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Journal de la littérature, des idées et des arts 18/03 – 31/04 2026

En attendant Nadeau

Guillaume Pinson, L’adieu au journal,
« Un vendeur de journaux d’Indianapolis », Lewis Hine (1908) © CC0/Library of Congress

Fin du canard ?

Dans L’adieu au journal, Guillaume Pinson interroge la disparition progressive de la presse papier. Question majeure pour notre présent, nos manières de lire, d’échanger et de partager les informations. Un essai remarquable.

Éditorial

La langue et le bruit neufs

La publication posthume d’Histoires de Samora Mâchel, somme proliférante de Pierre Guyotat, nous plonge dans un travail d’écrivain – et d’éditeurs – poussé à l’extrême. On y reçoit en plein l’invention d’une langue inouïe, jusqu’à épuisement de l’auteur, tombé dans le coma au milieu de son labeur. Ce livre est l’occasion de faire comme jamais l’expérience de déstabilisation salutaire, de transformation du connu en inconnu, de « départ dans [une langue et un] bruit neufs », que peut parfois offrir la littérature.

Sommaire

Amaury da Cunha
Touche fantôme
par la rédaction d’EaN
Jade Khoo
Terre ou Lune, tome 1
par la rédaction d’EaN
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LECTURE DU JOUR
Benjamin Fondane Lettres à Marior
Marior, Fondane. Brunea-Fox et Line, la sœur aînée de Fondane (Détail) © Michel Carassou

L’arrachement à Marior

Les Lettres à Marior de Benjamin Fondane sont magnifiques. On plonge avec joie dans des textes qui complètent la connaissance d’un grand écrivain et nous emportent puissamment.
Michael Roch, Kò Mawon
« Another Call From Africa », Turgoart (Haiti, 2009) © CC0/WikiCommons

Langues hors de la dystopie

Dans Kò Mawon, Michael Roch porte l’hybridation de l’afrotuturisme caribéen et du cyberpunk encore plus haut que dans ses livres précédents. La poésie, l’inattendu et l’ambiguïté qu’il atteint prouvent qu’il est un écrivain important.
Tiphaine Samoyault, Toutes sortes de Misérables
« Contes d’Andersen », adapté pour les enfants par Franc-Nohain (XXᵉ s.) (Détail) © Gallica/BnF

Réécritures et relectures

Faut-il réécrire les classiques ? Dans Toutes sortes de Misérables, Tiphaine Samoyault aborde cette question avec discernement et confiance dans les pouvoirs de la littérature à créer des possibles. Un livre très riche qui dépassionne le débat.
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ENTRETIEN
Alexander Kluge Chronique des sentiments En attendant Nadeau
Alexander Kluge © Markus Kirchgessner

Entendre Alexander Kluge

Dans une conversation en spirales et rebonds, l’artiste-théoricien allemand Alexander Kluge s’est entretenu avec EaN autour de la traduction de sa Chronique des sentiments. Traversée d’une œuvre.

Alexander Kluge Hommage
Alexander Kluge à Berlin en 2020 © CC BY-SA 4.0/Martin Kraft/Wikimedia Commons

L’histoire explosée

Le deuxième volume de la Chronique des sentiments d’Alexander Kluge poursuit la publication en français de l’ensemble de ses textes.
INÉDIT
Heiner Müller par Alexander Kluge
Heiner Müller © D. R.

Heiner Müller par Alexander Kluge

En attendant Nadeau publie un texte inédit en français de l’écrivain et cinéaste allemand Alexander Kluge sur son ami Heiner Müller.
Napoléon, « un homme pétri de ruines », d'Alexander Kluge
Portrait de Napoléon Ier en compagnie de cinq hommes, sur l’île de Sainte-Hélène, Jules Lucien Ferdinand Vallette (entre 1860 et 1890) © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Napoléon par Alexander Kluge

La figure de Napoléon se trouve au centre d’un livre d’Alexander Kluge, que Jean-Yves Jouannais, créateur de L’Encyclopédie des guerres, a lu pour EaN.
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Christophe Bouton, Sur les traces du temps
« Sur les Autres Mondes », Lucien Rudaux (1920) © CC0/Collection Rijksmuseum Boerhaave Leiden/WikiCommons

Le temps de la réconciliation

Christophe Bouton fait le pari d’une voie nouvelle pour penser et concevoir la philosophie du temps. Avec Sur les traces du temps, il signe un ouvrage complet et original. Une somme érudite et enthousiasmante qui fera assurément date. 
Anne Savelli | Bruits.
Seville © Jean-Luc bertini

Fracas urbains

Quelle ambition porte Bruits qu’Anne Savelli a mis plus de vingt ans à penser et à écrire ! Un livre profondément social qui s’emploie à capter la pluralité de la ville et la parole démultipliée des marginaux.
Arno Calleja, Le mal appliqué, éditions vanloo, 368 pages, 22 e. Guillaume Marie, La tectonique des Halles
« Vélo », Marte Aire (Belgique) © CC BY-SA 4.0/EmDee/WikiCommons

L’autre moitié du monde

Que devient l’écriture quand le monde se défait ? Arno Calleja et Guillaume Marie invitent à des bifurcations stimulantes. Ils nous offrent des manières de concevoir nos angoisses, la perte et l’écriture.
Wim Carton, Andreas Malm | Overshoot. Résister à l’idéologie du dépassement.
San Fransisco (2020) © CC-BY-2.0/Ken Walton/WikiCommons

La limite retournée

Overshoot n’est pas un livre de plus sur l’inaction climatique. C’est une enquête sur les contorsions intellectuelles ayant transformé un réchauffement présenté comme intolérable en fatalité inévitable. Un texte frappant qui dénonce des concepts néfastes à une révolution climatique.
Contre l’écologie de guerre, Vincent Rissier, La Dispute, 168 pages, 14 euros.
La destruction du barrage hydroélectrique de Kakhovka a lieu dans la nuit du 6 juin 2023, dans le contexte de la campagne du Dnipro de l’invasion russe de l’Ukraine (Ukraine, 2013) © CC BY-SA 4.0/Дзюбак Володимир/WikiCommons

Géopolitique de l’impasse ?

Dans Contre l’écologie de guerre, Vincent Rissier milite contre ce concept. Il y voit un nouvel âge du capitalisme et un motif moral pour des guerres à venir. Lecture utile dans un monde en conflit.
Elin Anna Labba, Je suis la mer
« Au sommet de Susendalen » (Suède, 1920-25) © CC0/National Library of Norway

Des mondes engloutis

Je suis la mer, d’Elin Anna Labba, témoigne du déplacement des populations samies en Suède et entretient la mémoire de ce peuple. C’est un livre d’une grande tristesse et en même temps d’une très large portée.
Histoires de Samora Mâchel Pierre Guyotat
Pierre Guyotat © Jean-Luc Bertini

L’œuvre extrême

La publication posthume d’Histoires de Samora Mâchel permet de mesurer combien ce livre est central dans l’œuvre de Pierre Guyotat. Il constitue un tournant dans l’existence de l’auteur comme dans la création de son incomparable langue, destructrice et sonore.
Pierre Chopinaud, L’Ancien Enfant, 332 pages, éditions P.O.L., 23 €
Bâtiment à Jénine dynamité par les Britanniques (1938) © CC0/WikiCommons

« L’ordure du monde ruiné »

Pierre Chopinaud, qui a le courage de l’originalité, déploie dans L’Ancien Enfant une langue déroutante et virtuose. Une révolte sourde contre l’indifférence et le matérialisme s’y fait entendre.