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Journal de la littérature, des idées et des arts 01/04 – 14/04 2026

En attendant Nadeau

Simon Paré-Poupart, Ordures ! Journal d’un vidangeur. Lux Editeur, Montréal, 2025. Sébastien Jacquot et Marie Morelle, Mécaniciens de rue. Réparer et vivre, d’Abidjan au Grand Paris, Presse Universitaire de Lyon, 2026.
Mécanicien (New-York) © Jean-Luc Bertini

D’avant l’aube, les métiers de rue

Dans un récit enlevé, Simon Paré-Poupart nous raconte sa vie d’éboueur à Montréal. Sébastien Jacquot et Marie Morelle s’intéressent aux mécaniciens de rue, d’Abidjan à la banlieue parisienne. Deux livres vifs, qui nous en apprennent beaucoup sur l’expérience de la rue.

Éditorial

Ça commence à nouveau

Il y a quelque chose dans le monde d’aujourd’hui qui nous accable. Comme si le désastre était devenu l’habitude. Que les récits horrifiques de notre époque ne faisaient que s’empiler les uns sur les autres, s’effaçant irrémédiablement. Nous devons faire face à cette atonie. C’est une urgence vitale. Malgré l’espèce de désespoir qui nous saisit parfois, nous cherchons des voies pour penser, surseoir à l’usure de l’effroi et de l’indifférence.

Sommaire

Gilles Foucqueron
Encyclopédie de Saint-Malo
par Jean-Paul Champseix
Martin Breaugh
L’expérience plébéienne. Une histoire discontinue de la liberté politique
par Marc Lebiez
LECTURE DU JOUR
Pia Patersen, Dog Fiction,
« Le chien « chinois » », Carolus-Duran (1884) (Détail) © CC0/WikiCommons

Entre transformation et altérité

Avec Dog Fiction, Pia Petersen signe un roman où l’analyse critique et la satire passent par le point de vue d’un chien. Ce regard inédit interroge notre rapport à la fiction, à l’identité et à la lucidité nécessaire sur soi et le monde.
LECTURE DU JOUR
"Hécube, pas Hécube", Tiago Rodrigues (2024) © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
« Hécube, pas Hécube », Tiago Rodrigues (2024) © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Hécube et Otis

Tiago Rodrigues s’est inspiré d’Euripide pour écrire et mettre en scène Hécube, pas Hécube, spectacle bouleversant qui montre ce que pourrait être l’origine concrète, sociale, politique, de la tragédie.
Mauro Carbone & Graziano Lingua, Pour une anthropologie des écrans. Montrer et cacher, exposer et protéger. Traduit de l'italien par Sabine Plaud. Les presses du réel, 254 p., 26 €
Ecran (Russie) © Jean-Luc Bertini

De la peau à l’écran

Dans Pour une anthropologie des écrans, Mauro Carbone et Graziano Lingua bouleversent les idées reçues sur notre relation aux médias numériques. Ils nous offrent des outils pour résister à la fascination comme au refus des écrans contemporains.
Matthias Zschokke – Pierre le Gris. Seuil, coll. « Fiction et cie », 169 p., 20 €. Matthias Zschokke – Maurice à la poule. Zoe, poche, p., 328, 12 €.
« Pots, bouteilles et verres », Juan Gris (1911) (Détail) © CC0/WikiCommons

Intérieur gris

Le dernier roman de Matthias Zschokke, Pierre le Gris, est empreint d’humour et de mélancolie. La langue y cherche constamment à creuser le fond opaque et incompréhensible de la vie.
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Jeanne Favret-Saada, L’impossible famille Rivière. Retour sur un triple meurtre en 1835, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 2026, 357 p. 23 euros
« Un parricide », A. Mauger (XIXᵉ s.) (Détail) © CC0/Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Le genre d’un crime

