Mars Attacks 2

Nous sommes attaqués ! Les Terriens sont-ils fichus ? Afin de le savoir, nous avons revu Mars Attacks (1996). Tim Burton a-t-il bien saisi la crise ? Jack Nicholson joue-t-il au président mieux que Trump ? Le G7 peut-il dompter le petit adversaire ?

Face à l’ennemi, le minuscule coronavirus, on a un sentiment de déjà-vu, comme on dit aux États-Unis. On a vécu ça quelque part, l’ambiance est familière. S’agit-il des épidémies précédentes ? L’Ebola ou le SRAS ? Pour les centenaires, la grippe espagnole ? Mais non ! L’inquiétante étrangeté ne renvoie à aucune pandémie antérieure, elle prend sa source dans une expérience de divertissement, qui eut lieu dans une salle de cinéma à l’époque où l’on sortait pour voir des films.

Tim Burton a-t-il tout anticipé ? Les petits hommes verts, les Martiens créés pour le cinéaste par le studio de George Lucas, sont-ils des précurseurs du Covid-19 ? Pour répondre à la crise actuelle, suffit-il d’aller sur iTunes télécharger ce chef-d’œuvre ? Votre serviteur l’a fait, et se sent à présent en mesure d’affronter le nouvel envahisseur. Le monde de Tim Burton, n’est-ce pas le nôtre ?

Le film commence, comme l’histoire du Covid-19, dans le domaine animalier : il ne s’agit ni de pangolins ni de chauves-souris, mais d’une espèce maîtrisée par l’Homme, les bovins. Un paysan avec tracteur dans le Kentucky accoste son voisin immigrant et lui demande d’où vient l’odeur de barbecue. Est-ce le Nouvel An philippin ? Puis on voit un troupeau de bœufs en débandade, leurs corps en flammes, avec en arrière-plan une soucoupe volante.

Qu’est-ce qu’ils sont méchants, ces extra-terrestres ! Se contenteront-ils de leur barbecue improvisé, ou vont-ils intensifier la guerre en ciblant les humains ? Pour l’instant, ces derniers ignorent la menace et vaquent frénétiquement à leurs occupations futiles.

D’abord, le président (Jack Nicholson) : à la Maison-Blanche, lorsqu’il voit les photos des soucoupes volantes, il pense à sa stratégie médiatique : faut-il attendre le journal de 20 h ? Quant à sa femme (Glenn Close), elle s’apprête à ajouter sa touche au décor de la maison, sous le regard de leur fille (la jeune Natalie Portman) : « Maman, pourquoi pas laisser la Roosevelt Room telle que les Roosevelt l’ont voulue ? » À quelques kilomètres de là, le porte-parole présidentiel (Martin Short) aborde trois prostituées depuis sa longue limousine.

Mars attacks 2 : Tim Burton avait-il anticipé l'épidémie ?

À Las Vegas, le magnat Art Land (Jack Nicholson) organise une réunion de milliardaires pour financer son nouvel hôtel et casino, The Galaxy. Nicholson peut-il être simultanément chef d’État et propriétaire d’un casino ? Avant Trump, qui l’aurait cru ?

À Perkinsville, dans le Kansas, les Norris ont deux fils : le vénéré Billy Glenn, nouvelle recrue à qui ils apprennent à charger un fusil, et le pauvre Richie, serveur à Bob’s Donut World, fast-food dont l’enseigne en forme de beignet se confond avec un globe terrestre.

Et, enfin, à Manhattan, un homme et sa femme – d’éminents journalistes de télévision (Michael J. Fox et Sarah Jessica Parker) – se disputent une interview avec le conseiller du président pour l’astronautique (Pierce Brosnan).

Combien d’étoiles dans ce film sur le système solaire ! Et combien de destins minables ! De fait, Mars Attacks est postmoderne : au lieu des personnages, on a des stars. D’autres univers brillent sur leurs visages : James Bond ; Retour vers le futur ; Sex and the City ; Shining et Joker. Pour ne pas évoquer les seconds rôles : Jim Brown, grande star du foot américain; Danny DeVito, dans une reprise de À la poursuite du diamant vert ; et le chanteur Tom Jones, qui joue à être…Tom Jones.

Est-ce un film sur un conflit interplanétaire ? D’accord, il y aura de la guerre : une attaque organisée par l’ambassadeur martien dans le désert du Nevada, suivie par l’enlèvement de Sarah Jessica Parker. Et, deux jours plus tard, un massacre de parlementaires lors d’une session conjointe du Congrès. Suivi d’un second enlèvement : Pierce Brosnan sera amené sur la planète rouge (James Bond finit toujours prisonnier au siège du méchant).

Mais on a du mal à prendre au sérieux ces batailles, même lorsque le bilan dépasse des centaines de milliers de victimes. Pourquoi ? Non pas parce que les Martiens sont postmodernes : maigres, ridés et asexués, ils se baladent en string, lisent Playboy et mènent des expériences lugubres, telle la décapitation de Sarah Jessica Parker, après laquelle ils recousent sa tête (encore opérationnelle) sur le corps de son chien.

Non, s’il ne s’agit pas d’un film de guerre, c’est parce que l’adversaire paraît à la fois implacable et arbitraire. Tout comme le Covid-19. Certains Terriens seront épargnés, d’autres non. Les Martiens sont tantôt puérils, tantôt sadiques, tantôt vindicatifs. Et surtout indifférents. Ils fauchent sans difficulté les plus démunis aussi bien que les plus puissants : la conquête de la Maison-Blanche – menée par un seul agent secret (une femme), une sorte de Mata Hari à la perruque blonde — est l’affaire d’une heure. Lorsque le leader martien pénètre dans le bunker présidentiel et tue Nicholson, l’arme meurtrière, plantée dans le torse de la victime, se transforme en drapeau vert. Personne n’est à l’abri : le danger est omniprésent, donc vertigineux !

En même temps… certains personnages (pas, ou pas encore, des stars) réussissent à survivre. Les deux gagnants, Richie et Natalie Portman, semblent protégés par leur authenticité. L’un mange des donuts, l’autre de la pizza. Surtout, ils savent aimer. Quand Richie court au secours de sa grand-mère dans sa maison de retraite, il fait fi du danger. Perdue dans son monde intérieur (elle avait un casque sur les oreilles), elle ignorait les armes extraterrestres pointées sur sa tête. Une fois son casque ôté, le rapport de force est inversé : les Martiens ne supportent pas la chanson (Indian Love Call) qu’écoute la vieille dame. L’entendre pendant quelques secondes suffit à leur faire exploser la tête, laquelle se transforme en une masse visqueuse de pâte verte.

Si seulement le vaccin contre le coronavirus était aussi facile à trouver ! L’amour pourrait-il avoir raison du Covid-19 ?

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