Décamérez ! Le conseil de Salomon, fragment (j35)

Du néologisme verbal décamérer : « sortir de sa chambre en restant confiné ». Trente-cinquième jour de confinement : « du dimanche au lundi : banalité ».

Décamérez ! Le conseil de Salomon, fragment (j35)

© Gallica/BnF

Ma chambre      a la forme d’une cage
Le soleil                passe son bras par la fenêtre
Mais moi qui veux souffler                 des mirages
J’allume                   au feu du jour mon allumette
Je ne veux pas travailler — je veux souffler

(d’après Guillaume Apollinaire, « hôtel », Banalités)

Décamérez ! Le conseil de Salomon, fragment (j35)

Au bord de l’Hudson River avec Dan Flavin © Nathalie Koble

La miraculeuse sagesse de Salomon a fait le tour du monde. De son vivant, on savait aussi qu’il ne dédaignait pas d’en donner des preuves à tous ceux qui venaient le consulter. Sa bouche d’or disait la vérité en la montrant cachée : par énigmes.

Un certain Mélisse entreprit le voyage. Il avait tout, ou presque : intelligent, séduisant, généreux, bon citoyen, affable. Pourtant il lui manquait l’essentiel : il souffrait d’une grande solitude, il n’avait pas d’amour – il voulait être aimé.

Le voyage était long, éprouvant, il était surprenant, aussi. Lumineux. Il y fit des rencontres : des gens, des objets, des lieux – qu’il ne connaissait pas, et qui le déplaçaient. Hors de son cadre, il soufflait.

À Jérusalem, on le conduisit devant le roi. Le conseil du grand sage fut laconique ; il tenait en un mot – un seul :
« Aime ».


Pour Jacques Roubaud
En attendant Nadeau s’est proposé d’héberger ce « néodécameron » abrégé : Décamérez ! est une traduction recréatrice improvisée, partagée avec vous au jour le jour, pour une drôle de saison.
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