L’abédédaire d’André Breton

André Breton et  Nick Carter : c’est la rencontre imaginée, en bande dessinée comme il se doit, par David B.


David B., Nick Carter et André Breton. Une enquête surréaliste. Soleil, 56 p., 20,90 €


Or du temps, hors du temps, héros du temps, la figure d’André Breton se décline au gré des marées qui soulèvent et abaissent la littérature. Il fut le personnage central de ses récits dont le caractère documentaire sur l’au-delà dans la vie surpasse de beaucoup l’aspect autobiographique. Nadja bien sûr, dont on publie le fac-similé, mais aussi Les vases communicants, L’amour fou, Arcane 17, contiennent les récits de ces rencontres de hasard nécessaire qui ont jalonné et façonné son itinéraire. Quelques littérateurs de Série noire, tel Patrick Pécherot dans Les brouillards de la butte et Belleville-Barcelone, ont cru pouvoir en faire un personnage de fiction, jusqu’à ce qu’Alain Joubert, dans La Quinzaine littéraire, lui demande de mettre un frein à sa fantasmagorie.

David B., Nick Carter et André Breton. Une enquête surréaliste

© Éditions Soleil

André Breton, tant de fois photographié, tant de fois portraituré ou gravé (par Brauner, Max Ernst, Masson, Picabia, Picasso, Toyen), n’avait jamais fait, semble-t-il, l’objet d’une bande dessinée. Tout au plus, Maurice Henry, au coup de crayon journalistique et ressemblant, s’est-il essayé ici ou là au portrait à la ligne claire, comme il le fit pour Benjamin Péret et quelques autres.

David B. (de son vrai nom Pierre-François non pas Lacenaire mais Beauchard) s’est moins attaché à la ressemblance qu’à la vraisemblance. L’enquête, évidemment « surréaliste », dans laquelle se lance, sous sa plume, le non moins historique (mais sur un autre plan) détective Nick Carter est pleine de références qui sont ici traitées plutôt comme des clins d’œil aux connaisseurs du surréalisme que comme des illustrations en bonne et due forme. Le dessin, où domine un noir charbonneux, occupe non pas une case mais la page entière, au format à l’italienne (20,5 x 27 cm).

David B., Nick Carter et André Breton. Une enquête surréaliste

Si l’enquête de Nick Carter n’approche que par allusions la quête du merveilleux, les références à la vie de Breton et au surréalisme sont nombreuses, puisées pour l’essentiel dans la biographie américaine et à l’américaine de Mark Polizzotti, figurées par des éléments dessinés dans l’image que chacun s’amusera à identifier. C’est à une lecture divertissante que David B. nous convie, voilà pourquoi nous ne chercherons pas à lui chercher noise pour telle ou telle inexactitude, telle ou telle approximation, ni même pour cette antienne un peu lassante selon laquelle le surréalisme d’après-guerre n’aurait pas eu pour Breton « le même goût » que celui d’avant.

La publication espérée de la thèse d’Anne Foucault, Reconsidération du surréalisme 1945-1969, fera d’ailleurs justice, après d’autres, de cette vision désormais dépassée et contredite par les faits. Contredite par David B. lui-même, qui nous annonce un « prochain numéro » intitulé Le Retour du Grand Transparent. On peut toujours faire semblant de le croire !


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