À la Une

Propos d’un sage en Islam

Abd al-Rahmân al-Kawakibi

Abd al-Rahmân al-Kawakibi

Les soulèvements populaires de 2011 ont mis en lumière l’aspiration du monde arabe à la démocratie. Les manifestants qui, dans les rues des villes syriennes et sur les places de Tunis ou du Caire, criaient « Dégage ! » affirmaient leur volonté de vider le lieu du pouvoir accaparé par des potentats corrompus et inamovibles. Certains ont cru déceler dans cette dynamique la seule influence occidentale, ignorant les luttes passées, et la tradition d’une pensée politique critique de langue arabe. Du despotisme, magnifique essai d’Abd al-Rahmân al-Kawakibi, grand notable d’Alep et figure intellectuelle majeure de la fin du XIXe siècle, dans ce monde arabe en révolte contre la tyrannie de l’Empire ottoman, témoigne de la force de cette pensée encore méconnue de part et d’autre de la Méditerranée.
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par Sonia Dayan-Herzbrun

Une nouvelle chronique : Petits formats

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Quatre auteurs et six « poches » : un recueil d’essais et de conférences de Philip K. Dick, un « polar » dans le Val d’Aoste signé Antonio Manzini, trois enquêtes du détective Gordanius de Steven Saylor et La rue chaude de Nelson Algren – en version originale, A walk on the wild side…
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par Évelyne Pieiller

Arts et céramique

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Une exposition remarquable, en deux lieux différents : Ceramix. À Sèvres, dans les vastes bâtiments de la Manufacture, rénovée, ouverte à la création contemporaine. À la Bastille, à la Maison Rouge, où, depuis son installation, la surprise est de rigueur. Une ample exposition qui, sur deux cent cinquante pièces, donne à voir les avatars et la vitalité de l’art de la céramique, considéré durant quelques dizaines d’années dans sa révolution continue.
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par Georges Raillard

Le film n’est pas le cinéma

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Sur le film, de Philippe-Alain Michaud, est un livre richement illustré (trois cent trente-cinq illustrations de haute qualité) proposant une lecture rétrospective, non linéaire et décentrée de la pensée filmique telle qu’elle se déploie dans les marges de l’industrie du cinéma. Le propos principal de l’auteur est de montrer comment le film, disjoint de l’appareil qui conditionne le spectacle cinématographique, a, en retour de son invention, modifié irréversiblement l’histoire des représentations et agi sur les différents champs des pratiques artistiques.
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par Guillaume Basquin

Autoportraits

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« Enfant nu, genoux repliés », de Paula Modersohn-Becker

« Une fête est-elle meilleure parce qu’elle est plus longue ? Ma vie est une fête, une fête courte et intense », note Paula Modersohn-Becker (1876-1907), à qui Marie Darrieussecq consacre un essai biographique : Être ici est une splendeur. 185 œuvres de l’artiste sont exposés pour la première fois en France, au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.
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par Shoshana Rappaport-Jaccottet

Voyage vers l’île des morts

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Le titre de cette autobiographie pourra rebuter et son propos sembler trop anecdotique. Ne vous y fiez pas. Il y a là le récit d’une vie de lutte contre le traitement inhumain réservé aux lépreux grecs pendant les années 1930-70.
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par Ulysse Baratin

Avec des « si »

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Voici une somme nécessaire mais le souci et le scrupule des deux historiens à lister et à multiplier les détours vers tout ce qui pourrait relever du raisonnement contrefactuel fragilisent peut-être un peu le livre.
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par Philippe Artières

Mathieu Lindon,
oublier
mode d’emploi

Faisant un clin d’œil à Georges Perec, le critique littéraire Mathieu Lindon vient de publier Je ne me souviens pas, un livre d’« antimémoires ». Lindon emploie sa belle écriture en faveur des réflexions personnelles, pour montrer à quel point la civilisation française a éclaté, tel le vase de Soissons.
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par Steven Sampson

