Photographier le blanc : la nature selon Patrick Bogner

Notre hors-série de l'été : le blancPhotographe indépendant, Patrick Bogner vit et travaille à Strasbourg. Ses thèmes de prédilection s’articulent autour de l’Ailleurs, cet autre lieu qui ne serait pas un lointain, mais l’envers d’un lieu, un ailleurs qui aurait besoin de la photographie pour s’incarner. Il arpente les terres nordiques après avoir, vingt années durant, foulé les terres reculées d’Amérique latine. Il explore, dès 2014, la thématique du Sublime, du silence et de la « tragédie du paysage » chère aux premiers romantiques allemands, ceux du cercle d’Iéna, et a publié ERDGEIST aux éditions L’atelier contemporain, en 2020.

Saillies rocheuses à l’aplomb du vide. Mers de rocaille noire, montagnes aux crêtes déchirées, falaises brisant la battue grise des flots. Heurts de vagues, chutes d’eaux, jaillissement de geysers où planent en silence des oiseaux impavides. Coulées de glaces, éboulis, moraines, routes fourvoyées, silhouettes énormes de plateformes pétrolières à l’abandon, jetées barrant vainement la mer, masures ruinées, carcasses d’avions. Figures emmitouflées et anonymes, de dos ou en profil perdu, s’éloignant, périssables, dans un désert de neige…

Les images rapportées par le photographe Patrick Bogner de ses incursions aux abords du cercle Arctique, dans les Orcades, les Féroé, à Saint-Kilda, en Islande, en Écosse, aux Hébrides ou en Norvège, mettent en scène le sublime écrasant de paysages déserts et déchaînés, inhabitables, où l’homme, fatalement de passage, vient rechercher un face-à-face avec des forces qui l’excèdent.

Les sources de son inspiration sont à chercher au-delà du regain d’intérêt récent pour cette nature nordique, ou peut-être en deçà, dans un sous-bassement culturel dont toutes les manifestations sont loin d’être taries : ce romantisme primitif dont accouche le Sturm und Drang.

Dans son avant-propos, Patrick Bogner s’inscrit résolument dans la lignée de ces écrivains allemands, anglais et français – Goethe, Lenz, Tieck, Büchner, Blake, Chateaubriand, Hugo, Nerval… – dont les citations scandent l’ouvrage et pour qui le spectacle de la nature offre le répondant d’un état intérieur. Il se déclare, surtout, héritier de Caspar David Friedrich, plaçant ainsi son travail sous l’autorité d’une peinture de paysage dont l’ambition est de susciter une contemplation égale à celle des images sacrées.