Houellebecq, de la posture à la position : entretien avec Vincent Berthelier

Depuis la parution, cet automne, de ses propos islamophobes dans la revue d’extrême droite Front Populaire, Michel Houellebecq a réécrit certains passages de son entretien à la suite d’une menace de plainte par la Grande Mosquée de Paris. L’une de ses phrases séparant les musulmans des Français et justifiant la violence contre eux (« Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent ») s’en prend désormais aux étrangers avec lesquels il les confond (« Ce que les Français demandent, et même ce qu’ils exigent, c’est que les criminels étrangers soient expulsés, et en général que la justice soit plus sévère avec les petits délinquants »). Pour le défendre, une partie de la presse française a mis en avant son rôle d’écrivain. Mais n’est-ce pas justement la littérature qui est utilisée par le militant politique Michel Houellebecq pour faire passer ses idées et éviter la justice ? Le chercheur Vincent Berthelier, qui a analysé le style réactionnaire de Maurras à Houellebecq, analyse cet épisode, les stratégies de l’auteur et le contexte littéraire et politique français où les représentations de l’extrême droite littéraire se sont (ré)implantées.


Vincent Berthelier, Le style réactionnaire. De Maurras à Houellebecq. Amsterdam, 368 p., 22 €


Le style réactionnaire : entretien avec Vincent Berthelier

Vincent Berthelier © Stéphane Burlot

Comment avez-vous lu l’entretien de Michel Houellebecq avec Michel Onfray ?

Même si mon approche est influencée par les travaux de Jérôme Meizoz sur la posture littéraire et que j’ai donc tendance à considérer tout ce qui émane de l’auteur – donc sa posture médiatique – comme faisant partie de l’œuvre, pour autant, ce n’est pas un entretien littéraire, ni dans sa forme (il s’offre avec peu de retouches) ni dans son contenu.

Le niveau de la discussion est assez faible intellectuellement. En soi, on pourrait s’y attendre de la part d’un entretien informel, moins retravaillé par exemple que l’entretien fait par Houellebecq avec Geoffroy Lejeune, où ils abordaient l’Église catholique (Interventions, Flammarion, 2020). Ici, les références sont très décevantes : on débat de la peine de mort avec des références à Camus et à Hugo de la part d’Onfray. Ce sont vraiment des références de khâgneux de base. C’est un entretien ennuyeux, qui parle très peu de littérature – sauf de science-fiction, dans l’un des passages les plus intéressants, avec celui sur l’euthanasie. Houellebecq a plus investi ce sujet récemment. Il évoque la notion de « mourir dans la dignité », qu’il critique en prenant son propre corps comme exemple, lui-même ne représentant pas quelque chose de digne en tant que personne. Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez touchant dans le fait de se représenter avec son corps comme exemple d’une indignité qui mérite de vivre. À part ça, l’entretien est vraiment de l’ordre de l’opinion, de la part de deux hommes âgés, de droite, discutant d’immigration, d’insécurité…

Vous décrivez un entretien d’abord paresseux. Comment expliquer l’écho important qu’il rencontre ?

Ce n’est guère étonnant : le buzz médiatique s’explique facilement, puisqu’il y en a un dès que Houellebecq sort quoi que ce soit ! Les journalistes sont désœuvrés, et Houellebecq a beau sortir un mauvais roman, il y aura toujours des journalistes de droite – vu qu’il est une figure désormais associée à la droite – pour l’encenser.

Pour vous, cet entretien se situe à droite et non à l’extrême droite ?

Je le dis dans un sens très vague, volontairement. Peu importe, d’ailleurs. L’entretien met en valeur deux figures qui détestent la gauche : Houellebecq ne l’a jamais aimée, Onfray a adopté une figure de repenti professant sa détestation de Mélenchon et des Insoumis. Les propos montrent une idéologie claire : à quand le retour de l’autorité et de la force ? À quand la mise au pas des banlieues, des immigrés et de la jeunesse ?

Vous évoquez en somme exclusivement des postures d’auteur, et non du style ou de la littérature.

