Allemagne d’aujourd’hui : pour une réalité allemande

Le numéro 100 des numéros 100 En attendant NadeauEn mai 1952, la RFA est l’un des États fondateurs de la CECA. La première Allemagne d’aujourd’hui, « revue d’information et de recherche sur l’Allemagne », paraît de 1952 à 1957, sous les auspices du Bureau de l’édition et des lettres de l’ambassade de France en RFA ; elle est publiée par les Presses universitaires de France.

Le comité de rédaction est alors composé des plus grands noms de la germanistique française ou des meilleurs spécialistes de l’Allemagne : parmi eux, Albert Béguin, J.-M. Carré, Jacques Droz, André François-Poncet, Robert d’Harcourt, Gabriel Marcel, Fernand Mossé, Jean Schlumberger, Edmond Vermeil. C’est-à-dire les germanistes et écrivains non marqués par la collaboration avec Vichy ou les nazis. Robert Minder, professeur au Collège de France, était le directeur littéraire de la revue. Entré dans la Résistance en 1943, il publia, en allemand, des livres essentiels sur le rôle de la littérature en France et en Allemagne.

La revue disparaît en 1957, peu soutenue par son éditeur. Neuf ans plus tard, en 1966, à nouveau sous l’impulsion de Robert Minder, et d’un groupe de jeunes germanistes, Allemagne d’aujourd’hui reparaît. La direction de la revue a été confiée à Félix Lusset, professeur agrégé d’allemand au lycée Condorcet et chargé de cours à l’université de Nanterre. C’est un résistant de la première heure (il publie dès 1940, dans la clandestinité, un journal qui appelle à la résistance : Voix de France).

Le numéro 100 des numéros 100 : Allemagne d’aujourd’hui

À la suite de Robert Minder, Félix Lusset explique, dans le premier numéro de 1967, son projet éditorial. Il constate « que ce qui manque en France, ce ne sont pas tant les informations sur l´Allemagne que la capacité à en faire la synthèse et qu´il faut tenir compte du fait qu’il y a en Allemagne, “dans ce pays écartelé”, deux Allemagnes ». Le projet inquiète aussitôt les services culturels ouest-allemands de Paris qui interprètent pour le moins hâtivement cet intérêt porté à la RDA comme un engagement inconditionnel en faveur de cet État, d’autant que, parmi les collaborateurs de la revue, il y a et il y aura, parmi d’autres, des enseignants qui sont membres du PCF ou qui l’ont été.

Un des grands principes de la revue est, dès le départ, son indépendance morale et financière. On lui en voudra de cette sorte de rigorisme de gauche, un vieux débat en France entre la droite et la gauche ! Les sujets abordés débordent largement le cadre strictement universitaire et les engagements politiques des uns et des autres, mais tous les articles conservent un ton d’engagement objectif qui confère à cette revue une qualité particulière dans la compréhension d’un problème aussi complexe que celui des choses allemandes.

En 1973, la revue décida d’ajouter un s à Allemagne et de modifier son sous-titre en « revue française d’information sur les deux Allemagnes ». La réunification a bien sûr chassé le pluriel. Depuis 1977, la revue, trimestrielle, est dirigée par Jérôme Vaillant, qui ouvre chaque livraison par un éditorial saisissant au plus près la réalité allemande du moment


La revue Allemagne d’aujourd’hui est publiée par les Presses universitaires du Septentrion. Plus d’informations sur le tarif des abonnements en suivant ce lien.