La révolution en almanach

Si vous avez besoin de débriefer après tout ce que vous aurez entendu de haineux face aux grèves, de réveillons familiaux en médias divers, précipitez-vous sur ce livre joyeux et irrévérencieux de Mathilde Larrère qui aborde de façon aussi sûre que méditée ce qui se doit aux révolutions. Le bonheur d’Il était une fois les révolutions, qui devrait trôner au pied de tous les sapins où se trouvent rassemblés bien des âges, tient à son style d’almanach.


Mathilde Larrère, Il était une fois les révolutions. Éditions du Détour, 224 p., 18,90 €


On retrouve dans le livre de Mathilde Larrère grandes et petites révolutions, leurs écrasements aussi et mieux que l’almanach Vermot, l’astucieuse maquette ponctue le texte du jour de slogans contemporains très Gilets jaunes, je présume – ils sont datés et localisés, mais pas plus. Ainsi repasse-t-on allègrement « le siècle des révolutions », ses espoirs perdus et ses utopies en marche.

Mathilde Larrère, Il était une fois les révolutions

« Œillets » © Agatha Frydrych

Il va sans dire que c’est en historienne du XIXe siècle confirmée que Mathilde Larrère parle. On sait son ton par ses interventions sur des chaînes militantes et sur le site Arrêt sur images, mais le miracle est qu’elle maintient sous une forme académiquement recevable son style décalé. Oui, les choses sont simples et limpides quand on a son niveau de maîtrise mais, croyez-moi, vous ne savez jamais tout et n’imaginez rien d’aussi roboratif, car cette entreprise éditoriale redynamiserait la chaîne des forçats partant pour Toulon. Bravo, donc.

On ne sait quelle rubrique citer, car tout est bien triste (en vérité), mais ce réel est aussi facétieux, indemne de tout propos lénifiant, doloriste, ou éduqué, selon le style petit-bourgeois et parisien de la parole progressiste convenue. Et pourtant Mathilde Larrère aurait eu tout pour succomber au genre susdit, mais voilà, les héritages, les choix, la vie qui va, inventent la transgression des genres et permettent de succomber au bonheur du pied de nez.

Mathilde Larrère, Il était une fois les révolutions

« Trône à la broche » © Agatha Frydrych

À chaque jour ou presque son épisode, et ce déroulement chaotique, pensé sans révérence mais non sans référence, nous rend contemporains du 12 juillet 1789 comme de Haïti, Saint-Pétersbourg ou Zapata en passant par la Chine de la Longue Marche et Cuba si l’on remet de l’ordre chronologique. Point d’héroïsme ni de cris, mais ces petites et grandes choses et des rappels tels que le texte de l’hymne des femmes, la recette du communard (la boisson) et la description de la carmagnole, l’habit. D’ailleurs, il était bien deux fois la Révolution, dit une citation toulousaine de 2019, et on peut en faire la morale de l’histoire d’un work in progress infini.