Précarité
et robustesse
du lien

Dans La fragilité du bien, Martha Nussbaum montre, aussi bien à partir des poètes tragiques que des philosophes, que la vulnérabilité fait partie intégrante de la vie éthique chez les Grecs, et soutient que nous ferions bien de nous inspirer d’eux. Mais si le bien est si fragile, qu’en reste-t-il ?
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par Pascal Engel

À Varsovie,
un théâtre
pour agir

À l’occasion de l’inauguration du Nowy Teatr, son théâtre à Varsovie, Krzysztof Warlikowski a invité des amis de toute l’Europe et au-delà, dont certains des meilleurs metteurs en scène de théâtre du moment, à réfléchir sur le rôle des artistes, aujourd’hui, dans cette Europe de la peur.
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par Jean-Yves Potel

Et toujours à la Une…

Entretiens avec Lyonel Trouillot et Makenzy Orcel

Lyonel Trouillot (© Jean-Luc Bertini) et Makenzy Orcel (© Zulma)

Lyonel Trouillot (© Jean-Luc Bertini) et Makenzy Orcel (© Zulma)

Haïti, dont le n°9 d’En attendant Nadeau est sous le signe, est une terre d’écrivains. Le Festival Étonnants Voyageurs, qui s’est ouvert hier, en a toujours accueilli les voix, les phrases, les inventions, les coups de gueule… Pour saluer l’ouverture de cette manifestation, pour saluer Haïti, nous vous offrons des entretiens audio avec deux écrivains importants appartenant à deux générations différentes, Lyonel Trouillot et Makenzy Orcel, qui parlent de leur dernière publication, de leur vision de la littérature et du pays où ils écrivent.
par Pierre Benetti

 

L’horizon de la course

Snyder Invisible sous la lumiere

La proximité des Jeux olympiques de Rio ne manquera pas de donner un éclat particulier au roman canadien Invisible sous la lumière, inspiré par les championnes de course à pied des Jeux d’Amsterdam en 1928. Carrie Snyder sait faire partager sa passion de courir grâce à un personnage de fiction à présent centenaire qui revit son siècle d’émotions intenses, de la ferme familiale à la ville de Toronto, de la guerre des hommes au sort des femmes, des médailles aux tourments.
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par Liliane Kerjan


À la Une du n°9

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Retour en Haïti, après près de deux ans d’absence. Preuve que la destruction n’est jamais assurée, Port-au-Prince n’en finit pas de se relever ses ruines. Depuis plus de deux cents ans que ce pays est libre et indépendant, il y a des gens qui y vivent et écrivent, malgré la peur, la pauvreté, les tremblements de terre et les tremblements d’hommes. Pour plein d’autres endroits du monde, c’est un pays sidérant, où l’on rassemble en un instant trois cents personnes pour un café philo en plein air, où on parle de Jacques Roumain et de Roland Barthes juste avant le journal télévisé le plus écouté du pays, où l’on se révolte à l’instant même où quelque chose choque, où il y a plus d’écrivains et de poètes que dans n’importe quel autre pays au monde. C’est ce que j’appelle un pays.
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À la Une du n°8

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Le « contre-pied » désigne en vénerie une fausse piste suivie par les chiens, mais, par une évolution curieuse, l’expression « prendre le contre-pied » en est venue à désigner le fait de diverger, de soutenir une opinion contraire, de contredire en prenant une « voie à rebours ».

Plusieurs articles de ce n°8 portent sur des ouvrages qui illustrent à leur manière cet art de prendre le contre-pied. Ce fut, de façon éminente, le cas de Simon Leys, dont une biographie par le sinologue Philippe Paquet rappelle la courageuse lucidité quant à la vraie nature de la Révolution culturelle du « Grand Timonier », quand tous ou presque s’aveuglaient. Le sinologue belge Pierre Ryckmans, devenu Simon Leys en souvenir de Victor Segalen, avait pourtant d’autres passions que la politique, comme la mer ou la peinture chinoise.
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À la Une du n°7

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Savoureuse dispersion d’intérêts dans ce numéro, à la relecture.

