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Journal de la littérature, des idées et des arts 29/04 – 12/05 2026

En attendant Nadeau

Jacqueline Manicom, La Graine
« Vous les abandonnez et vous chialez ; ça ne prend pas, les grimaces !… ». Illustration dans L’Assiette au beurre (21/09/1907) (Détail) © Gallica/BnF

À faire naître

Il y a cinquante ans paraissait La graine. Journal d’une sage-femme de Jacqueline Manicom. Un témoignage salutaire et saisissant, dans lequel les souffrances des femmes – accouchements, fausses couches, avortements dissimulés, violences gynécologiques, racisme… – sont décrites sans fard.

Éditorial

Le monde comme il est

Il est urgent d’être lucides ! Voici un impératif qui porte nos lectures, nous enjoint à ne pas être passifs, à ne pas se rétracter, à accueillir le monde comme il est, d’y percevoir des raisons de s’inquiéter et d’autres de se rasséréner. Être lucides, c’est ne pas tomber dans l’excès d’une inquiétude affolée et céder à la panique, mais faire face à ce qui s’y passe et trouver des raisons de croire en un sentiment heureux de la beauté, une résistance des idées et de ceux qui les portent.

Sommaire

Jean-Luc Lagarce
Les règles du savoir-vivre dans la société moderne
par Paul Bernard-Nouraud

Ici sont les dragons. Première et deuxième époques
par Dominique Goy-Blanquet
LECTURE DU JOUR
Geneviève Haroche-Bouzinac Yvonne Jean-Haffen, de Jacques Ellul, de la Main à plume ou encore d'Alexandre Weissberg-Cybulski.
« Résistances surréalistes. Claude Cahun et la Main à plume », Léa Nicolas-Téboul (Détail) © Terres de feu

Des oubliés

Notre chronique donne aujourd’hui la parole à des oubliés, qu’il s’agisse d’Yvonne Jean-Haffen, de Jacques Ellul, de la Main à plume ou encore d’Alexandre Weissberg-Cybulski.
LECTURE DU JOUR
Iain Levison  et peut-être, parmi les GR (de grande randonnée), ceux de Valerio Varesi, Fred Vargas et Jake Adelstein
« Premiers pas », Boris Thaser © CC-BY-2.0/WikiCommons

Chemins de noirceur 

Quels noirs sentiers emprunter en ce début de printemps ? Notre chronique « Suspense » conseille le court roman de Iain Levison, et les excursions polardeuses plus longues de Valerio Varesi, Fred Vargas et Jake Adelstein,
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Comment habiller un garçon, Cyrille Martinez,
Les Who. De gauche à droite : Roger Daltrey, John Entwistle, Keith Moon, Pete Townshend (Chicago, 1975) © CC-BY-SA-3.0/Jim Summaria/WikiCommons

L’habit fait les Monks

Le nouveau roman de Cyrille Martinez, Comment habiller un garçon, associe littérature et musique de manière jubilatoire. Ce livre plein d’humour et de légèreté fait du vêtement à la fois le reflet d’une difficulté existentielle et le motif d’une structure originale.
Guillaume Erner raconte les Schmattès
Boycottage anti-allemand. Vitrine d’un marchand de tissus avec affichette de refus des représentants allemands, rue du Sentier (30 mars 1933° © Gallica/BnF

Le monde disparu du Sentier

Dans Schmattès (Fringues, en yiddish), un récit enlevé, Guillaume Erner fait revivre le Sentier. Tout un univers en tension se dessine au fil des pages, avec son langage, ses savoirs, ses logiques, ses personnages. Et ses déboires financiers et judiciaires.
Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa dans IA. Le grand enfumage
À l’école © Jean-Luc Bertini

La nécessité fabriquée

Les auteurs d’IA. Le grand enfumage ne prétendent pas que l’intelligence artificielle est mauvaise. Ils affirment, de manière très convaincante, que sa nécessité a été imposée avant d’avoir été prouvée.
Robin Mugnier, Des abeilles au travail. Productivisme agroécologique et précarisation du vivant
Une séance d’apiculture à la Cité internationale universitaire de Paris (2014) © CC-BY-SA-3.0/ClémenceLauras/WikiCommons

L’enrôlement des abeilles

L’anthropologue Robin Mugnier a mené une enquête approfondie sur la mise au travail des abeilles pour assurer la pollinisation des cultures. Il ouvre ainsi des perspectives éclairantes sur les formes actuelles de précarisation du vivant.
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Li Shangyin ; Mémoire & Vestiges de la neige, éditions Vagabonde 
« Musiciens au paradis » (Les Caves Dunhuang, Dynastie Tang) © CC0/WikiCommons

