Dans une nouvelle chronique à plusieurs mains, En attendant Nadeau effectue un petit tour des revues. Pour ce premier épisode, K.o.s.h.k.o.n.o.n.g. qui dans sa onzième livraison publie un texte inédit d’Anne-Marie Albiach et Les Cahiers de Tinbad. On s’arrêtera aussi sur l’espace de réflexion que constitue Siècle 21, sur le très beau dossier consacré à Marie-Hélène Lafon dans Les moments littéraires, sans oublier une nouveauté, L’entretien, animé par Laure Adler et Alain Veinstein.
K.o.s.h.k.o.n.o.n.g., n° 11
La revue dirigée par Jean Daive, K.o.s.h.k.o.n.o.n.g., qui paraît trois fois par an, publie un texte inédit d’Anne-Marie Albiach, « La Mezzanine », écrit dans l’urgence, fin 1982. « Je commence à trembler. Qui ne tremblerait pas. Sans attache. Sans lien. Sans huile pour la lampe. » Et un long poème-collage de Rachel Blau du Plessis, « La vie au jour le jour » : « “La nature des choses” est une relation dense – à la fois embrouillée et organisée. » T. S.
La revue se trouve en librairie au prix de 11 €. Les numéros à l’unité peuvent également être envoyés sur commande accompagnée d’un chèque à l’ordre d’Éric Pesty Éditeur, 10, rue des Mauvestis, 13002 Marseille, au tarif de 12,05 € (frais de port compris). Plus d’informations sur le site de la revue K.o.s.h.k.o.n.o.n.g.
Les Cahiers de Tinbad, n° 3
La très belle revue bi-annuelle de littérature et d’art créée et fabriquée par Guillaume Basquin et Jean Durançon propose beaucoup d’œuvres en cours qui disent l’importance d’écrire « entre », d’écrire « avec » pour renouveler la poésie et ses formes, pour faire de la critique un art. Les notes sur Robert Walser racontent l’histoire d’un triple envoûtement, celui de l’auteur, celui de Sebald et celui de Jacques Laurans qui la raconte. Une photo de Jeff Wall donne lieu à une réflexion très forte d’Éric Rondepierre sur la fiction et l’expression. Des fragments de Jacques Sicard transposent le cinéma ou l’image en poème : c’est un « ciné-poème (entre image et texte) », écrit Guillaume Basquin. On lira des fragments d’œuvres en cours, dont certaines sont très frappantes. Ainsi, Entre, de Philippe Jaffeux : le texte est ponctué à l’aide d’une paire de dés : « La résistance d’une paire de dés imprègne les jeux d’un curseur » ; « Notre lumière s’offre aux variations d’une absence incantatoire ». Surprenant aussi, le poème « Unica Zürn » de Perrine Le Querrec, avec elle et sur elle. « Le courant emporte ton trait/ Il dilue les lignes les ondule… » Le (L)ivre de papier de Guillaume Basquin entraîne l’écriture de deux textes très différents, tous deux de l’ordre de la performance, qui disent à quel point écrire, c’est faire écrire, inventer d’autres voix. T. S.
On trouve la revue en librairie au prix de 15 € (ce qui n’est pas cher car elle fait quand même 128 pages). La liste des librairies est disponible sur le site des éditions Tinbad. On peut aussi s’abonner (28 € pour 2 numéros) auprès des éditions Tinbad, 5, rue des Beaux-Arts, 75006 Paris.
Les moments littéraires, n° 37
La revue consacre une grande partie de son 37e numéro à un très beau dossier sur Marie-Hélène Lafon, avec un entretien, un texte de Mathieu Riboulet et un autre de Pierre Bergounioux sur elle et un extrait de son journal de l’été 2016. On en apprend beaucoup sur l’auteure du Soir du chien et des Pays, née à Aurillac et dont l’œuvre porte la force de tous les déplacements – social, géographique, généalogique – qu’elle a dû effectuer. Comme l’écrit Pierre Bergounioux dans le court texte qu’il lui consacre sous le titre « La Fugitive » : « La littérature ne tombe pas du ciel. Elle sourd du sol de l’existence, laquelle, on le sait, est traversée par la division du travail, la lutte des classes aux prises dans le procès de production. » T. S.
Revue semestrielle illustrée par des graveurs ou des dessinateurs, Siècle 21 se donne pour objet la littérature étrangère actuelle à travers des textes inédits, ainsi que la présentation d’auteurs français. C’est aussi un espace de réflexion, alimenté par des chroniques traitant des sujets les plus divers. Ce dernier numéro propose une incursion dans la littérature vietnamienne contemporaine, une belle découverte qui ne restera pas sans lendemain. On retient par exemple l’étrange histoire d’un homme et d’un corbeau (Pham Trung Khâu, Un amour de corbeau), ou la relation originale qui s’établit entre trois jeunes artistes, deux femmes et un homme qui, grâce à la chirurgie esthétique, « reste toujours étranger à lui-même ». (Phan Hôn Nhien, La clef).
