248

Journal de la littérature, des idées et des arts 08/07 – 25/08 2026

En attendant Nadeau

Etats du livre 2026 Logo
© Delphine Presles

États du livre

Hors-série de l’été (2) – En attendant Nadeau est un journal numérique. Il a beau défiler sur les écrans, il ne perd jamais de vue l’aspect physique du livre : son dos, sa tranche, ses pages cornées, ses ratures, le fil de ses cahiers et la main de son papier. Pas de fétichisme ici, ni de nostalgie, seulement l’idée que la forme d’un livre contribue à sa richesse et à sa complexité en plus de garantir notre plaisir. Elle lui permet parfois d’échapper au mauvais sort de la marchandise la plus toc.

Éditorial

Le livre dans tous ses états

Période de « vacance », de temps plus libre, l’été permet des pas de côté, un autre rythme. Pour En attendant Nadeau, il offre la possibilité, grâce à un dossier, de porter l’attention sur un thème selon des angles variés. Cette année, marquant une décennie du journal, nous avons choisi ce qui en fait le cœur : le livre, sa situation, ses états, ses usages. Pierre Senges, qui a initié et coordonné ce dossier, nous en dit plus ci-dessous, mais rappelons que le milieu de l’édition, et le livre dans sa matérialité même, subissent actuellement une situation d’inquiétude et d’instabilité, provoquée par l’évolution de la technologie et d’une économie de plus en plus concentrée.

Sommaire

Ritchy Thibault
Voleurs de poules ! Combattre l’antitsiganisme
par Lise Foisneau

Exposition « Djamel Tatah. Répéter – Muter »
par Bernadette Saou-Dufrêne
L'Oie de Cravan
« L’Oie de Cravan, 33 ans sous les mers » © L’Oie de Cravan

« L’éditeur lent » : entretien avec L’Oie de Cravan

Il y a trente-quatre ans naissait une oie étrange, de l’autre côté de l’Atlantique : L’Oie de Cravan. C’est le nom d’une maison d’édition montréalaise, indépendante, cousue main, attentive à la beauté de ses livres et à la poésie, où qu’elle se trouve.
Livre 2026 Sophie E
Livre plié © CC BY-SA 2.0/Tanja-Milfoil/Flickr

Objectif livre

Les livres s’offrent à notre lecture, c’est entendu. Mais pas seulement ! Ils sont faits aussi pour être regardés, saisis, feuilletés, admirés comme des tableaux ou manipulés comme des dispositifs. Polymorphes, ils servent aussi parfois de presse-papier.
Tous les mercredis, notre newsletter vous informe de l’actualité en littérature, en arts et en sciences humaines.
« L’Utopie ou le traité de la meilleure forme de gouvernement ». Face au frontispice reproduisant une gravure de l’île d’Utopie abordée par une caravelle, la page est constituée d’un échantillon de l’alphabet inventé par l’auteur, un Anglais nommé Thomas Morus,
« Et in Arcadia ego », Nicolas Poussin (1638) (Détail) © CC0/WikiCommons

Faire vivre l’Utopie

Il y a un demi millénaire et des poussières, un éditeur de Louvain publiait Utopia de Thomas More, accompagné d’illustrations et d’un alphabet utopien. Graveurs et fondeurs travaillant sur le livre prennent ici la parole et déploient un savoir immense.
Contribuez à l’indépendance de notre espace critique
PAL Pile à lire Livre 2026 Passage
Sketchbook, Mario Felipe (2017) © CC BY 2.0/Mario Felipe/Flickr

Passage

Montaigne écrit : « Je ne peins pas l’être, je peins le passage. » Dans cette phrase, on peut remplacer être par livre sans rien perdre au change. L’essentiel est que les livres circulent de main en main, comme les idées d’une conscience à l’autre.
« Contrivance Naturelle », Carle Hessay (1966) © CC-BY-SA-4.0/Carle Hessay

Clé de sans

Que se passe-t-il si un livre, comme au cours d’un rêve de demi-sommeil, devient un pur objet, indépendant de toute écriture ? Il lui reste étonnamment quelque chose de littéraire, comme si son étoffe était faite d’alphabet.
Le petit prêtre, le mycélium et le scorpion
Mycelium © CC-BY-SA-3.0/Emma993/WikiCommons

