Katia Lanero Zamora soulignent toutes le poids de la famille, de la peur de mal faire, des injonctions faites aux petites filles et aux femmes de ne pas prendre trop de place, de rester belles.

Veronica Roth souligne que beaucoup d’objets sont conçus pour des hommes d’1,80 m : les téléphones portables, les ciseaux, les couteaux, les voitures… À les utiliser, 50 % de la population « souffre en raison de causes invisibles ». Elle souligne que, quand elle a connu le succès à 23 ans pour Divergente (2011), beaucoup de personnes à qui elle a dû parler s’attendaient à ce qu’elle soit stupide. Ces moments difficiles expliquent en partie pourquoi elle a attendu si longtemps avant de revenir à l’univers de Divergente avec La sixième faction.

Claire North indique qu’en tant que « personne autiste non binaire », elle ne croit pas au genre comme marqueur d’identité. Quand on est autiste, on essaie de correspondre à ce qu’on attend de vous, mais c’est impossible, « on fait toujours mal ». L’autisme présente quand même des avantages : rester concentrée sur l’écriture cinq heures d’affilée, ne pas être touchée par des critiques dont on ne comprend pas les enjeux émotionnels.

Katia Lanero Zamora remarque que les réactions à Re:Start, son livre sur une communauté dédiée à la beauté des femmes, la renvoie encore à ses angoisses. Ce n’est pas parce qu’on écrit sur un traumatisme qu’on s’en est forcément sorti, qu’on l’a surmonté. Les prises de parole des intervenantes provoquent l’enthousiasme du public, en particulier l’énergie et l’humour de Claire North.

Le monde imite la SF

La rencontre avec Serge Lehman et Fabrice Colin qui ont signé ensemble le scénario de la BD La Brigade Chimérique (2009), fait le point sur leur parcours et leur vision de la SF.

Fabrice Colin a été inspiré par des œuvres comme Dune, les livres de Robert Silverberg, et plus encore Le Seigneur des Anneaux, mais il a arrêté de lire des littératures de l’imaginaire quand il a commencé à en écrire. Pour autant, il ne sera jamais « un membre de l’autre club, celui de la littérature blanche ». Il y aura toujours pour lui un ronronnement spéculatif en arrière-plan. Il a commencé à écrire chez Mnémos vers 1997-1998, de la fantasy, genre qui ne ployait pas « sous le poids d’une doxa trop lourde ». Même s’il ne raffole pas de discuter d’écriture et que, par nature, il n’aime « pas être là où on veut qu’[il] soit », il se souvient avoir éprouvé un sentiment d’appartenance lors des premières Utopiales à Nantes. Il retrouve avec les autres auteur·ices d’imaginaire, « une connivence, une bienveillance et des valeurs communes »

Serge Lehman a découvert la science-fiction à dix ans dans une bibliothèque municipale possédant les quatre cents premiers volumes de la collection « Anticipation », au Fleuve Noir. Vers douze treize ans, il s’est plongé dans l’Histoire de la science-fiction moderne de Jacques Sadoul, et il a décidé que c’était ce qu’il voulait faire. Dans les années 1980, on pouvait se sentir seul quand on était passionné de SF : une micro-convention rassemblait « dix gars assis dans un couloir ». Pour autant, l’histoire de l’imaginaire commence dès Homère : « on hérite d’un limon d’histoires et d’images ».

Lorsque le N° 1000 d’« Anticipation » est paru, Serge Lehman avait seize ans. Il a calculé qu’il en aurait trente-cinq pour le N° 2000, et il s’est promis de le signer, ce qui est arrivé avec Wonderland (1997). Jacques Sadoul, qui dirigeait J’ai Lu, a longtemps donné le la à toute l’édition française, imposant une vision de la SF comme genre américain, « le dialogue se faisait à sens unique ». C’était frustrant, car des auteurs qui rencontraient un succès critique et public comme Serge Brussolo ou Pierre Bordage n’influençaient pas du tout la science-fiction mondiale.

En tant que théoricien, Serge Lehman a éprouvé un sentiment d’impasse. Tout ce qui avait précédé la SF américaine était oublié. Il lui a fallu beaucoup de temps pour renverser la table, ce qu’il a commencé à faire avec l’anthologie Chasseurs de Chimères (2006). Il avait l’intuition que le thème de Metropolis pouvait être une porte de sortie, un mythe de la science-fiction européenne entendable par le monde entier.

