Un appel du Sud

William Faulkner, Absalon, Absalon !

William Faulkner, en 1955

À dix-neuf ans, la lecture du Bruit et la fureur avait été une révélation : l’écriture de Faulkner, au prix de très grandes difficultés, détours et contournements, arrivait à exprimer une partie du monde qui me semblait d’habitude ne pouvoir être dite. Étudiant, j’achetais mes livres en collection de poche. J’avais donc évité les titres de l’écrivain du Mississippi publiés dans cette étrange collection plus mal imprimée et plus onéreuse que « Folio », et dont j’avais du mal à préciser le statut. Elle me paraissait composée d’œuvres mineures d’écrivains importants. Des choses bâtardes, textes en prose à forte dimension poétique, un peu précieux et dispensables dont je me méfiais, comme des couvertures aux couleurs et polices extravagantes.

Cependant, à mesure que j’avançais dans Faulkner, ce titre singulier qui ne semblait pas en être un, Absalon, Absalon !, ce double cri angoissé et érudit, apparaissait de plus en plus comme un texte majeur. Et je savais que je pourrais y retrouver Quentin Compson dont je me remettais mal du suicide. Je sautai le pas : j’achetai un livre de « L’Imaginaire ».

William Faulkner, Absalon, Absalon !

Je plongeai dans cette histoire d’ambition et d’échec, d’ironie tragique en tant que sens de la vie, du langage comme un instrument puissant et dur écartant une à une de la vérité les peaux lourdes qui l’enveloppent. Et d’une certaine manière je n’en suis jamais sorti. Il me suffit de relire les dialogues entre M. Compson et Quentin, dont l’affection jamais dite transparaît à travers la construction commune d’une histoire, entre le père vaincu et le fils bientôt mort, pour sentir de nouveau le frisson provoqué par une écriture qui, quoi qu’il arrive, avance, regarde le monde en face et le charrie, et, ainsi, console.

Après, j’ai acheté d’autres livres de la même collection.


William Faulkner, Absalon, Absalon !. Trad. de l’anglais (États-Unis) par René-Noël Raimbault et révisé par François Pitavy. Gallimard, coll. « L’Imaginaire » (n°412), 434 p., 13,90 € 

 Sébastien Omont

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