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Journal de la littérature, des idées et des arts 04/03 – 17/03 2026

En attendant Nadeau

Anne Serre, Rêve cette nuit. Carnets 2002-2024
Anne Serre © Sophie Bassouls

Ici, chez l’étrangère

L’ oeuvre d’Anne Serre s’impose comme l’une des plus originales et fortes d’aujourd’hui. En plongeant dans ses carnets intitulés Rêve cette nuit, on découvre une écrivaine qui propose une théorie créatrice impressionnante et revient toujours au mystère de la littérature. Un enchantement.

Éditorial

Le bruit et la fureur

« A tale/Told by an idiot, full of sound and fury » : aujourd’hui, le monde ressemble pas mal à cela, alors qu’un ex-candidat au prix Nobel de la paix bombarde tous azimuts, porté par une hybris capitaliste qui a tout de la danse de Saint-Guy. Les récits pleins de bruit et de fureur – on pourrait dire et de haine – sont aussi ceux des idiots utiles de l’extrême droite, macronistes résiduels déjà tout frémissants de courir à la soupe coalitionnelle. La littérature est l’inverse de ces discours à tous vents.

Sommaire

Tove Ditlevsen
La chambre de Vilhelm
par Claude Grimal
Marion Fayolle
Petit fruit
par Apolline Limosino
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Arnaud Miranda, Les Lumières sombres : comprendre la pensée néoréactionnaire
Pilule rouge et pilule bleue © CC BY-SA 4.0/W.carter/WikiCommons

Comprendre la pensée néoréactionnaire

Il semble urgent de penser le mouvement néoréactionnaire qui transforme les États-Unis. Avec Les Lumières sombres, Arnaud Miranda en propose un panorama intéressant, mais qui ne dépasse pas la simple description des idées. 
Ntozake Shange, Aux filles de couleur qui ont déjà pensé au suicide / quand l’arc-en-ciel est sufizan
Ntozake Shange (1978) © CC BY-SA 3.0/Barnard College/WikiCommons

Black is Beautiful : polyphonie pour sept femmes

Cinquante ans après sa création, on peut enfin lire en français Aux filles de couleur qui ont déjà pensé au suicide / quand l’arc-en-ciel est sufizan de Ntozake Shange. C’est avec un grand bonheur que l’on découvre un texte majeur porté un souffle poétique puissant.
Marion Fayolle, Petit Fruit, Gallimard, 2026, 128 pages. & Les Aimants
Marion Fayolle (2026) (Détail) © Jean-Luc Bertini

Livres jumeaux

En publiant un roman intitulé Petit fruit et Les aimants, un recueil de dessins, Marion Fayolle impose une écriture et un univers stimulants qui se jouent des identités avec subtilité. 
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Ovidie, Slut Shaming. Faire payer les femmes
« SlutWalk de Toronto. Des centaines de personnes se sont rassemblées pour protester contre la culpabilisation des victimes (2011) © CC-BY-SA-2.0/Hugh Lee/WikiCommons

Coupables de quoi au juste ?

Dans Slut shaming. Faire payer les femmes, Ovidie convoque les vies de toutes celles qui partagent avec elle l’expérience de la stigmatisation sexuelle. Son essai s’élève avec force contre l’assignation des femmes à la honte.
Charlotte Foucher Zarmanian, La Conquête de l’autorité. Historiennes de l’art en France, Dijon, Les presses du réel, coll. « Œuvres en société », 2026, 352 p. Anne Bourrassé, Les refusées. Les artistes femmes n’existent pas,
« La Folle du Luxembourg », Clara Filleul (1842) © CC0/WikiCommons

Femmes en art

Comment les artistes et les historiennes de l’art luttent-elles pour gagner une place et une visibilité ? Quelle place, quel rôle jouent-elles ? Quels obstacles rencontrent-elles ? Deux essais nous aident à envisager ces enjeux importants et nous rappellent que c’est une conquête infinie.
Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec, Le cœur du capital. Ces travailleuses de l’ombre qui font tourner le monde,
« Ménagère et enfants rentrant du lavoir », Théophile Alexandre Steinlen (1899) (Détail) © Gallica/BnF

