Quatre revues importantes : Recherches & travaux avec un dossier sur les écrivains voyageurs polonais et Écrire l’histoire qui s’interroge sur l’accélération de l’histoire. La vénérable Europe nous emmène à l’opéra et la semestrielle Rehauts, qui s’affirme, depuis presque vingt ans, comme un lieu où se rencontrent l’écriture et la peinture, fait se côtoyer, dans son trente-huitième numéro, des dessins de Philippe Richard ou de Philippe Compagnon et des textes de Catherine Benhamou, Marie-Hélène Archambeaud, Philippe Boutibonnes, Vianney Lacombe ou Daniel Cabanis.
Recherches & Travaux n° 89

Issu d’un colloque à l’université Stendhal-Grenoble 3, ce dossier se conclut sur deux contributions particulièrement intéressantes. D’abord une étude de la presse polonaise en 2012-2014 (c’est-à-dire avant les changements politiques récents) par Maria Holubowicz, intitulée : « Chez soi, l’Autre ignoré voire indésirable : représentations des immigrés dans la presse ». Le titre dit l’essentiel. Et, en épilogue, une belle réflexion de Kinga Siatkowska-Callebat sur la conception du voyage dans la fiction polonaise au début du XXIe siècle. Elle s’appuie sur des œuvres d’Olga Tokarczuk, Andrzej Stasiuk et Joanna Bator, pour « réfléchir sur le but du voyage avec un rapport particulier au lieu et au temps ». Elle s’interroge sur le départ (une fuite ? une recherche ?) et sur le but du voyage : « Le mouvement engendré par le voyage permet de se mettre en récit soi-même. » Ses auteurs ne décrivent pas les lieux. Ce serait destructeur, dit Tokarczuk ; l’espace du voyageur, écrit Stasiuk, c’est la mémoire ; quant à Bator elle y voit « un plaisir très narcissique ». Kinga Siatkowska-Callebat fait d’eux, par conséquent, des « écrivains post-voyageurs ». J.-Y. P.
86 p., 13 €. La revue Recherches & Travaux est consultable en ligne.
Écrire l’histoire n° 16

On comprend très vite que tout ceci renvoie au deuil difficile des historiens relativement aux notions de progrès ou de sens de l’histoire. « Cette vision de l’Histoire qui avançait eut longtemps un sens, nous dit François Hartog, avant de s’abîmer dans le non-sens et les horreurs des guerres du XXe siècle. » D’où son concept de « présentisme, soit l’impossibilité de croire encore au progrès de l’humanité ». Dès lors, conclut Christian Delacroix au terme d’une lumineuse synthèse sur le statut historiographique de l’accélération de l’histoire, cette notion ne serait-elle « que l’indice de la difficile mais nécessaire politisation du temps par l’historien » ? Outre cette discussion théorique, ce numéro réunit un ensemble de lectures, « accélérationnistes » ou pas, d’œuvres et d’actions artistiques (théâtre, cinéma, danse, performances…) qui révèlent la dimension critique de ces démarches. « C’est comment qu’on freine ? », nous demande Alain Bashung en quatrième de couverture. Un dossier indispensable pour qui veut comprendre l’enjeu de ce débat. J.-Y. P.
290 p., 25 €. Les archives d’Écrire l’histoire sont consultables sur Internet.
Europe n° 1051/1052

Des entretiens approfondis avec Valérie Chevalier, directrice de l’opéra de Montpellier, ou avec le dramaturge Christian Longchamp, longtemps directeur de la dramaturgie à l’Opéra de Paris, ne peuvent que ravir les amoureux du genre. Tout comme les multiples expériences abordées, telle la mise en scène d’opéras méconnus du XVIIIe siècle (Béatrice Didier). Au total, une douzaine d’articles passionnants, avec pour conclusion un vibrant plaidoyer de Timothée Picard, l’auteur, entre autres, de l’excellent Verdi-Wagner : Imaginaire de l’opéra et identités nationales (Actes Sud). Il insiste sur l’interpénétration de l’opéra avec les cultures dites populaires, où il peut même servir de référence. Ce qui prouve « à rebours des préjugés les mieux ancrés, tout le capital de puissance que continue de posséder l’imaginaire de l’opéra dans nos cultures, bien au-delà de ses avatars savants les plus attendus ». J-Y. P.
Outre cet ensemble sur l’opéra, ce numéro d’Europe présente ses rubriques habituelles et deux autres dossiers, l’un consacré à Maurice Roche, l’autre à Gérard Macé.
380 p., 20 €. Plus d’informations sur le site internet de la revue Europe.
Rehauts n° 38

Ainsi, dans cette 38e livraison, les dessins de Philippe Richard – des encres aux traits coulés qui se regardent de chaque côté d’un trait – ou de Philippe Compagnon – sortes de lignes de dominos dont les points de tailles diverses et de répartitions diverses interrogent la série – côtoient des textes de Catherine Benhamou, Marie-Hélène Archambeaud, Philippe Boutibonnes, Vianney Lacombe ou Daniel Cabanis. On y lira aussi un texte de Paul Louis Rossi, « L’Empire des Kahns », découvrant ses mouvements vers l’Est, et de très beaux vers (traduits par Thierry Gillyboeuf) du grand poète italien Umberto Saba qui ouvrent ce volume. Voici un poème (« En remontant une rue ») qui donnera l’envie, probablement, d’y aller regarder de plus près. H. P.
J’ai laissé un fleuve trouble,
Avec des ponts, avec des fermes vertes,
une grande – nouvelle et ancienne –
ville ; des rues bondées
et de plaisants faubourgs. Aux premières
lumières, allumées çà et là,
au sein des escouades je rentre des ténèbres,
au sein d’une humble force, qui crée
tout ce que je vois.
Cette humble force crée toutes ces
choses ; elle crée la table, la maison,
lumière nouvelle
qui égayera ma table ; sur le fleuve
elle crée – trouble – les ponts, les grandes
– nouvelles et anciennes – villes.
