Décamérez ! Le salon du propriétaire (j5)

Du néologisme verbal décamérer : « sortir de sa chambre en restant confiné ». Cinquième jour de confinement : « les pouvoirs de l’image »

À Gênes, on aime les fêtes et la bonne chère. Comme partout, il y a cependant des exceptions.

Décamérez ! "Le salon du propriétaire, ou le pouvoir de l'image" (j5)

© Gallica/BnF

Ermin Grimaldi. Ce marchand, opulent et avare, augmentait tous les jours ses richesses par toutes sortes de calculs, aussi inventifs que sordides.

Il eut un jour un visiteur, un certain Guillaume (un Français). Grimaldi connaissait tout de même les règles de base de l’hospitalité : il l’accueillit chez lui, parla pendant un moment de choses et d’autres, puis, sous le charme, il ne résista pas au plaisir de lui faire visiter une somptueuse résidence secondaire qu’il venait de se faire construire.

Ils allaient, d’une pièce à l’autre. Soudain, le propriétaire trouva judicieux de demander un conseil à son charmant visiteur : il voulait, lui dit-il, faire peindre dans son salon « une chose inouïe, un sujet que personne n’avait jamais eu l’idée de peindre avant lui, un chef-d’œuvre ». Avait-il une idée ?

Le Français, consterné, fut d’abord pris de cours : « des éternuements ! Faites peindre des éternuements : voilà une chose que personne n’a pu voir en peinture… Ou bien – autre idée de quelque chose qui vous est, je crois, tout à fait inconnu : faites-vous donc représenter la Générosité. »

Décamérez ! "Le salon du propriétaire, ou le pouvoir de l'image" (j5)

Polyptyque de la Miséricorde (détail), de Piero della Francesca (1445-1462)

L’autre fut piqué au vif, il se décomposa. Du jour au lendemain, il changea radicalement d’attitude. Paraît-il.


En attendant Nadeau s’est proposé d’héberger ce « néodécameron » abrégé : Décamérez ! est une traduction recréatrice improvisée, partagé avec vous au jour le jour, pour une drôle de saison.