Le petit prêtre, le mycélium et le scorpion

Dans son fragment D 632, Georg Christoph Lichtenberg affirme : « On pourrait appeler un livre une sorte de tout ce qu’on peut. » Cette fois encore, impossible de lui donner tort, l’expérience littéraire (et pas seulement) le prouve.
ÉDITO HORS-SÉRIE
« F011 », Hervé Germain (2011) © CC0/Hervé Germain/Flickr

États du livre

Explorons la manière dont nous lisons, dont nous percevons les livres. Manières de réfléchir leur place dans nos vies et le poids que la lecture y occupe. Essayons de porter des regards ouverts, variés et lucides sur ce que nous en fabriquons.
« Evening Star No. III », Georgia O’Keeffe (1917) © CC0/WikiCommons

Les mots émis

Entre une liseuse et un écran de téléphone, le livre « en papier » continue de se faufiler. On le reconnaît d’ailleurs au fil reliant ses cahiers l’un à l’autre, pour les faire tenir ensemble. Il n’est pas interdit d’y voir une métaphore.
"Nadja", d'André Breton (Edition de 1964) © Le Livre de Poche
« Nadja », d’André Breton (Edition de 1964) © Le Livre de Poche

L’amour et la haine des livres

Certains livres ont une façon intense d’être présents, pas étonnant alors si les souvenirs qui s’y rattachent sont précis : une coquille dans les Œuvres complètes d’Isidore Ducasse, la marque d’un clou dans un livre ayant servi de marteau.
Avignon 2026 / En toute correction politique / DGB
Répétition de Maldoror, Julien Gosselin © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Avignon, en toute correction politique 

Chaque année, EaN fait escale au Festival d’Avignon. Un premier article qui nous parle du spectacle de Julien Gosselin, de la tenue d’un rôle par Vincent Dissez, d’Apollinaire ou d’un étrange objet appelé cuckoo.
Élodie Boissard, Philosophie de la dépression
« Abstrait n°231 », Carle Hessay (XXᵉ s.) © CC-BY-SA-4.0/Carle Hessay/WikiCommons

Quand l’humeur devient dépression

Dans Philosophie de la dépression, Élodie Boissard envisage la dépression d’une manière inédite et stimulante. Refusant l’univocité de la notion, elle propose des pistes pour la penser globalement et voir qu’elle engage nos valeurs et nos imaginaires émotionnels. 
Mariana Enríquez, La descente, c’est le pire.
Mariana Enríquez (2023) © Nora Lezano

Les nuits fauves de Buenos Aires

Mariana Enríquez avait dix-neuf ans lorsqu’elle a écrit La descente, c’est le pire. Le livre fit scandale à Buenos Aires. Précurseur, ce premier roman jouissif troublait le genre et trompait les genres littéraires. Une manière de mieux comprendre une œuvre décidément marquante.
Angélica Gorodischer, Prodiges.
« Paysage rhénan », Hugo Mühlig (1880) © CC0/WikiCommons

Flux de langage

Prodiges, de l’Argentine Angélica Gorodischer, est un étonnant roman choral, aux lisières du fantastique. Son flux textuel nous plonge dans la conscience de plusieurs personnages reliés par la maison où ils habitent.

Sortir de l’impasse

Sommes-nous prisonniers une fois pour toutes de notre situation contemporaine ou existe-t-il des moyens d’en sortir ? Deux rééditions de Michael Löwy et Dionys Mascolo ainsi qu’un essai de Danny Trom avec des inédits de Norbert Elias semblent nous fournir des issues.

 À la vie, à la mort ?

L’écrivain suisse alémanique Alain Claude Sulzer est un romancier plus qu’habile. Son œuvre discrète et subtile n’a pas le renom qu’elle mérite. Son nouveau roman, F. comme frères, plonge dans notre histoire commune et place la fraternité plus haut que tout. 

Un historien au monde

Lire De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde ? alors que s’ouvre « Le Banquet de Lagrasse », c’est découvrir un subtil et sensible autoportrait intellectuel de Pierre Singaravélou. Un bref ouvrage des plus précieux.