Il n’est presque jamais question de tout cela ici. D’une certaine manière, c’est cohérent avec ce que défend Houellebecq, qui a toujours envisagé la littérature comme un mode de pensée. D’où son apologie de la science-fiction et du polar contre la littérature « Minuit ». À un autre moment, Houellebecq évoque la traduction en affirmant qu’on traduit de moins en moins depuis le français. Je ne suis pas sûr que ce discours décadentiste soit confirmé par les chiffres, tous les articles que j’ai lus indiquant plutôt que le nombre global de traductions depuis le français est en augmentation… De la part de quelqu’un qui a un vrai succès international, y compris dans des pays non anglophones comme la Chine, c’est un peu ironique.

Selon vous, la posture de Houellebecq est-elle une figure réactionnaire et littéraire traditionnelle ou bien en rupture avec l’histoire que vous analysez dans votre livre ?

Jusqu’à une date récente, il était une figure plutôt compliquée. Ses dernières prises de position le rapprochent de plus en plus de l’archétype de l’écrivain réactionnaire tel qu’on le retrouve lors de l’affaire Dreyfus, puis dans les années 1930, 1950, etc. Les thèmes idéologiques sont clairement inscrits dans cette tradition, comme le déclin et la décadence. Il est depuis longtemps le romancier de la décadence mais son positionnement était trouble : était-il en train de la constater et de s’en accommoder avec ironie ? Désormais, il a clarifié les choses et c’est beaucoup plus faible.

Cette clarification politique a-t-elle une influence sur la lecture de son œuvre ?

Il faudrait des études de réception pour répondre précisément à cela. Je sais n’être pas le seul à avoir lâché l’affaire depuis Sérotonine ; et Anéantir est vraiment à mes yeux un mauvais roman. Il faudrait vérifier : il est possible qu’une partie des lecteurs se mette à lire Houellebecq pour des raisons de plus en plus politiques, et moins pour son intérêt littéraire, qui résidait dans cette espèce de peinture crue du monde contemporain.

Le style réactionnaire : entretien avec Vincent Berthelier

Cette évolution n’est-elle pas contradictoire avec une ambition littéraire et une posture artiste pourtant affichée chez Houellebecq ?

Il n’est pas idiot ! Dans ses romans, il donnait toujours des gages à des lecteurs de gauche. Dans La carte et le territoire, on trouve un passage très élogieux sur William Morris, des éléments de critique du capitalisme. Il le fait de moins en moins et devient de plus en plus caricatural dans sa dimension antimoderne. Dans Anéantir, le personnage de mégère qui fait une PMA avec le sperme d’un donneur noir est très parlant de ce point de vue. Il n’y a plus cette recherche d’un pluralisme poético-littéraire.

Houellebecq continue cependant de se distinguer [Vincent Berthelier cherche dans l’entretien]… Voilà. Houellebecq est pro-israélien depuis longtemps, mais là, il affirme : « je ne vais pas jusqu’à partager l’opinion de ceux qui veulent interdire toute manifestation d’anti-sionisme parce que ce serait une forme déguisée d’antisémitisme, c’est faux ». Cette assimilation entre antisionisme et antisémitisme est pourtant aujourd’hui très banale, au-delà des médias de droite. C’est ce genre de petites nuances qui fait que Houellebecq se distingue. Quand il parle du « Grand Remplacement », il dit qu’il le considère comme un fait assez évident, mais qu’en soi il ne se préoccupe pas vraiment de la disparition des Blancs, plutôt de l’insécurité. Il apporte toujours ces petites nuances par rapport à l’idéologie réactionnaire qui lui permettent encore de se positionner comme électron libre, même en endossant un rôle d’idéologue.

Comment ces nuances ou contradictions intellectuelles sont-elles mises en style par Houellebecq ?