Si les romans hexagonaux n’ont pas été considérés, en revanche, jusqu’à l’avènement du manga, la bande dessinée française a été l’influence visuelle majeure de la SF mondiale, avec Métal Hurlant, Moebius, Druillet, Schuiten, Bilal, Valérian… L’album dans le métro de Paris, Métro Châtelet direction Cassiopée (1980), a marqué Lehman comme le moment le plus fort des Valérian et l’a amené à l’intuition d’un rapprochement possible Métro/Metropolis, à travers un rétrofutur alternatif cauchemardesque dans les années 1920-1930. Combinée à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires d’Alan Moore, cette idée a fait naître La Brigade Chimérique. Au départ, ce devait être un roman, « J’en avais écrit 600 pages, j’avais des milliers de pages de notes ». Avec des centaines, voire des milliers de textes de l’époque à lire, le projet pouvait être écrasant. L’aspect graphique permettait de se rattacher à la forte tradition de la BD de science-fiction française. Aujourd’hui encore, Le Château des Étoiles d’Alex Alice joue consciemment sur une redécouverte de notre héritage en tant qu’Européens, en recourant à un genre, le steampunk, nourri par la fascination pour Jules Verne, pour les dessins d’Albert Robida… « La Brigade Chimérique a eu plus d’influence sur la SF que tout le reste de son œuvre ».

"La Brigade chimérique", Serge Lehman et Fabrice Colin © Atalante
La Brigade chimérique © Serge Lehman, Fabrice Colin, Gess et Céline Bessonneau

Fabrice Colin précise que Serge Lehman lui a présenté le projet en annonçant : « Je vais faire un truc avec Hitler et Freud ». Lui a une approche plus aérienne de la fiction. Il suit d’abord l’envie de raconter quelque chose, puis réfléchit à ce que ça dit. Une Grande Idée peut être si énorme qu’elle dévore son créateur. Fabrice Colin est intervenu sur La Brigade Chimérique un peu comme Sam soutient Frodon.

Selon Serge Lehman, on vit dans un monde de science-fiction. On est suspendu à ce qui arrive à l’Intelligence Artificielle. Des milliardaires fous comme Elon Musk, Peter Thiel, font ce qu’ils ont lu dans des romans de SF. Quand Le Problème à trois corps de Liu Cixin a été un grand succès en Chine, le parti communiste chinois s’est félicité : « Nous avons enfin rattrapé les Américains ! ».

Fabrice Colin indique qu’on se dit que « mais si ça continue comme ça, c’est la fin du monde ». Les gens aux manettes répondent : « Oui, oui, c’est exactement ça. Mais seulement pour vous, la fin du monde ! ». L’avis des auteur·ices de science-fiction, comme Alain Damasio ou Catherine Dufour, est recherché parce que, dans une ère de post-vérité, on fait plus confiance à des gens qui racontent des histoires qu’à des experts qu’on ne considère plus comme objectifs. La moitié des livres de Giulano da Empoli, vu comme un prophète, sont des romans.

« L’humour est du côté de la gauche »

« Comment est votre rébellion ? » demande une table ronde qui réunit Veronica Roth, Estelle Faye et Chloé Vollmer-Lo. Estelle Faye commence à se rebeller contre les questions du modérateur, qui a fort à faire : « Mon roman ne répond pas vraiment à la question, il ne raconte pas vraiment une révolte. L’enjeu est de sauver sa planète ».

Chloé Vollmer-Lo explique que, dans Les visages du feu, son héroïne construit sa rébellion dans l’ouverture aux autres. Qu’il faut arriver à entraîner les tièdes et forger des alliances avec des gens avec qui on n’est pas totalement d’accord. Elle ressent beaucoup de joie en ce moment, elle fait sa vaisselle en chantant « J’ai deux passions, la fanfare et la révolution ! » et trouve qu’« en manif, tous ces gens ont l’air tellement sympa ». Elle conclut que « l’humour est du côté de la gauche ».

« Gérard Klein était superstitieux »

2026 marque aussi les 40 ans de la collection Imaginaire du Livre de Poche (groupe Hachette). Paul-Etienne Garde, éditeur de la collection depuis 2023, revient sur son histoire.

La première collection de SF au Livre de Poche a été « La Grande anthologie de la science fiction », dirigée, entre autres, par Jacques Goimard et Gérard Klein. À partir de 1974, ces anthologies thématiques de nouvelles anglophones, Histoires d’extraterrestres ou Histoires de robots, se vendent à plus de 100 000 exemplaires. Entre 1988 et 2005, une série, sous la direction de Gérard Klein, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, est consacrée à la science-fiction française.

La collection actuelle a été créée en 1986 par Gérard Klein, qui l’a dirigée jusqu’en 2013, parallèlement à la mythique « Ailleurs et Demain », chez Robert Laffont, dont de nombreux titres seront repris au Livre de Poche. Comme Gérard Klein était superstitieux, le N°1 de la nouvelle collection a été le même que celui d’« Ailleurs et Demain » : Le vagabond de Fritz Leiber.