Passionné par le surréalisme, Dominique Rabourdin revient sur les dessins réalisés et les propos tenus par Robert Desnos « en état de rêve » en 1922-1923, qui ont si fort impressionné les Breton, Aragon, Éluard : « Sommeil transe ? Simulation ? Qu’importe ? »  en aurait dit Desnos lui-même (selon Dominique Desanti).

Écrivains français et étrangers : les romans de Mario Vargas Llosa sont désormais disponibles en Pléiade, bonne nouvelle ! L’acteur allemand Hanns Zischler est aussi l’auteur d’un récit, et de déambulations dans Berlin, dit Jean Lacoste qui s’y connaît en déambulations, puisqu’il évoque dans ce même numéro les nombreuses adresses où a habité Simone Weil en sa courte vie. Pierre Bergounioux donne une nouvelle livraison de son Carnet de notes, où le présent de l’écrivain rejoint celui du lecteur, sous le signe de « l’événement pur » , écrit Tiphaine Samoyault. Paraissent trois recueils du poète, marcheur et amoureux des fleuves Jacques Darras. Olivia Rosenthal revoit des films très célèbres : son Bambi & co rappellera des souvenirs poignants à qui a vu le film enfant, avec ravissement et douleur.
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À la Une du n°6

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Au lendemain des attentats qui ont frappé Bruxelles, il n’est pas vain de se demander, question lancinante, à quoi servent les livres, à quoi sert le fait d’en parler. Et la réponse, toujours la même, c’est que pour résister aux éclats aveuglants des événements, à la violence immédiate qu’on prend en pleine figure, il faut tenter encore de donner d’autres rythmes à la pensée, de préserver la lenteur de la lecture, d’ouvrir l’espace de la réflexion.

Le faire en se mettant à l’écoute des hantises des autres, de ce qui remonte de l’absence ou de la perte, comme le propose Marie Étienne en évoquant « trois livres hantés », qui – c’est une force de la littérature – consolent et ravagent. Le faire en acceptant les livres durs, les souvenirs du ghetto de Wilno par Yitshok Rudashevski, traduit du yiddish pour la première fois en français, parce que, presque jusqu’au bout, – c’est un adolescent qui écrit – l’espoir existe, même si tout peut arriver à tout instant. Malgré leur noirceur, les nouvelles de Chrìstos Ikonòmou, évoquant la misère sociale autant que spirituelle de la Grèce d’aujourd’hui, laissent une brèche ouverte à ce tressaillement.
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À la Une du n°5

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Il est avantageux d’avoir où aller, croit pouvoir dire Emmanuel Carrère dans un recueil substantiel de reportages et de chroniques qui forme, nous dit Norbert Czarny, assez séduit, « une sorte d’autobiographie », complétant ainsi le récit à succès de sa période évangélique. Ce faisant, Emmanuel Carrère s’expose, révèle son goût pour les faits divers et les amitiés étranges, la fascination qu’exerce sur lui les personnages inquiétants, les menteurs, les affabulateurs, les manipulateurs. Il ne renie pas en particulier son attachement pour les « héros » russes comme l’ambigu et baroque Liminov et pour ce vaste et inquiétant pays.