Il ne faudrait pas réduire cela à la question du style. Certains procédés sont intéressants à étudier : comment donne-t-il un effet de description réaliste du monde social qui l’entoure ? Il y a des effets de juxtaposition qui permettent de dire : « voici par morceaux la réalité à laquelle je n’ai pas touché ». Mais, au-delà du style, il a aussi des personnages comme celui de la femme faisant une PMA avec un Noir. Ce n’est pas stylistique : il a trouvé le personnage de fiction qui concentre toutes les névroses et angoisses du lecteur houellebecquien moyen ! Angoisse de la mégère féministe qui s’émancipe et fait ce qu’elle veut, angoisse du « remplacement », c’est cela, plutôt que son style, qui explique que ses livres marchent aussi bien.

Au fond, vous décrivez un Houellebecq gagné très progressivement et récemment par ces idées et cette posture réactionnaires. Rétrospectivement, rien ne permettait selon vous d’anticiper cette évolution ?

On peut faire plusieurs réponses à cette question. Tout d’abord, il est rétro-agi par sa propre réception en tant que prophète, notamment sur la question de l’islam. D’autre part, Houellebecq ne venait pas au départ de la grande littérature. Il commence avec un texte sur Lovecraft, en prenant comme influences premières la science-fiction états-unienne et Manchette ! Il défend la littérature de genre comme bien meilleure que la littérature savante, classique, reconnue à l’Université. Contrairement à tous les autres réactionnaires que j’ai étudiés, il ne vient pas de la « grande littérature ». Il ne cite jamais Racine ! Il n’a pas de rapport particulier au XVIIe siècle.

Peut-être que son accession au rang de « grand auteur » a accompagné ce mouvement idéologique de droitisation classique. Beaucoup de dominants dans le champ littéraire se mettent à adopter des positions conservatrices. Les académiciens sont de droite : un auteur académisé de fait par les journaux conservateurs, Le Figaro en tête, a toutes les raisons objectives de se régler sur ces idées.

Naïvement, on pourrait retourner ce que vous dites : comment expliquer que Houellebecq ait pris cette place alors qu’il ne correspondait pas vraiment aux canons du style réactionnaire ?

Ce n’est pas si étonnant. Les catégories littéraires mobilisées dans la presse sont généralement floues. Y compris le style : cela veut tout et rien dire. C’est le même cas de figure qu’avec Céline. La droite littéraire avait tout pour ne pas aimer Céline, qui a ensuite pris des positions réactionnaires fascistes. Il était un écrivain à grand succès beaucoup plus reconnu que Marcel Jouhandeau, Abel Hermant, etc. Donc, la droite littéraire a fini par l’intégrer à son panthéon, sous cette étiquette du style – en le mettant à côté de Drieu la Rochelle alors que les deux auteurs n’ont rien à voir l’un avec l’autre. On reconstitue un panthéon ad hoc pour intégrer des figures qui n’ont rien à voir d’un point de vue littéraire.

Avec Houellebecq, on a quelque chose de comparable. Dans les années 1990-2000, des auteurs comme Richard Millet, Renaud Camus, Michel Houellebecq n’ont rien à voir les uns avec les autres. Dorénavant, Renaud Camus écrit dans le même numéro de Front Populaire où l’on trouve cet entretien, ils se citent les uns les autres, et se mettent à appartenir à une espèce de groupe informel.

Le style réactionnaire : entretien avec Vincent Berthelier

Michel Houellebecq en mosaïque, par Clément Mitéran © CC2.0/Actualitté/Flickr

Vous-même, pourquoi avez-vous souhaité travailler sur le style réactionnaire et sur ces auteurs ?

Il y a beaucoup de raisons. J’ai eu un grand-père (que j’aimais beaucoup par ailleurs) d’extrême droite, militant au Front national, qui avait une bibliothèque fournie de journaux d’extrême droite. Vers 2012-2013, j’ai commencé à m’intéresser à l’écologie et à la décroissance : les décroissants cherchaient à se débrouiller avec cette étiquette de réactionnaire qu’on leur accolait. J’ai eu envie de confronter cela aux auteurs réellement réactionnaires. C’est à ce moment-là que j’ai lu Richard Millet, par exemple.