Le dossier consacré à Andreï Makine, élaboré par Murielle Lucie Clément, offre un éclairage intéressant sur le grand romancier d’origine russe auteur du Testament français qui, en inventant Gabriel Osmonde, mena une double vie littéraire. On citera parmi les chroniques celle de Jérôme Vérain, qui prend ses distances avec le mouvement « Bleu Blanc Zèbre » d’Alexandre Jardin, et un beau texte de Roberto Ferrucci, traduit de l’italien par Claudette Krynk, qui rend aux lieux qu’on fréquente un hommage à la façon de Georges Perec.
On est surpris enfin de découvrir à travers une douzaine de textes inédits la place de la honte dans notre vie quotidienne, une aubaine pour la littérature : « Honte / Honte et honte, / Humanité marâtre, ton miroir » (Françoise Clédat). J.-L. T.
On est souvent fasciné par la parole des écrivains. On lui attribue une densité particulière. Consacrer comme L’entretien une revue intégralement à des entretiens, à des conversations avec des écrivains, des artistes ou des penseurs – aussi divers que Bernard Noël, Ana Teresa De Keersmaecker, Jean-Jacques Schuhl ou Erri De Luca – consiste, écrivent ses animateurs (Laure Adler et Alain Veinstein) à restituer « une pratique », à « être à l’affût d’une relation juste avec la vérité ». Avec L’Entretien, ils l’instituent ouvertement en un « genre littéraire à part entière » dont le but serait de « faire passer à l’écrit l’intensité des moments privilégiés vécus à l’oral », d’inscrire des voix dans un autre tempo. Dans ces conversations, il y a en effet, comme ils l’écrivent, une « tension » qui accepte que « la pensée doit respirer ». Sans idéologie, sans a priori, ils souhaitent collecter « les paroles vives » d’artistes, en retirer un certain « plaisir ».
Dans le premier numéro de L’entretien, on est ébloui, comme toujours, par les paroles à la fois profondes et distanciées d’António Lobo Antunes qui confie l’immense joie et l’effort d’écrire, l’obscurité qui entoure celui qui écrit quand il a « l’impression d’être d’un côté de la paroi, alors que le papier est de l’autre côté » parce qu’on « écrit toujours dans le noir, comme on vit un peu dans le noir également ». En se plongeant dans ces entretiens, souvent passionnants, accompagnés de belles images, très élégamment mis en page, on éclaire un peu ce noir, peut-être pour un instant seulement, mais c’est très réconfortant. H.P.
L’Entretien, édité par les Éditions du sous-sol, paraîtra trois fois l’an. Deux numéros sont déjà disponibles en librairie au prix de 25 €.
Deuxième jour des Utopiales 2018, festival de science-fiction, entre esclavage, exoplanètes, désextinction, poulets, éléphant et questions existentielles.
Les Utopiales, unissant science-fiction et sciences, font dialoguer écrivains, artistes, cinéastes, auteurs de bande dessinée, médecins et scientifiques. Le thème de cette année, le corps, mène à tout puisqu'on parle ici d'immortalité, de traduction et de matière noire.
Ce qui forge la célébrité d'une œuvre en organise en même temps les conditions d'invisibilité. Philippe Comar le montre avec humour et érudition à travers l'exemple du tableau le plus célèbre du monde, La Joconde.
Compte-rendu de la vingtième édition des Utopiales, festival international de science-fiction, premier volet. Entre voyages spatiaux, cryptographie, quinze ans des éditions La Volte et humains numériques.
Comment vit-on quand on est jeune et queer en milieu rural ? Deux livres, Fiertés des champs et Fiertés d'ici, éclairent salutairement l'existence en marge des ronces et la résistance à l'envie du tout-à-la-ville.
Censure, d'Anna Arzoumanov, est un petit livre qui nous apprend énormément de choses sur ce que recouvre ce mot. Avec lucidité, cet essai vif nous aide à prendre de la distance avec le brouhaha du monde.
Les livres nous confrontent au réel et à la pensée. Une livraison de la chronique "En bref" qui les interroge avec une grande ouverture. On y parle du Rwanda, de la haine des voisins, de Balzac ou des normes juridiques.
Dans L'attention en suspens, Jonathan Crary met au jour l’émergence de la notion d'attention dans la psychologie des années 1880-1890. Il développe la thèse paradoxale selon laquelle la "crise" de l'attention est consubstantielle à cette notion même.
Salon de la revue 2026 - Cette année, La Revue de Belles-Lettres célèbre son cent cinquantième anniversaire. Quelle longévité pour une revue de poésie qui a su imprimer une présence majeure dans le paysage poétique ! David André et Marion Graf reviennent sur l’histoire et le travail d’une revue qui s’emploie à partager des voix et l’émotion lucide de la poésie.
Salon de la revue 2026 - La moitié du fourbi déploie un rapport d’une grande originalité avec le réel et ce qui nous entoure. De numéro en numéro, son équipe explore des possibles formels et narratifs extrêmement stimulants, rêvant ensemble d’un monde plus apaisé et malin.
Salon de la revue 2026 - Comment fonctionne la revue suisse L'Ours Blanc... Comment y travaille-t-on, quels textes y défend-on, de quelle façon les choisit-on ? Toute l'équipe répond, assumant une diversité de points de vue en même temps qu'une communauté.
Salon de la revue 2026 - Marie Virolle revient sur la longue et riche histoire d’A littérature-action. Entre France et Algérie, s’y déploient des imaginaires, des regards sur la réalité du monde, un certain engagement citoyen. Défense d'une revue qui résiste.