Les éditions de L’Ogre poursuivent leur exploration littéraire, cette fois avec un étonnant premier roman canadien. S’ouvrant sur un récit adolescent empreint de gravité, il se révèle rapidement joueur et halluciné. Objet rare.
Jason Hrivnak, La maison des épreuves. L’Ogre, 144 p., 19 €
Le narrateur, un homme, la trentaine. On le devine dépressif, aboulique en tout cas. Collégien, il eut une seule amie, Fiona. Ensemble, ils imaginaient des contes en forme de malédictions jetées sur leur entourage. Le monde était hostile et ils le lui rendaient bien. L’homme perd de vue Fiona. Des années plus tard, l’annonce du suicide de cette femme fait ressurgir leurs affabulations. Elles sont stockées là, dans un livre, la « maison aux épreuves ». Selon le narrateur, Fiona aurait pu être détournée de son geste par cette lecture. Il la recommande à ceux que l’autodestruction tente trop. Hrivnak estime que son ouvrage « veut extirper de vos pires cauchemars quelque chose qui y est tapi et ne pourra plus jamais y être renfermé ». Alors, la catharsis comme prétexte à un roman expérimental ? On ne saurait dire, et cette indécision rend le livre notablement dérangeant. La purge s’opère en trois volets : courts paragraphes accompagnés de questionnaires à choix multiples, micro-histoires se diffractant en scolies, récits se succédant en sous-chapitres. Toutes ces histoires s’achèvent par des questions posées au lecteur. Chacune plonge le lecteur dans des situations soit aberrantes, soit angoissantes : « À l’âge de vingt et un ans, vous vous prenez pour un métamorphe. Au cours de vos changements d’apparence, vous adoptez d’innombrables formes, à la fois animées et inanimées. Un jour, après vous être changée en banian, vous oubliez la forme de votre propre corps. Quelle forme préféreriez-vous adopter afin de vous rappeler vos traits originaux ? A. Une clé. B. Une harpe. C. Un embryon humain. D. Un ouragan. »