Dans L’impossible famille Rivière, Jeanne Favret-Saada livre un nouveau regard sur Pierre Rivière, le matricide dont Michel Foucault avait publié le mémoire autobiographique. Ce faisant, elle nous offre une magistrale leçon d’anthropologie historique.
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Inger Christensen. Ça. Traduit du danois et préface de Janine Poulsen (La rumeur libre, 2025) Inger Christensen. La vallée des papillons. Alphabet et autres poèmes.
Gouache noire sur papier photo (2003) © CC0/Flickr

Les choses comme elles sont

Ça, dont la traduction française vient de paraître, est sans nul doute l’œuvre majeure de la poète danoise Inger Christensen. C’est une somme merveilleuse, un magnifique résumé de toutes les angoisses du vingtième siècle.
Seamus Heaney, 100 poèmes,
« La Baie », Roderic O’Conor (1913) © CC0/WikiCommons

Seamus Heaney, « mystérieux et accessible »

100 poèmes, anthologie captivante, retrace le cheminement du grand poète irlandais Seamus Heaney. Elle s’adresse aussi bien aux amateurs de l’auteur qu’à ceux qui ne l’étaient pas encore.
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Charlène Descollonges, Eaux vives. Pour une hydrologie régénérative
Big Bend National Park (Texas) © Jean-Luc Bertini

Le savoir du castor

Charlène Descollonges publie Eaux vives, un manifeste pour l’hydrologie régénérative. Cette science récente vise à revitaliser les cycles de l’eau, en tirant notamment des enseignements de l’activité des castors et de l’influence des arbres.
Romaric Godin, Le problème à trois corps du capitalisme, sur la gestion autoritaire du désastre (et les moyens de lui faire face)
La fabrique des consommateurs © CC BY-SA 2.0/r2hox/Flickr

L’hydre capitaliste

L’analyse et les propositions de Romaric Godin dans Le problème à trois corps du capitalisme sont intéressantes et stimulantes. Par certains aspects, elles appellent cependant à être discutées.
Frédéric Fruteau de Laclos, Bruno Latour et l’anthropologie des modernes. Contre-enquête, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 2026, coll. « Moments philosophiques », 186 p, 12€
« Un jour poulet, toujours poulet », László Moholy-Nagy (1925) © CC0/WikiCommons

Penser avec et contre Latour

Dans son dernier livre, Frédéric Fruteau de Laclos réunit plusieurs lectures de Bruno Latour qui témoignent de l’évolution de son rapport à cet auteur. La « contre-enquête » qu’il propose multiplie les perspectives interprétatives et critiques.
Michel Naepels, Chroniques de l’intranquillité. Violence, prédation et protection en situation postcoloniale,
Démobilisation des Maï Maï au Nord Katanga (2009) © CC BY 2.0/Radio Okapi/Flickr

Le quotidien de la violence postcoloniale

Comment vivre dans une région où règnent la violence et la prédation ? Contribution essentielle, les Chroniques de l’intranquillité de Michel Naepels mettent en lumière les stratégies des villageois du Katanga pour y faire face. C’est aussi une réflexion éclairante sur les pouvoirs et les limites de l’anthropologie.
Alexander Kluge
« Le Déluge », John Martin (1834) (Détail) © CC0/WikiCommons

L’angoisse lucide

Alexander Kluge a imposé des formes discontinues pour penser notre monde. Inscrivant son expérience dans un temps long, il l’a reliée à d’autres, à des textes, des évènements. Revenons sur une œuvre exceptionnelle qui nous offre une angoisse lucide.
DOSSIER
Alexander Kluge Chronique des sentiments En attendant Nadeau
Alexander Kluge © Markus Kirchgessner

L’œuvre gigantesque d’Alexander Kluge

L’un des plus grands écrivains allemands est mort à 94 ans. EaN revient sur le travail obstiné, puissant et discret d’Alexander Kluge. Nous vous invitons à relire l’ample entretien qu’il nous accordait en 2018, un texte inédit qu’il offrait à notre journal et deux lectures de ses livres.