Un autre travail

Le travail reproductif demeure trop souvent invisible ou minoré. Il faut lutter contre le mépris dont il fait l’objet car il est au coeur de nos structures sociales et économiques. Le livre de Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec nous invite à en entendre les implications et à les réinventer.
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Première édition d' Ásta Sigurdardóttir, Du dimanche soir à lundi matin, chez Helgafell, 1961. Photo de Meg Matich".
« L’île », Edvard Munch (1900) © CC0/WikiCommons

Le désespoir de la saison des glaces

Dehors, c’est le printemps nous fait découvrir l’œuvre d’Ásta Sigurdardóttir, disparue en 1971. Lumineux et hallucinatoires, ses textes évoquent sa vie précaire et marginalisée et imposent une voix féministe majeure.
Tove Ditlevsen, La chambre de Vilhelm
« Femme au miroir », Christoffer Wilhelm Eckersberg (1841) (Détail) © CC0/WikiCommons

Désastre obscur

Avec La chambre de Vilhelm, Tove Ditlevsen, l’autrice de la Trilogie de Copenhague, poursuit sous une forme romanesque irréelle et fracturée le récit de son existence. Une expérience de lecture déroutante et fascinante.
Alessandro Portelli, Prendre la parole. L’histoire entre récits, imaginaires et dialogues
Les bûcherons descendent des « crummies » lorsqu’ils arrivent dans les bois. Long Bell Lumber Company (comté de Cowlitz, Washington, 1941) © CC0/Library of Congress

Les vertus de l’histoire orale

Le grand historien italien Alessandro Portelli, adepte de la micro-histoire, spécialiste des mondes ouvriers, est enfin traduit en français. Prendre la parole. L’histoire orale entre récits, imaginaires et dialogues rassemble vingt et un articles aptes à le faire découvrir.
Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps, Kettly Mars
Manifestation pour dénoncer le scandale PetroCaribe (Port-au-Prince, 2018) © CC-BY-SA-4.0/Rony D’Haiti/WikiCommons

Aimer en pays-lock

Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps de Kettly Mars brûle d’une double urgence : aimer et lutter. Dans ce roman situé à Port-au-Prince, l’érotisme féminin se mêle magnifiquement au combat politique.
Dahlia de la Cerda, Mexico Médée
« Translucent serpent », Nychos (2016) (Détail) © CC-BY-SA-4.0/Isiwal/WikiCommons

Médée rédimée à Aztlán

Mexico Médée est un récit choral en six nouvelles entrelacées de l’écrivaine et activiste Dahlia de la Cerda. Une tragédie contemporaine dans un Mexique mythique où résonnent les voix des mères en quête de leurs enfants victimes du narcotrafic.
Laurent Le Gall et Philippe Lagadec, La République du vent. Essai sur le drapeau et le dévoilement politique
Drapeaux dans les rues de Rennes lors de la présentation de la coupe de France (1965) © CC-BY-SA/Musée de Bretagne

Les flottements du drapeau 

« Qu’est-ce qu’un drapeau ? » Cette question, Laurent Le Gall et Philippe Lagadec l’ont posée lors d’une passionnante enquête pluridisciplinaire sur dix ans. Le fait que le drapeau aujourd’hui « se monosémantise » sous ses aspects cocardiers ne laisse pas d’inquiéter.

Cette année-là

Avec 1966, année mirifique, Antoine Compagnon évoque une année qui n’a rien d’extraordinaire. Mais la façon dont il agence les épisodes politiques et littéraires qu’il a retenus ne manque pas de charme.

Disparaître pour se retrouver

Dans son roman L’art de disparaître, Maria Stepanova interroge son identité russe et se met en quête d’elle-même. Elle nous fait assister à un questionnement profond, une lutte entre le silence et le verbe, une tension entre disparaître et exister.

La vérité en peinture ça

Dans son livre Le Vrai du Beau, le philosophe Paul Audi s’attache à cerner « la vérité en peinture » à travers l’analyse de quelques grandes œuvres picturales. Il montre comment la modernité nous a fait passer de l’iconique au pictural.