N°
252

Journal de la littérature, des idées et des arts 07/10 – 20/10 2026

En attendant Nadeau

Bernard Lahire, Mobilisation des lycéens
Mobilisation des lycéens à Paris (6 octobre 2026) © Noame Toumiat

Entretien avec Bernard Lahire : « l’intelligence collective est plus efficace »

Le mouvement lycéen et étudiant actuel étonne par sa responsabilité et l’ampleur de ses revendications. Le sociologue Bernard Lahire nous donne son sentiment à ce sujet, montrant comment « plusieurs décennies de néo-libéralisme effréné » ont conduit l’enseignement et la société à des impasses.

Éditorial

Chasser le désarroi

Lorsque l’actualité est brûlante, les livres, qui se conçoivent, s’écrivent et se publient dans le temps long, peuvent en sembler éloignés. Et pourtant, de biais, par le détour, par résonances, les couleurs du temps les imprègnent, ils aident à les percevoir en profondeur. Alors que partout en France, lycéens et étudiants expriment leurs craintes et leurs désirs – dans leur immense majorité pacifiquement – ce numéro aborde plusieurs premiers romans, œuvres de jeunes autrices et auteurs, dont ceux de Marius Loris Rodionoff et Sammy Lussan. L

Sommaire

Santiago de Paoli
Exposition « Riding Hot »
par Agnès Thurnauer
Jonathan Crary
L’attention en suspens. Crise de la perception dans la culture moderne
par Laurent Jenny
PRIX NOBEL
Anne Carson, Atelier Albertine
« La plage à Trouville », Eugène Boudin (1865) © CC0/WikiCommons

Anne, Albertine et nous

La poète canadienne Anne Carson vient de recevoir le Prix Nobel 2026. Nous republions l’article que nous lui avions consacré à l’occasion de la sortie de son livre bref et intense sur le personnage d’Albertine de Proust.
LECTURE DU JOUR
Discussion après la diffusion d'un documentaire sur les archives de Paul Celan et Mahmoud Darwich, avec Charif Majdalani, Quentin Bas-Lorant le réalisateur et Bertrand Badiou éditeur et traducteur de Paul Celan (2026) © Isabelle Delatouche
Discussion après la diffusion d’un documentaire sur les archives de Paul Celan et Mahmoud Darwich, avec Charif Majdalani, Quentin Bas-Lorant le réalisateur et Bertrand Badiou éditeur et traducteur de Paul Celan (2026) © Isabelle Delatouche

« On en redemande »

La vingt et unième édition des Rencontres de Chaminadour s’est tenue à Guéret du 17 au 19 septembre. Elle était consacrée aux poètes Paul Celan et Mahmoud Darwich. Une fois de plus, le mélange de conférences savantes et d’interventions personnelles d’écrivains a fait merveille.
"Cinq Silences", Raphaël Meltz (Détail) © Bayard
« Cinq Silences », Raphaël Meltz (Détail) © Bayard

Cinq silences, et beaucoup de mots

Raphaël Meltz, dans Cinq silences, s’emploie à déterminer ce qui demeurera comme la dernière parole d’un écrivain. Ce faisant, il parvient à ne pas transformer la mort en scène mythologique et à faire pencher son essai du côté du vivant.
Caroline de Gruyter, Des enfants gâtés : Les Européens, la guerre et la paix (traduit du néerlandais par Philippe Noble et Olivier Vanwersch-Cot), Éditions Actes Sud, 2026, 350 p. (ISBN : 978-2-330-22592-6), coll Essais, Tribunes, Chroniques, 24€
Destruction du matériel de guerre allemand (1921) © Gallica/BnF