En termes de ventes, les trois auteurs phares sont Bernard Werber avec environ 12 millions d’exemplaires pour quarante titres, dont 2 millions pour les seules Fourmis (1991) ; Stephen King, 8 millions, avec une soixantaine de références, autant que Brandon Sanderson, directement publié en français au Livre de Poche, pour 750 000 exemplaires vendus.

Une quarantaine de nouveautés sont publiées chaque année. Le fonds est aussi mis en avant, avec des chartes graphiques dédiées aux couvertures de certain·es écrivain·es, telle Ursula K. Le Guin.

Affiche Utopiales 2026 © Léa Murawiec

« Les couvertures métallisées d’« Ailleurs et Demain » : un enfer à scanner »

Une table ronde est consacrée à l’association nooSFere, créée en 1999 pour abriter une base de données bibliographique des littératures de l’imaginaire. Fruit d’un travail collectif et bénévole, gratuite et sans publicité, mise à jour régulièrement par une trentaine de membres actifs, la base est devenue une référence pour la SF, la Fantasy et le Fantastique. 80 à 90 000 ouvrages y sont référencés, avec leurs traducteur·ices et illustrateur·ices. On y trouve aussi 11 000 critiques.

DoctriZ, docteur en littérature comparée et programmatrice du festival, indique combien ces données sont précieuses pour la recherche. Elles permettent de retrouver des textes parus dans des revues rares. Yann Olivier, éditeur à l’Atalante et programmateur du festival, renchérit en indiquant que les maisons d’édition n’ont pas toujours la mémoire de leurs publications et qu’en cas d’éditions anniversaires, nooSFere peut leur permettre de retrouver d’anciennes couvertures.

Jean-François Seignol, Bruno Para et René-Marc Dolhen, membres de l’association, évoquent le plaisir qu’ils ont à mener des recherches artisanales pour identifier les livres absents de la base ou rectifier des erreurs. Et leur fascination et leur fierté de pouvoir proposer toutes les couvertures métallisées d’ « Ailleurs et Demain » – très difficiles à scanner par ailleurs.

Quelques chiffres pour finir

L’Observatoire de l’Imaginaire est une association informelle qui, chaque année depuis dix ans, collecte des données sur les littératures de l’imaginaire, afin de mieux évaluer leur place dans le paysage éditorial.

Selon l’entreprise GfK, hors Romantasy (1,2 millions d’exemplaires), Young Adult et Jeunesse, le secteur de l’imaginaire adulte a compté en 2025 pour 4,7 millions d’exemplaires vendus, soit environ 6 % du segment de la littérature. Les dix premiers éditeurs concentrent 66 % de ces publications. La fantasy représentait 42,5% des ventes, la science-fiction 38 %, le fantastique 19,5 %.

En dix ans, le chiffre d’affaire généré par les littératures de l’imaginaire a augmenté de 47 millions d’euros (2016) à 67 millions (2025).

En 2025, nooSFere a répertorié 1430 parutions adultes, dont 840 inédits. Les livres d’auteur·ices francophones représentaient 29 % en chiffre d’affaires (GfK) et 39 % des titres parus (nooSFere).

L’auteur français le plus vendu est, de loin, Bernard Werber, numéro 1 des ventes en 2025 en poche et en grand format. Sur la période 2018-2025, les meilleurs vendeurs francophones sont, dans l’ordre, Bernard Werber (encore lui), Alain Damasio, Maxime Chattam, Jean-Philippe Jaworski, Barjavel, Pierre Bordage et Laurent Gaudé. La première femme est Christelle Dabos, dixième.

Par rapport aux ouvrages de littérature recensés dans 31 médias considérés comme les plus suivis, la proportion des livres relevant de l’imaginaire était de 3,8 % en 2016, et de 5,3 % en 2026, ce qui correspond à peu près à la part de l’imaginaire dans le nombre d’exemplaires vendus.

Concernant la parité, les autrices (y compris en romantasy) représentaient 34 % des parutions en 2015 et 55 % en 2025. Dans les nominations pour les principaux prix littéraires de l’imaginaire francophone, elles comptaient pour 19 % en 2015 et pour 51 % en 2025. Cependant, les recensions dans la presse ne portaient qu’à 32 % sur des autrices en 2026.

La discussion qui suit souligne la difficulté à mesurer ce qui se passe sur les médias uniquement en ligne et sur les réseaux sociaux. Les membres de l’Observatoire constatent que le public est beaucoup plus nombreux cette année : le jeudi à 11 h a plus de succès que le dimanche matin…