Enfin, il y a une interrogation politique globale sur la montée générale de l’extrême droite, dont je me suis aperçu personnellement au moment de l’assassinat de Clément Méric en 2013. Ce meurtre a créé de nombreuses velléités de réactions au sein de la gauche, mais celle-ci ne savait pas nécessairement comment se positionner, contre les groupuscules fascistes ou contre le Front national.

Le monde réactionnaire cherche souvent à désarmer l’opposition intellectuelle en la caricaturant : cancel culture, « wokisme », etc. Votre travail, jusque dans sa dimension personnelle et politique assumée, aborde ces sujets sous un autre angle. Que pensez-vous des discours qualifiés par l’extrême droite et la droite réactionnaire de cancel culture ou de « wokisme » ?

Vous me demandez si j’ai des critiques à faire au « wokisme » ? En fait, j’ai l’impression que deux choses existent qui ne sont pas vraiment congruentes. D’un côté, la droite se plaint de se faire canceler. On peut dire que c’est objectivement faux, mais peu importe. En gros, elle ne connaît pas ce qui se produit dans une pensée qui cherche, pour le dire vite, une forme de déconstruction. De l’autre côté, il y a un risque d’être déçu par la pensée critique mais qui ne me semble pas correspondre à ce que pointe la droite.

Je vais essayer d’éclaircir à partir d’un exemple. J’ai participé très récemment à un congrès à San Francisco pour une association états-unienne, la Modern Language Association. Il y a 600 ou 700 panels différents, avec pour chacun trois ou quatre intervenants. En regardant la liste, les trois quarts des panels ont pour sujets zoocritique, écopoétique, gender, post-colonialisme, etc., éventuellement mélangés, et appliqués à des aires géographiques différentes. C’est comme ça parce qu’il y a un effet de rattrapage important : les États-uniens n’ont pas fait ça pendant des années et s’y mettent massivement. Mais où sont les panels sur Shakespeare ou Gide ? Il y en a une dizaine en tout dans ce congrès. Cela dit, quand on regarde dans le détail, le discours sur l’écologie ou le genre désigne souvent un travail en réalité assez classique d’études littéraires. On applique un vernis critique sur une partie des productions de sciences humaines contemporaines, qui n’est pas forcément très intéressant, et qui montre que l’obsession autour du « wokisme » est largement fantasmée. Onfray et Houellebecq ne savent au fond pas grand-chose de tout cela.

Et dans l’autre sens, observez-vous des fantasmes sur l’analyse critique des auteurs réactionnaires ?

Il y a d’autres limites, oui. J’ai pu intervenir dans des colloques sur l’extrême droite ou les pensées conservatrices. Souvent, on se retrouve avec des intervenants et intervenantes de gauche, qui peuvent jouer d’une connivence idéologique entre eux, si bien que les auteurs de publications parfois très nuancées les présentent ensuite de façon beaucoup plus caricaturale en s’appuyant sur un certain manichéisme entre extrême droite et progressisme. Des personnes qui, dans un contexte écrit, saisissent la complexité et la nuance de leur objet peuvent dans un autre contexte surjouer la connivence, les sous-entendus. Cet entre-soi est particulièrement visible en ce qui concerne l’extrême droite, comme si une évidence politico-morale autorisait à en parler moins sérieusement.

Vous évoquez une prime à la caricature sur ces sujets ?

Oui, ce sont des sujets où il y a fréquemment des ricanements, des « rires entendus ».

Avez-vous de nouveaux projets de recherche en cours ?

Comme j’en ai un peu marre de mon corpus après lui avoir consacré cinq ans de mon existence, je pense étudier Marx sous un angle littéraire. L’enjeu n’est pas de dépolitiser la lecture de Marx mais de montrer en quoi il est lisible d’un point de vue littéraire. Patrick Chamoiseau disait récemment qu’il avait toujours lu Marx comme un poète.

