Les citations qui font vivre

« Chers lecteurs, Je vais bientôt me quitter. Oui, disparaître de cette planète. Et il m’est venu à l’idée de rassembler moult pensées, citations engrangées tout au long de mon existence et de vous les léguer, dans l’espoir que, pour vous aussi, elles seront source de réflexions, méditation, voire matière à rire et à pleurer. » C’est ainsi que s’ouvre la préface du petit livre Perles de vie, sous-titré Précis de sagesse portative, que René de Obaldia (poète, romancier, dramaturge) nous offre, à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, maintenant qu’il semble sentir la vie s’en aller.


René de Obaldia, Perles de vie. Grasset, 77 p., 12 €


Perles de vie, composé d’environ deux cent cinquante citations et suffisamment mince donc pour se glisser dans la poche et en être sorti à tout moment, fournit, ainsi que son auteur l’a prévu, beaucoup d’occasions pour réfléchir, sourire et s’attrister. Mais il n’est en rien un « précis de sagesse », car Obaldia n’a pas de prétention philosophique et la construction ou plutôt l’absence de construction de l’opuscule le manifeste aimablement.

René de Obaldia, Perles de vie, Grasset

René de Obaldia © Louis Monier

Pas d’organisation en effet dans ce joli livre et l’on ne discerne aucun fil directeur particulier dans le côtoiement au fil des pages de citations et de proverbes venus de toutes les contrées (bantoues, indiennes, russes et chinoises) et de toutes les époques (de la haute Antiquité à nos jours). Ils sont les fruits de l’esprit d’écrivains, de peintres, de philosophes, de papes (une citation de Paul VI) et d’Obaldia lui-même (sept citations) ; les dames sont représentées un peu minoritairement par huit citations (Marie-Antoinette, Simone Weil, Françoise Giroud, Marguerite Yourcenar, Edwige Feuillère, Clara Malraux). Ces courts propos, souvent aphoristiques, portent sur les grand maux et bonheurs de l’existence (la naissance, l’amour, la maladie, la mort), les passions et les sentiments, ou n’ont parfois d’autre prétention que d’être drôles (voir la fameuse phrase de dialogue du Collier de la Reine : « Ah ! Ah ! dit don Manuel en portugais »).

Interviewé à la radio très récemment, René de Obaldia a confié avec son urbanité habituelle qu’il réfléchissait à son épitaphe et en même temps qu’il se contenterait sans doute de « René de Obaldia, poète et dramaturge ». (Voilà qui trancherait avec l’humour potache de certains de ses « collègues » écrivains américains, inspirés par le démon de la dérision lorsqu’ils prennent cette décision anthume ; Dorothy Parker, par exemple, avait souhaité qu’on inscrive sur sa tombe après sa crémation : « Excuse my dust » (« Désolée pour la poussière »), ou Billly Wilder, plus connu comme metteur en scène de Certains l’aiment chaud, fit écrire : « I’m a Writer / But then Nobody’s Perfect » (« Je suis écrivain / Mais nul n’est parfait »). On espère donc qu’Obaldia ne perdra pas trop de temps à réfléchir à sa « bonne » inscription tombale, et que d’autres pensées, de type différent et de plaisante durée, lui permettront à nouveau d’offrir à ses lecteurs un ouvrage perspicace et curieux comme celui qu’il vient de rédiger.

Claude Grimal

À la Une du n° 35