Pierre Benetti attire notre attention sur les travaux de la sociologue Saskia Sassen et le « panorama inquiétant » qu’elle dresse de « la violence des transformations que l’économie inflige aux sociétés humaines », d’Est en Ouest, partout dans le monde ; les atteintes infligées à l’environnement et à l’espace vécu sont, selon elle, révélatrices « des dynamiques profondes du capitalisme contemporain ». Nous serions les témoins d’une « phase historique » nouvelle qui se refuse désormais à intégrer les plus pauvres, les endettés, les « sans terre », les « déplacés », les réfugiés, confinant dans un no man’s land les exclus de l’économie-monde, les « damnés de la terre ».
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À la Une du n°4

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Engagement sans passeport pour la littérature, les idées et les arts,nous permettant de vous rencontrer, lecteurs et des lectrices, peut-être de Palmyre, de Mirepoix, de Poissy, de Sibérie, de Riga, de Galway, de Westford, de Fordham, de Amherst, de Stanley, du Liban, de Banya Luka, du Canada, du Danemark, des Marquises, de Kinston, de Stonehenge, d’Angeville, de Villefranche, de Franche-Comté, de Tervureen, de Renbeck, de Bec sur mer, de Mer, de Méribel, de Bellegarde, du Gard, de Garopa, de Paris… partout où vous êtes désireux de pouvoir lire sur les livres en français, que vous le parliez seul ou en même temps que d’autres langues. C’est ce que permet le journal en ligne et de le savoir nous rend heureux.

Cette quinzaine, nous mettons en avant des œuvres qui créent des espaces secrets, qui rappellent l’importance des choix écartés, des implications puissantes dans des causes marginales, obliques, nécessaires. C’est le cas de celui de Frantz Fanon dans l’enseignement en psychopathologie sociale et dans la psychiatrie, moins connu que celui mené aux côtés du FLN ou contre toutes les formes d’aliénation coloniale. Sonia Dayan-Herzbrun rend compte de l’important volume rassemblant ses écrits dans ce domaine. L’Hôpital psychiatrique est aussi le cadre du roman très impressionnant de Camille Laurens, Celle que vous croyez.
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À la Une du n°3

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Pierre Pachet, dans « Désoccupé », poursuit sa chronique, au plus près de l’intime, en maudissant à voix basse la paperasse inutile et réputée pourtant indispensable qui continue à envahir notre quotidien, et s’interroge en retour sur la survie, à l’ère numérique, des photos qui, elles, nous sont chères. Les clichés d’aujourd’hui garderont-ils leur rôle de mémoire, leur fonction d’archive, leur valeur de témoignage ?

En attendant Nadeau, revue numérique, s’enorgueillit, en tout cas, d’illustrer les pages consacrées aux écrivains que nous aimons des belles photographies de Jean-Luc Bertini. Nous savons depuis Proust qu’il ne faut pas chercher dans la vie la clef de l’œuvre, mais nous sommes persuadés que ces archives sensibles, ces portraits médités, qui sont aussi, à leur manière, des recensions, révèlent quelque chose de précieux sur les écrivains. Que leur auteur reçoive nos remerciements les plus sincères.
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À la Une du n°2

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Les livres de janvier se pressent, montent les uns sur les autres, réclamant l’attention. Nos collaborateurs en choisissent certains : par affinités, parce qu’une émotion les a étreints, qu’ils ont ri, se sont instruits, ont découvert de nouvelles façons de dire. Les événements s’accumulent aussi, et les idées dont on débat. Les œuvres les disposent dans leur espace et leur temps propre, comme quand Michel Vinaver redéploie l’affaire Bettencourt sur la scène du théâtre de la Colline, ou que des épisodes de l’histoire réapparaissent dans les pages du dernier livre de Michèle Audin.

Au sommaire du n°2 de notre quinzomadaire, deux écrivains français tiennent la vedette : Edouard Louis avec Histoire de la violence, qui tourne autour d’un « fait divers intime », et Olivier Rolin avec Veracruz, court roman intense et « centrifuge ». Chez les non-français, l’Américain Ryan Gattis et Montecristo de Martin Suter partent de faits, ou de scénarios plus que plausibles : les émeutes de 1992 à Los Angeles, et une crise financière mondiale. Comme si la littérature – ou les écrivains – étaient hantés par l’actualité. Mais tel n’est pas le cas avec le roman de Christopher Nicholson qui fait revivre le romancier et poète Thomas Hardy.
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À la Une du n°1

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