Fragments d’une Europe au Rubicon

Avec Des enfants gâtés, Caroline de Gruyter restitue leur passé aux Européens pour les obliger à regarder lucidement leur présent. Quatre-vingts ans de paix cessent d’apparaître comme un acquis naturel pour devenir une construction précaire à défendre.
Des romans de Patrick Modiano, on pourrait dire qu’ils sont tous plus ou moins écrits à travers une vitre, voire une vitre embuée. Et de L’éléphant, peut-être plus encore.
« Baiser derrière le rideau », Edvard Munch (1892)(Détail) © CC0/WikiCommons

Derrière les vitres

Plus encore que les précédents romans de l’auteur, L’éléphant semble écrit à travers une vitre embuée. Patrick Modiano y réussit de nouveau un merveilleux tour de passe-passe, pour faire de son livre un chef-d’œuvre de subtilité et d’émotion.
Maxim Schwartz, Le dernier présage de Victoria Woodhull,
« Noyé », Stanisław Ignacy Witkiewicz (1921) © CC0/WikiCommons

La mort de Madame

Le charme du premier roman de Maxim Schwartz, Le dernier présage de Victoria Woodhull, tient à la finesse de ses phrases, à son décor de conte rural, à son ton joyeux. Et plus encore à la juxtaposition fascinante d’une femme ayant vraiment existé et de son domestique, personnage de fiction.
Cyrille Martinez, Josef parK,
« Le chiffonier », Marianne von Werefkin (1917) © CC0/WikiCommons

Mon nom est Personnage

Avec Josef parK, Cyrille Martinez consacre un essai drôle et informé à l’anti-héros du Procès et à Kafka en général. Il nous montre comment on peut comprendre un personnage romanesque sans passer par l’identification.
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Marius Loris Rodionoff/La maison du Lac
« Paysage au bord du Lez », Frédéric Bazille (1870) © CC0/WikiCommons

Portrait d’un jeune homme errant

La maison du lac est un premier roman enthousiasmant. L’écriture foisonnante et truculente de Marius Loris Rodionoff fait de l’errance une manière de résister aux injonctions à réussir, à savoir et à parvenir.
Avec Bernie Leibovitz, sorte de double de l’auteur, Sammy Lussan signe un premier livre en forme de confession mélancolique, sur fond de voyage au Japon.
Naoshima © Jean-Luc Bertini

Lost in translation

Le Japon constitue la matière de Bernie Leibovitz, premier roman en forme de confession errante et mélancolique. Sammy Lussan nous offre un livre attachant, où règne une atmosphère d’étrangeté à soi-même et aux autres.
"Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants", Laurence Huc, Sophie Caron et Marguerite Boutrolle (illustrations) © Les printanières Nolwenn Weiler, Sophie Chapelle, Pesticides Kids - Enquête sur les enfants victimes des pesticides, Nouriturfu, 158 p., 15 euros.
« Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants », Laurence Huc, Sophie Caron et Marguerite Boutrolle (illustrations) © Les printanières

Pesticides : scandale sanitaire et responsabilité collective

Deux ouvrages consacrés aux ravages des pesticides montrent que des enfants tombent malades et meurent de produits à la dangerosité connue de longue date. Ils dénoncent salutairement la responsabilité des Institutions devant ces scandales qu’elles nient trop facilement.
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Une généalogie de l’attention

Dans L’attention en suspens, Jonathan Crary met au jour l’émergence de la notion d’attention dans la psychologie des années 1880-1890. Il développe la thèse paradoxale selon laquelle la « crise » de l’attention est consubstantielle à cette notion même.

Parler de ce qui empêche de parler

Il se dégage de Winnie, personnage de Oh les beaux jours, une étrange familiarité, qui l’affilie aux autres personnages de Beckett en quête d’étreinte. Catherine Frot s’en fait la magnifique interprète au théâtre des Bouffes parisiens.

Dans la Maison de Peinture

« Riding Hot », l’exposition de l’artiste argentin Santiago de Paoli, réunit une dizaine de grands tableaux. Elle donne superbement à voir le corps-à-corps frénétique, le rodéo existentiel qui unit le peintre à son œuvre.