N°
252

Journal de la littérature, des idées et des arts 07/10 – 20/10 2026

En attendant Nadeau

Anne Carson © Éditions Corti
Anne Carson © Éditions Corti

L’œuvre mobile d’Anne Carson

Poète et essayiste, la Canadienne Anne Carson, née en 1950, vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Si son œuvre savante et inventive est reconnue dans le monde anglo-saxon, elle est fort mal connue en France. Essayons de découvrir ses livres et une démarche poétique profondément ouverte, originale et mobile. 

Éditorial

Chasser le désarroi

Lorsque l’actualité est brûlante, les livres, qui se conçoivent, s’écrivent et se publient dans le temps long, peuvent en sembler éloignés. Et pourtant, de biais, par le détour, par résonances, les couleurs du temps les imprègnent, ils aident à les percevoir en profondeur. Alors que partout en France, lycéens et étudiants expriment leurs craintes et leurs désirs – dans leur immense majorité pacifiquement – ce numéro aborde plusieurs premiers romans, œuvres de jeunes autrices et auteurs, dont ceux de Marius Loris Rodionoff et Sammy Lussan.

Sommaire

Santiago de Paoli
Exposition « Riding Hot »
par Agnès Thurnauer
Jonathan Crary
L’attention en suspens. Crise de la perception dans la culture moderne
par Laurent Jenny
LECTURE DU JOUR
Les quelqu'unes, premier roman d'Amélie Hamad, est un thriller qui se mue rapidement en un roman d'apprentissage féministe. L'intrigue en est captivante, de même que le travail sur la diversité de la forme.
La mousseline d’Helen Duncan photographiée par Harry Price (1931) CC0/WikiCommons

Fantômesse, es-tu là ?

Les quelqu’unes, premier roman d’Amélie Hamad, s’apparente à un thriller qui se mue en un roman d’apprentissage féministe. Intrigue captivante, diversité de la forme, virtuosité de l’exécution : un texte passionnant et plus que bienvenu.
Contribuez à l’indépendance de notre espace critique
Raoul Vaneigem
« Au temps d’harmonie », Paul Signac (1895) © CC0/WikiCommons

Vaneigem ou l’harmonie

Figure du situationnisme, Raoul Vaneigem est mort le 28 juillet dernier. Il laisse une œuvre importante dédiée à la défense de la vie contre la civilisation marchande. Retour généreux sur une œuvre dont la sauvegarde de la subjectivité radicale est la clef.
Ni ménagères, ni courtisanes, Marie-Pier Tardif montre que l'histoire de l'anarchisme ne coïncide pas avec celle du féminisme.
Alexandra David-Néel et le Lama Aphur Yongden au Tibet (1920) © CC0/WikiCommons

La grande effraction

Dans Ni ménagères, ni courtisanes, Marie-Pier Tardif montre que l’histoire de l’anarchisme ne coïncide pas avec celle du féminisme. Un livre passionnant sur l’émancipation et la place des femmes dans la grande arène anarchiste.
Souvenirs à la chaine, un roman de Sylvia Hansel. Elle l'est aussi de l'essai de Christophe Dejours et Gabriel Perez, La souffrance éthique
« Souvenirs à la chaine », Sylvia Hansel (Détail) © Éditions Intervalles

Trouver le meilleur en nous

Comment un employé se sent-il quand il doit conclure une vente qu’il réprouve moralement ? La question est au cœur de Souvenirs à la chaine, un roman de Sylvia Hansel. Elle l’est aussi de l’essai de Christophe Dejours et Gabriel Perez, La souffrance éthique.
Grenouille, Sergueï Shikalov
« Composition (Femme voilée) », Mikalojus Konstantinas Ciurlioni (1907) © CC0/WikiCommons

Figure entre deux feux

En racontant dans Grenouille quelques heures de la vie d’une actrice russe exilée à Paris, Sergueï Shikalov explore les contradictions d’une conscience prise entre deux feux. Il nous livre un texte subtil où l’acte politique le plus fort consiste à être attentif à ce qui se passe autour de soi.
Tous les mercredis, notre newsletter vous informe de l’actualité en littérature, en arts et en sciences humaines.
Adèle Haenel, en collaboration avec la dramaturge Gisèle Vienne, gagne une portée insurrectionnelle. Accueilli par les éditions de l'Arche, Viser juste
Dessin d’enfant © CC BY 2.0/Darin McClure/Flickr

Un récit insurrectionnel

Inventif, composite, le Viser juste qu’Adèle Haenel a écrit avec la dramaturge Gisèle Vienne déploie un texte complexe pour penser un événement biographique et sa place dans l’espace public. Un texte fort qui invite à une liberté. 
Censure, d'Anna Arzoumanov,
« La Censure reprenant son ancienne besogne » (Détail) © Gallica/BnF

