Suspense (2)

Dave Robicheaux est fatigué

Dave Robicheaux, inspecteur de la brigade criminelle de La Nouvelle-Orléans, détective privé, puis shérif adjoint dans la ville d’Iberia (près de la capitale louisianaise, en pays cajun), est apparu il y a environ vingt-cinq ans dans La Pluie de néon de James Lee Burke. Il revient ici pour la vingtième fois dans Lumière du monde.


James Lee Burke, Lumière du monde. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier. Rivages/Thriller, 668 p., 22,50 €


James Lee Burke (© Frank Veronsky)

James Lee Burke (© Frank Veronsky)

James Lee Burke possède plusieurs talents : celui d’évoquer des paysages et des modes de vie, celui de ficeler convenablement une action, et celui de faire évoluer son enquêteur, l’irréductible Dave Robicheaux, au milieu de personnages plaisamment stéréotypés (épouses dévouées, copains cajuns cool, psychopathes très méchants, milliardaires corrompus, etc.). Le combat du bien et du mal se déroule chez lui sans dentelle intellectuelle, avec beaucoup d’action sous forme de poursuites, de guets-apens, de face-à-face armés et de destructions d’engins roulants, flottants ou volants.

Dans Lumière du monde, Dave Robicheaux, sa femme, sa fille adoptive prénommée Alastair et son vieil ami Clete, à la suite d’événements terribles relatés dans L’Arc-en-ciel de verre et Creole Belle, sont partis trouver paix et solitude dans le Montana. Ils ne les trouveront pas. Dès les premières pages, Alastair, qui faisait son jogging sur un sentier de montagne, échappe de peu à une flèche mortelle qui lui était destinée. Qui donc a tenté de l’assassiner ?

Quelques suspects apparaissent au fil des pages : un clown de rodéo, un serial killer, et le fils corrompu d’un ploutocrate local. Une partie de l’enquête et de l’action est menée par nos vaillants octogénaires (car si l’on sait compter et, puisqu’ils sont vétérans du Vietnam, Robicheaux et Clete doivent bien avoir, à présent, cet âge-là) ; une autre partie de l’action est déléguée à la jeune génération, donc à Alastair et à Gretchen (fille de Clete, ancienne tueuse à gages de la mafia devenue documentariste). Cette histoire pourrait en valoir une autre, même si la dose de hasards, d’invraisemblances et de platitudes est ici plus élevée que d’habitude ; mais le lecteur ressent dans Lumière du monde la fatigue de James Lee Burke, laquelle ne l’a cependant pas empêché de remplir des centaines de pages (six cent cinquante-huit, une fois traduites et imprimées), d’accumuler des scènes d’agressions verbales et physiques parfois assez vulgaires, et de s’attarder à des méditations bêtasses ou déplaisantes sur le mal et la peine de mort (tous ces défauts se trouvant aggravés par une traduction parfois navrante).

Pourquoi parler de ce livre médiocre, alors ? Pour signaler que James Lee Burke a longtemps été un écrivain vif, sympathique, plein d’allant, créateur d’une figure efficace et chevaleresque de justicier, Dave Robicheaux. Que ceux qui n’auraient jamais lu un livre de la série se plongent, non dans Lumière du monde, mais dans La Pluie de néon, Le Brasier de l’ange, Heartwood


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Claude Grimal

À la Une du n° 6