Hiver 2017 : nos Imaginaires

Dossier Collection Imaginaire

Une princesse viennoise pour le shah

Stéphane Michaud Joseph Roth

Joseph Roth, en 1930

Joseph Roth retourne la localisation de l’érotisme, que les fantasmes de l’Europe lient traditionnellement à l’Orient, pour installer à Vienne sa célébration. Au moment où il rédige Le conte de la mille et deuxième nuit, le successeur et compatriote de Schnitzler, l’ami de Stefan Zweig, survit misérablement dans une chambre d’hôtel de la rue de Tournon à Paris. L’exilé y mourra quelques semaines plus tard, en mai 1939.

Près des grands bois
du Big Thicket

« L’Imaginaire » offre avec La maison d’haleine de William Goyen l’un des plus beaux textes de la littérature américaine et l’un des plus méconnus.

Le désir
de lire

Adolescent, la collection « L’Imaginaire » constituait pour Hugo Pradelle une espèce de bibliothèque dans une bibliothèque. Il lui faisait confiance.

Le premier Breton

André Breton, Les pas perdus

« La gare Montparnasse », par Giorgio De Chirico (1914)

Les pas perdus… Breton rêve de ce beau titre depuis longtemps. Ses futurs recueils, Point du jour, en 1934, et La clé des champs, en 1953, résonneront eux aussi comme des « appels d’air ».

D’un imaginaire l’autre

Perros collection L'imaginaire

Alentour des années 80, Roger-Yves Roche collectionnait les livres de la collection « L’Imaginaire », achetait ceux qui sortaient, étaient sortis, sortiraient. Dans sa bibliothèque, la collection avait plus qu’une place de choix. Tout un rayon pour rayonner.

Les trois Conrad
de Gallimard

Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres

Joseph Conrad

Joseph Conrad est un incomparable virtuose de la langue anglaise. Tellement virtuose que les natifs anglophones eux-mêmes n’en saisissent pas toujours les subtilités, d’où l’admiration mitigée qu’ils lui portent.

Douleur et jouissance
de soi

Algernon Charles Swinburne, Lesbia Brandon

Algernon Charles Swinburne

Certains livres sont à ce point intenses et personnels que leur lecture ébranle le corps, des pieds à la tête, et l’envahit d’une indicible fièvre érotique. Lesbia Brandon d’Algernon Charles Swinburne est de ceux-là.

Police de l’imaginaire

Gertrude Stein, Autobiographie d’Alice Toklas

Gertrude Stein, peint par Pablo Picasso (1905)

Au centre de la couverture blanche glacée, les lettres vertes et bleu ciel se dessinent, fragiles dans le vide : Autobiographie d’Alice Toklas. La police « Courier » place la lettre et la question de l’écriture au centre du texte de Gertrude Stein.

La magie
Walser

Robert Walser, L’institut Benjamenta

Robert Walser

Yves Peyré se souvient du numéro 80 de la collection « L’Imaginaire », L’institut Benjamenta de Robert Walser.

D’une littérature Kangourou

Kôbô Abé, Cahier Kangourou

Kôbô Abé

Dans l’album végétal de Julia Peslier, Cahier Kangourou de Kôbô Abé est en bonne place, avec son titre qui désoriente.

Imaginaire dossier En attendant Nadeau

Avalés par Faulkner

William Faulkner

William Faulkner, vers 1960

Par crainte, paresse, réflexe de survie, Pierre Benetti a interrompu la voix de William Faulkner. Après cette erreur fatale, impossible de reprendre le fil. Il restait une cinquantaine de pages. Absalon, Absalon ! était le plus fort.

Pour Sébastien Omont, la lecture du Bruit et la fureur avait été une révélation : l’écriture de Faulkner, au prix de très grandes difficultés, détours et contournements, arrivait à exprimer une partie du monde qui semblait ne pouvoir être dite.

Les droits de l’imaginaire

Après avoir découvert une erreur dans L’Aleph, il a fallu à Marc Lebiez plusieurs années pour retourner vers Borges, qu’il lit depuis avec passion.