J’aimerais réfléchir à tout ce que la mise en style, la mise en récit, la rhétorique, impliquent philosophiquement. Est-ce que les fameux renversements de génitif, les figures hégéliennes de chiasme, sont des nécessités philosophiques ? Sont-ils des marqueurs stylistiques qui rattachent Marx à des courants hégéliens ou à des généalogies ? Je pense que cet angle permettrait d’interroger certaines contradictions de Marx, bourgeois qui se met à développer une pensée critique mais qui conserve un habitus de classe marqué dans le style, comme en témoignent ses textes parsemés de citations latines ou de références à Dante. Qu’est-ce que ça veut dire ? Le point de vue du stylisticien peut être intéressant, en contextualisant ces textes dans l’histoire littéraire.

Pour revenir à l’entretien paru dans Front Populaire, son accueil médiatique est massif. La littérature réactionnaire, passée et présente, semble susciter des réactions de plus en plus importantes. Comment analysez-vous ces réactions ?

Les échos recueillis par l’entretien me paraissent une manifestation normale du fonctionnement de la presse aujourd’hui, qui s’est très largement droitisée. La dernière couverture du Point est sur Houellebecq, d’accord. Mais les autres portaient sur l’islam, l’insécurité, les méfaits de la CGT, etc. Le durcissement idéologique est général et Houellebecq n’incarne, à mon sens, rien de particulier. C’est une figure de droite disponible, par ailleurs littéraire. Le Nobel d’Annie Ernaux s’explique aussi par l’immense intérêt idéologique qu’elle suscite.

Par ailleurs, il ne faut pas surestimer la droitisation de la vie littéraire : je viens d’arriver en poste à l’université et on m’a immédiatement contacté pour que je dirige un mémoire sur Ernaux (extrêmement étudiée en ce moment) – pas sur Houellebecq.

Le parallèle que vous dressez entre les deux auteurs a été fait par de nombreux analystes, avant même l’annonce du Nobel, que certains rêvaient de voir attribuer à Houellebecq. Que pensez-vous de cette opposition entre deux auteurs idéologiquement aux antipodes et peu comparables sur le plan littéraire ?

Le Nobel n’est pas perçu comme une instance de consécration littéraire pure. Ce qui est juste, je crois… La remise du prix est parasitée comme à chaque édition par des considérations extérieures. Cette perception d’un duel droite/gauche entièrement politique est compréhensible : l’un, sans soutenir de candidat particulier, reste clairement associé au camp de la droite ; l’autre a publiquement soutenu Mélenchon. Que l’année de la présidentielle, tout cela se rejoue sur un prétexte littéraire, ce n’est pas une grande surprise.

La place de la littérature est bien maigre dans cette analyse.

On a affaire à deux auteurs importants, très traduits, travaillés à l’université, d’ampleur internationale, donc la polémique se comprend assez bien. Mais est-ce que le prix Nobel doit encore récompenser un Français ? Si on commence à se demander quel auteur international n’aurait aucune chance d’être lu sans le prix Nobel, c’est plus contestable. À mes yeux, l’intérêt littéraire d’un Antoine Volodine est bien plus grand. Le jury du Nobel a déjà récompensé Claude Simon plutôt qu’une figure médiatisée. Que le Nobel récompense Houellebecq ou Ernaux, il s’agit dans les deux cas de faire écho à un intérêt qui est autant politique que littéraire.

Comment analysez-vous ces débats littéraires et politiques qui touchent un public élargi ?

L’année 2022 a été très riche littérairement, si l’on pense également aux inédits de Céline, et je m’en réjouis. Cela dit, il faut l’intégrer dans un contexte de déclin symbolique de la littérature assez continu depuis longtemps. La baisse de lecteurs de livres est constante depuis les années 1980. 50 % des hommes et 30 % des femmes ne lisent pas, avec une baisse tendancielle. Je ne m’en alarme pas plus que cela : il s’agit d’un changement des pratiques culturelles, on lit sous d’autres formats que le livre, on regarde des séries. Il est assez amusant dans ce contexte d’avoir vécu une année où l’on a parlé autant de littérature !

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