La poésie amoureuse de Li Shangyin

Mémoire & Vestiges de la neige est un superbe recueil de Li Shangyin (813-858). Ce maître du « sentiment pur » de la poésie Tang nous offre un bouquet capiteux et austère de poèmes pour dire l’incandescence de l’amour et sa capacité à bouleverser l’ordre naturel.
Jean-Philippe Béja, Surveiller et punir en Chine, invite à faire mémoire Images brisées d’un Simon Leys
Des soldats de l’Armée Populaire de Libération marchent vers le Tibet (1950) © CC0/WikiCommons

Surveiller pour mieux régner

Dans Surveiller et punir en Chine, Jean-Philippe Béja invite à faire mémoire. À partir de témoignages inestimables, il montre la permanence de la répression chinoise.
Le troisième livre de Nadejda Mandelstam
Nadejda Mandelstam (mars 1922) © CC0/WikiCommons

L’effort et la force

Avec Le troisième livre. Mémoires s’achève la publication des écrits de Nadejda Mandelstam. L’autrice y retrace toute la vie créatrice de celui qu’elle n’a cessé d’accompagner et de soutenir : Ossip Mandelstam.
Eric Chevillard, jaune soleil
Éric Chevillard © Jean-Luc Bertini

Enjeux de mots

On lit Jaune soleil d’Éric Chevillard avec un sentiment contradictoire. Enchantés par la virtuosité et le ton revigorant mais comme saisis par une impression d’inaccompli ou d’angoisse devant le temps.
Déclaration de la personne, Elfriede Jelinek
« Le tiroir du célibataire », John Haberle (1890) © CC0/WikiCommons

Quand le fisc inspire un roman

Né de la colère provoquée par un contrôle fiscal, Déclaration de la personne permet à Elfriede Jelinek de poser une nouvelle fois la question de la culpabilité. En grande écrivaine, mi-gouailleuse mi-sérieuse, elle rend même la langue suspecte.
Isabelle Garron a composé le poème tangent, une geste à la suite d’entretiens menés auprès de dix-sept artistes visuelles.
« Formes superposées », Jessica Dismorr (1938) © CC0/WikiCommons

Un document-poème

Isabelle Garron a composé le poème tangent, une geste à la suite d’entretiens menés auprès de dix-sept artistes visuelles. Son enquête généreuse, poème épique en vers et prose brisée, a pour but de mieux comprendre ce qui motive leur création.
Michel Houellebecq, Combat toujours perdant,
« Peinture d’une chaise vide », Kefah Ali Deeb (2024) © CC-BY-SA-2.0/WikiCommons

Poésie de l’homme diminué

Devant l’effort minimal d’écriture fourni par Michel Houellebecq avec Combat toujours perdant, nouveau recueil de poèmes, on se demande si celui qui s’avoue dès la couverture déjà défait a seulement fait l’effort de prendre la plume.
Marie Derrien, Mathilde Rossigneux-Meheust,
Sur un banc (Haute-Loire) © Jean-Luc Bertini

Nos vieux fous

Avec Dernières folies, Marie Derrien et Mathilde Rossigneux-Meheust se confrontent à l’histoire complexe de la psychiatrisation de la vieillesse. Elles n’envisagent pas le grand âge comme un problème mais comme un objet qui impose d’imaginer d’autres manières de penser l’altérité.

La  fortune des tableaux à énigme

Anne-Marie Lecoq analyse le plus célèbre des tableaux de Jan van Eyck. Jean-Louis Hourquet enquête sur quelques-unes des œuvres les plus mystérieuses de Nicolas Poussin. Ces deux élucidations de l’expression « tableaux à énigme » sont passionnantes.

Perdre le fil et son chat

Dans Une année à Paris, avec Gertrude Stein, Deborah Levy entremêle sa vie à celle de l’écrivaine américaine. Un journal de bord aussi brouillon que vivifiant, où le portrait de la biographe jaillit entre les lignes.

Les bases cognitives des mathématiques

Le bagage cognitif des êtres humains et de plusieurs autres espèces animales est constitué d’un ensemble d’intuitions géométriques et arithmétiques abstrait et universel. Stanislas Dehaene et Giorgio Vallortigara le démontrent dans deux ouvrages accessibles à tous.