Carpe diem

Saul Bellow décrit mieux que personne les dessous du rêve américain, l’obsession pathologique pour l’argent. Au jour le jour est un titre à double tranchant.

Limbour l’enchanteur

Georges Limbour

« Scène de rue », par Jean Dubuffet (1975)

Pour Daniel Lefort, la présence des Vanilliers de Georges Limbour dans la collection avait ouvert « L’Imaginaire » comme une campagne magique. Jean-Louis Tissier montre comment la poésie enchantée de ce récit hybride savoirs et saveurs.

Dénudations épidermiques

Antonin Artaud

Antonin Artaud

Réédité chez Gallimard dans les Œuvres complètes, Van Gogh, le suicidé de la société figure aujourd’hui à part dans la collection « L’Imaginaire », ce qui lui redonne, selon Alain Roussel, toute sa densité et son extraordinaire vitalité.

Le jeu
de l’épure

Sherwood Anderson

Sherwood Anderson

« L’Imaginaire » est aux yeux de Pierre Tenne une expérience paradoxale de lecteur, rencontre d’un catalogue enivrant et d’un travail éditorial nul – au sens littéral : aucun appareil critique ou presque, une mise en page dépouillée.

Sally l’insoumise

Raymond Queneau

Raymond Queneau

Sally Mara est une curieuse, elle voudrait bien savoir comment s’y prendre avec un homme, ce qu’elle peut en attendre. Les partenaires ne manquent pas : jeunes gens sans expérience mais forts de leur désir, quadragénaires paternalistes et famille sans morale.

Nos Imaginaires dossier En attendant Nadeau

L’imaginaire, tout un programme

Il fallut son repêchage dans « L’Imaginaire », une collection qui, à coup sûr, avait plus vocation à offrir un refuge aux canard boiteux qu’à « traiter magnifiquement / Et […] loger superbement » d’emplumés bestsellers, pour qu’un jour de vacances Maurice Mourier retombe sur Locus Solus, de Raymond Roussel.

Clin d’œil à Maurice

Henry Miller L'imaginaire

Henry Miller © Carl Van Vechten (1940)

Miller dresse à la fin des Livres de ma vie la liste des « amis qui m’ont procuré des livres » : parmi ces amis, on découvre « Nadeau, Maurice, France »

Inventaire

Desnos Surréalistes L'imaginaire

Philippe Soupault, par Robert Delaunay

Un jour, André Breton déclara : « L’imaginaire est ce qui tend à devenir réel ». Cette collection et son intitulé matérialiseraient-ils un début d’évidence ?

Jours de lumière

Bien plus qu’une autobiographie, Le livre des jours de Taha Hussein est un récit de vie, limpide, subtilement initiatique.

Borges et eux

Jorge Luis Borges L'imaginaire

Jorge Luis Borges

Entre la perte et le plaisir, entre le réel et l’imaginaire, la fascination pour les livres de Borges n’en finit pas de renaître. Les récits se répètent à l’infini. Les paraboles se déploient dans le vertige de la lecture.

Paul Louis Rossi se revoit à Buenos Aires, cherchant le numéro de la maison de Jorge Luis Borges dans une rue qui donnait sur le grand port de la ville, avec les embarcations, les cargos et les transatlantiques.

Mon « Imaginaire »

Un lieu, un nom et un titre : la Bohême, Bohumil Hrabal, La chevelure sacrifiée. Et me reviennent, dans le désordre, les odeurs de houblon, le cochon dont on ne perd rien, un fleuve majestueux.

Cris du silence

On n’est pas forcément averti du risque que comporte ce simple geste, ouvrir un livre d’Inès Cagnati. C’est pourtant ce qu’a fait un jour, innocemment, imprudemment même, Gabrielle Napoli.

L’imaginaire de René Daumal

Daumal L'imaginaire

À Cuisery, en Saône-et-Loire, on trouve une librairie qui possède, entre autres richesses, un rayonnage entier de « L’Imaginaire-Gallimard » : pas les publications récentes mais celles qui remontent à la création de la collection. Il s’agit toujours de rééditions de textes rares, voire oubliés, et significatifs de l’ensemble d’une œuvre beaucoup plus vaste.