Liberté de créer

Censure, d’Anna Arzoumanov, est un petit livre qui nous apprend énormément de choses sur ce que recouvre ce mot. Avec lucidité, cet essai vif nous aide à prendre de la distance avec le brouhaha du monde. 
"L’homme d’en dessous", Grégory Rateau (Détail) © Éditions Nouvelle Marge Salomé Esper, Hilda Bustamante revient. Dorcy Rugamba, Les Enfants gâtés de Butare. Arnaud Esquerre, Le point de vue manquant (médias et démocratie), Judith Lyon-Caen, « Balzac nous appartient » : une histoire politique de la transmission littéraire
« L’homme d’en dessous », Grégory Rateau (Détail) © Éditions Nouvelle Marge

Vécu et interrogations inédites

Les livres nous confrontent au réel et à la pensée. Une livraison de la chronique « En bref » qui les interroge avec une grande ouverture. On y parle du Rwanda, de la haine des voisins, de Balzac ou des normes juridiques. 
"Dumas à Naples", Fiamma Luzzati et Marcella Onzo © Editions Actes Sud BD
« Dumas à Naples », Fiamma Luzzati et Marcella Onzo © Editions Actes Sud BD

Dumas par la bande

Librement inspirée des récits de voyage de l’écrivain, Dumas à Naples est une bande dessinée originale et enthousiasmante. Une vive invitation à relire le romancier et à une visite délicieuse de Naples.
Des romans de Patrick Modiano, on pourrait dire qu’ils sont tous plus ou moins écrits à travers une vitre, voire une vitre embuée. Et de L’éléphant, peut-être plus encore.
« Baiser derrière le rideau », Edvard Munch (1892)(Détail) © CC0/WikiCommons

Derrière les vitres

Plus encore que les précédents romans de l’auteur, L’éléphant semble écrit à travers une vitre embuée. Patrick Modiano y réussit de nouveau un merveilleux tour de passe-passe, pour faire de son livre un chef-d’œuvre de subtilité et d’émotion.
Cyrille Martinez, Josef parK,
« Le chiffonier », Marianne von Werefkin (1917) © CC0/WikiCommons

Mon nom est Personnage

Avec Josef parK, Cyrille Martinez consacre un essai drôle et informé à l’anti-héros du Procès et à Kafka en général. Il nous montre comment on peut comprendre un personnage romanesque sans passer par l’identification.
Bernard Lahire, Mobilisation des lycéens
Mobilisation des lycéens à Paris (6 octobre 2026) © Noame Toumiat

Entretien avec Bernard Lahire : « l’intelligence collective est plus efficace »

Le mouvement lycéen et étudiant actuel étonne par sa responsabilité et l’ampleur de ses revendications. Le sociologue Bernard Lahire nous donne son sentiment à ce sujet, montrant comment « plusieurs décennies de néo-libéralisme effréné » ont conduit l’enseignement et la société à des impasses.
"Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants", Laurence Huc, Sophie Caron et Marguerite Boutrolle (illustrations) © Les printanières Nolwenn Weiler, Sophie Chapelle, Pesticides Kids - Enquête sur les enfants victimes des pesticides, Nouriturfu, 158 p., 15 euros.
« Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants », Laurence Huc, Sophie Caron et Marguerite Boutrolle (illustrations) © Les printanières

Pesticides : scandale sanitaire et responsabilité collective

Deux ouvrages consacrés aux ravages des pesticides montrent que des enfants tombent malades et meurent de produits à la dangerosité connue de longue date. Ils dénoncent salutairement la responsabilité des Institutions devant ces scandales qu’elles nient trop facilement.

« On en redemande »

La 21e édition des Rencontres de Chaminadour s’est tenue à Guéret du 17 au 19 septembre. Elle était consacrée aux poètes Paul Celan et Mahmoud Darwich. Une fois de plus, le mélange de conférences savantes et d’interventions personnelles d’écrivains a fait merveille.

Faire le départ

Dans Échelles de l’exil, Paul Bernard-Nouraud aborde avec une rare acuité une double question. Quel art pour exprimer la condition actuelle de l’exil ? Comment l’attention portée aux exilés change-t-elle notre compréhension des pratiques artistiques ?

Une épidémie en clé fantastique

Premier volume de nouvelles de Diego Muzzio traduit en français, Ce qui tournoie dans la nuit nous plonge dans l’épidémie de fièvre jaune de 1871 à Buenos Aires. Fantastique, gothique et horreur s’y côtoient dans des atmosphères d’une originalité exceptionnelle.