Parfum vanille

Autrefois, la ménagère avisée glissait des petits sachets de lavande entre les draps de son armoire. Sur mon rayonnage « L’Imaginaire », Les vanilliers sont mitoyens des rigides Falaises de marbre de Jünger et du Ponce Pilate de Caillois, en quête d’odeur de sainteté.

1938… Année du funeste mancenillier (dixit Gracq) à l’ombre brune, Georges Limbour publie Les vanilliers, évasion exotique et érotique. La vanille est une liane tropicale, une orchidée, comme le catleya. Elle est cultivée non pour sa fleur mais pour son fruit, une gousse peu élégante mais au parfum à la fois subtil et résilient. De la fleur au fruit : la fécondation doit être menée dans un laps de temps très court, l’homme y supplée à l’insecte versatile.

Georges Limbour, Les vanilliers

Le conte de Limbour, comme Paul et Virginie, est insulaire. À la Réunion, vers 1840, dans une société de planteurs un brin métissée, un jeune esclave, Edmond, découvre l’innovation fructueuse et libère ses maîtres de la loterie entomologique. Ce « paulinisateur » est le compagnon de jeux de Jenny et Jeannette, héroïnes aux loisirs divers. Un certain M. Van Houten profite de cette gousse providentielle pour réduire l’amertume de son cacao. Ces tropiques sans tristesse ne sont pas dépourvus de charmes voire de sorts maléfiques. Au large croisent des voiliers mystérieux, à terre des chats se disputent jardins et amours. « Au pays parfumé que le soleil caresse… », les fruits tiennent bien les promesses des fleurs.

La poésie enchantée de ce récit hybride savoirs et saveurs, l’histoire d’une culture tropicale et la collecte de saveurs multiples : « C’était donc cela, le parfum ! Elle éprouvait un vertige comme lorsque enfant elle respirait des senteurs nouvelles et il lui semblait qu’un grand trou qu’elle ne pouvait combler, s’ouvrait dans sa mémoire. Il était là, le parfum, paisiblement couché comme un animal inconnu endormi dans sa fourrure chaude… »

Je range mes Vanilliers à leur place et constate que les imaginaires voisins ne sont pas insensibles à ce retour. Ils y retrouvent même goût : les falaises jüngeriennes ne restent pas de marbre et la femme de Pilate apprécie la note vanillée du Coco de Chanel.


Georges Limbour, Les vanilliers. Gallimard, coll. « L’Imaginaire » (n° 17), 196 p., 9,65 €

Jean-Louis Tissier

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