États du livre

En attendant Nadeau a vu le jour il y a dix ans, dans le sillage de La Quinzaine littéraire ; pour célébrer cet anniversaire, et pour accompagner les vagues fraiches ou torrides de cet été 2026, nous vous proposons d’évoquer un objet familier et prometteur, disponible, malléable et pourtant précieux : le livre.

Dans les premières pages de Si une nuit d’hiver un voyageur, Italo Calvino (né l’année de la création de la Bibliothèque verte) ébauchait une typologie des livres devenue célèbre : les livres-qu’on-peut-se-passer-de-lire, les livres-faits-pour-d’autres-usages-que-la-lecture, les livres-qu’on-a-déjà-lus-sans-avoir-besoin-de-les-ouvrir, les livres-qu’on-lirait-volontiers-si-on-avait-plusieurs-vie, etc. À cette liste déjà copieuse, le dessinateur Tom Gauld a ajouté, quelques années plus tard, le livre acheté pour la frime, le livre oublié dans un bus ou le livre qu’on aurait préféré ne pas lire.

Au cours des six semaines à venir, jusqu’à la veille d’une « rentrée littéraire » éblouie par elle-même, nous parlerons à notre tour de livres cousus main, de livres rafistolés, de livres d’occasion, de guides de voyages, de livres à l’état d’épreuves, de livres sous l’œil de la critique, de livres prêtés à demi rendus, d’un livre pariétal, de lectures d’enfance, de bibliophilies pathologiques, des pionniers de l’imprimerie, de librairies – et de l’économie du livre en général, à l’heure de fortes turbulences.

Nos curiosités divergent, nos articles se suivent depuis dix ans sans toujours se ressembler ; le livre est le centre d’attraction de ces curiosités et le point commun de ces articles. À une époque où il arrive d’appeler, par négligence, un écrit un contenu et une image un visuel, tourner les pages d’un codex suffit pour nous rappeler l’importance du livre, sa grande sophistication, incarnée dans une forme humble et évidente – et aussi sa profondeur, quand la chance est avec nous. Jorge Luis Borges (inévitable référence quand il est question de lecture) en parle comme d’un des bonheurs possibles – il n’y en a pas tant que ça ; celui-là pousse l’audace jusqu’à être bon marché.

Montaigne, ce grand écornifleur, allait « écorniflant par-ci par-là », dans les livres, les phrases qui lui plaisaient. En attendant de déplier les livres de septembre, n’hésite pas, cher lecteur, chère lectrice, à écornifler de-ci de-là notre dossier d’été.

« Prends la position la plus confortable qui soit : assis, allongé, lové, couché. Couché sur le dos, sur un côté, sur le ventre. Dans un fauteuil, sur le divan, dans le fauteuil à bascule, sur la chaise longue, sur un pouf. Dans le hamac si tu as un hamac. Sur le lit, bien sûr, ou dans le lit… » (Si une nuit d’hiver un voyageur, traduction de Martin Rueff)

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