Devizoomons ! Étrennes

Après la série « Décamérez ! » du printemps, EaN publie chaque mercredi une nouvelle traduction créative de textes du Moyen Âge pour accompagner le confinement de l’automne. Le « Devizoomons ! » de Nathalie Koble invite à sortir de nos écrans en restant connectés grâce à des « devises », poèmes-minutes et méditations illustrées qui nous font deviser, c’est-à-dire converser, partager, échanger. La poésie nous entretient : des autres, du monde, de soi-même ; et elle prend soin de nous. Huitième et dernier épisode, avec nos étrennes pour passer à 2021.

Devizoomons, traduction créative pour En attendant Nadeau Nathalie Koble

© Mika Pagnat

1. À l’eau !

– les animaux

la belle aubaine, une telle occasion

Dans ce désert, cet affreux territoire !

Boire y pouvons plus sûrement qu’en Loire –

Il fait bon suivre vertu claire et raison.

– la licorne

Je chasse et ôte tout venin et poison

D’eaux et de fleuves par ma vertu notoire –

Qui voudra donc après moi venir boire

Se précipite, car c’est bien de saison.

(Henri Baude, Dits moraux)

Devizoomons ! Étrennes En attendant Nadeau Nathalie Koble

© Gallica/BnF

2. De circonstance
(anthologie d’étrennes poétiques établie avec Mathilde Vidal)

Bon an, bon jour et bonne étrenne, 


Ma dame, vous soit aujourd’hui donnée


Au commencement de l’année.



 

Comme à mon amour souveraine


Et la plus belle qui soit née,


Bon an, bon jour et bonne étrenne,


Ma dame, vous soit aujourd’hui donnée.



 

De mon cœur et corps vous étrenne :

 

Je vous donne tout cette journée


Et pour être mieux étrennée


Bon an, bon jour et bonne étrenne,


Ma dame, vous soit aujourd’hui donnée


Au commencement de l’année.

(Eustache Deschamps, rondeau, XIVe siècle)

***

Ce nouvel an, pour étrennes vous donne


Mon cœur blessé d’une nouvelle plaie.


Contraint y suis, Amour ainsi l’ordonne


En qui un cas bien contraire j’essaie :


Car ce cœur-là, c’est ma richesse vraie.

(Clément Marot, « Étrennes à Anne », 1538)

***

Si ne te puis pour étrennes donner


Chose, qui soit selon toi belle, et bonne,


Et que par fait on ne peut guerdonner


Un bon vouloir, comme raison l’ordonne,


Au moins ce don je le présente, et donne,


Sans autre espoir d’en être guerdonné :


Qui, trop heureux ainsi abandonné,


Est, quant à toi, de bien petite estime :


Mais, quant à moi, qui tout le t’ai donné,


C’est le seul bien, après toi, que j’estime.

(Maurice Scève, « Dizain CCV », Délie Objet de plus haute vertu, 1544)

Devizoomons ! Étrennes En attendant Nadeau Nathalie Koble

« Les Très Riches Heures du duc de Berry » (janvier)

Voici le père au double front 


Le bon Janus, qui renouvelle


Le cours de l’an, qui en un rond


Amène la saison nouvelle. 


    Renouvelons aussi


    Toute vielle pensée,


    Et tuons le souci


    De Fortune insensée.

Sus donc’, que tardons-nous encore ?


Avant que vieillards devenir,


Chassons le soin, qui nous dévore,


Trop curieux de l’avenir. 


    Ce qui viendra demain, 


    Jà pensif ne te tienne, 


    Les dieux ont en leur main


    Ta fortune, et la mienne. […]

(Joachim Du Bellay, « Du premier jour de l’an, au seigneur Bertrand Bergier. Ode VI », 1549)

***

Mon cœur, le premier jour de l’année prochaine

Il faut que je vous donne, et que vous me donniez

Quelque gentil présent, dont vous vous souveniez :

Un bon don (comme on dit) dont il me ressouvienne.

    Mais que pourrais-je bien vous donner pour étrenne ?

Mais de quoi est-ce aussi que vous me la feriez ?

Je n’ai plus rien à moi que jà vous ne l’ayez :

Vous n’avez chose en vous qui déjà ne soit mienne.

    M’amour, que ferons nous ? Si faut-il s’étrenner :

Et se rendre plutôt, pour mieux se redonner,

Gardant (religieux) les façons anciennes.

   De moi je retiens tout : mais quand vous me rendrez

Moi-même à moi (mon tout), lors vous m’étrennerez,

Et (mienne ainsi pour vous) vous m’aurez pour étrenne.

(Antoine de Cotel, « Sonnet 12 – M. Parle », 1578)

***

Le nouvel an revient, et la bonne coutume :

Je m’en veux acquitter par un léger présent.

Tenez en voici un qui n’est guère pesant :

Car ce n’est qu’un quatrain, et tiré d’une plume.

(Jean Passerat, « À madame de Roissy », 1606)


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