À la Une

Pierre Pachet (1937-2016)

Pierre Pachet décédé

Pierre Pachet est décédé le 21 juin, à Paris. © Alexandre Gouzou

En attendant Nadeau est en deuil. Elle perd l’un de ses fondateurs, le fougueux compagnon de route de la Quinzaine littéraire de Maurice Nadeau, l’écrivain sensible ouvrant des territoires toujours plus nombreux à l’autobiographie, le critique subtil, parfois emporté, intelligent toujours. Nous lui rendrons hommage au fil des jours.
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Le fantôme de la liberté

Stuart Mill

John Stuart Mill

Le libéralisme est pris tantôt comme une doctrine exprimant l’essence du capitalisme et la loi du profit, tantôt comme une doctrine accueillante pour le socialisme, devenu ainsi le « socialisme libéral ». Presque toutes les versions de ce dernier remontent, sans toujours le savoir, à Stuart Mill, qui est le fantôme revenant hanter sans cesse les discussions contemporaines. Raison de plus pour faire de lui notre auteur de chevet.
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par Pascal Engel

De la défaite à la guerre

L'équipe de Yougoslavie lors de la Coupe du Monde de football 1990 en Italie.

L’équipe de Yougoslavie lors de la Coupe du Monde de football 1990 en Italie.

Arkan plastronne au bord du terrain dans le stade Maksimir de Zagreb, le 13 mai 1990. Son club de supporters, les « Delije » (« héros » en serbe), accompagne l’Étoile rouge de Belgrade, le club de la capitale. En face, les supporters du Dinamo Zagreb ne sont pas plus aimables. Ce match entre deux équipes qui se défient tourne bientôt à l’affrontement, dans les tribunes et sur le terrain. Boban, joueur qu’on ne qualifiera pas encore de footballeur croate, se bat avec un policier. Il ne sera pas au « Mondiale » qui s’ouvre peu après en Italie. Le football est déjà la guerre, par d’autres moyens. Il ne cessera plus d’être le miroir d’un pays qui explose.
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par Norbert Czarny

Verne, l’œuvre phénix

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C’est le plus secret Jules Verne qui se révèle ici, celui qui a bien mérité les admirables vignettes hallucinées de Riou, que La Pléiade reproduit. Un Jules Verne surréaliste qui ose rêver les yeux ouverts au-delà de sa tâche d’éducateur, qu’il accomplit cependant avec conscience.
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par Maurice Mourier

Deux témoignages sur la Première Guerre mondiale

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André Pézard est à la fois connu pour son extraordinaire témoignage sur la Grande Guerre et sur les campagnes de Vauquois et pour son rôle remarquable en France dans les études italiennes. Moins connus que le front français, les combats d’Orient de la Première Guerre mondiale ne furent pas moins sanglants. C’est ce que rappelle le premier ouvrage du grec Stratis Myrivilis (1890-1967), dont la réédition comble une lacune.
par Gabrielle Napoli et Ulysse Baratin

Et aussi…

L’amour, adolescence

Dans Les amours Chino, Christian Prigent a choisi de dire les amours comiques et lyriques de Chino, rassemblant avec éclat les émotions et les sensations d’une jeunesse joyeuse et effrénée.
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par Jeanne Bacharach

Disparues

Deux disparues, que l’on publie ou republie ces temps derniers. L’une, Agnès Rouzier, est morte en 1981 ; l’autre, Anne Cayre, en 2011. Ce qui les rapproche à mes yeux, c’est leur destin tragique et leur disparition-effacement.
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par Marie Étienne

Suspense (6)

« Je suis l’une des rares personnes à prendre le roman policier au sérieux. La forme elle-même. Un jour quelqu’un réussira à en faire de la vraie littérature… et je suis assez égoïste pour espérer que ce sera moi », disait Dashiell Hammett.
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par Claude Grimal

Et toujours à la Une

Une Mouette d’aujourd’hui

La Mouette Ostermeier arno declair

La Mouette, dans une mise en scène de Thomas Ostermeier © Arno Declair

Une mise en scène de Thomas Ostermeier est toujours un événement ; celle de La Mouette, d’après Anton Tchekhov, actuellement programmée à l’Odéon, a été précédée par la parution d’un nouveau livre, Le Théâtre et la peur, qui peut éclairer certains choix contestables de l’adaptation.
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par Monique Le Roux

 

soiree nadeau maison poesie


À la Une du n°11

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Ce numéro s’ouvre sur une remarquable recension, par Dominique Goy-Blanquet, des deux tomes de la Pléiade – un « monument » – consacrés aux Comédies de Shakespeare: « comédies » si l’on veut, tant elles frôlent souvent le tragique, et où « la réconciliation finale n’est jamais parfaite. » Elle attire aussi notre attention sur l’Album Shakespeare composé par l’infatigable Denis Podalydès, qui « feuillette en images les souvenirs de l’acteur et les interprètes qui l’ont précédé dans ses rôles, de Richard II à Hamlet. » Les Comédies nous conduisent ainsi, imprévisiblement, de Tout est bien qui finit bien à La Tempête, « dernière œuvre signée du seul Shakespeare, qu’on lit souvent comme son adieu au théâtre. » C’est la merveille inépuisable de cette œuvre.

Sonia Combe rend compte pour nous de livres non traduits en français. Elle consacre un article passionnant, parce que sensible aux ambiguïtés, à la carrière et à l’œuvre d’une Allemande, Elfriede Brüning, célèbre chez elle et inconnue ici, qui « aura publié 32 romans (dont 4 sous la République de Weimar et le IIIe Reich, 19 en RDA et 9 après la réunification de l’Allemagne) »… Ces chiffres et ces dates rendent perplexe. Communiste, féministe, fut-elle courageuse ou habile ? Critique ? Subversive ? Auteur de second plan ? L’article ne tranche pas.

Liliane Kerjan relie habilement deux romans d’auteurs de Louisiane, avec des personnages pittoresques, dans un univers dangereux, « le vieux Sud, romanesque et hors norme, celui de Faulkner, de Tennessee Wiliams ». Tim Gautreaux est « le Conrad des bayous », Tom Cooper « tient son lecteur au bout de sa pointe sèche et de son rythme rock. » Le plaisir de lire la critique réveille le désir de lire.
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À la Une du n°10

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Quoi de plus ancien que la céramique, cet art de la terre cuite, de la porcelaine, de la faïence, du grès, grâce auquel se conserve le souvenir des plus anciennes civilisations ? Quoi de plus fragile, aussi, que ces œuvres vite brisées, toujours menacées de devenir fragments ? Georges Raillard revient sur des expositions qui ont mis en valeur la récente « révolution continue » de cette technique du feu et de la terre, jamais assurée de ses résultats, dans le souvenir des « terres de grand feu » de Miró et de Picasso, dans l’attention aux créations plus contemporaines.

Permanence et fragilité encore, dans l’œuvre du peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907) à la courte vie de laquelle Marie Darrieussecq consacre un « essai de biographie sensible » (S. Rappoport-Jaccottet). « Une fête est-elle meilleure parce qu’elle est plus longue ? » Le livre et l’exposition du Musée d’art moderne consacrée à cette artiste bien connue en Allemagne se placent sous l’invocation d’un vers définitif de Rilke, dans la septième des Élégies de Duino, « Être ici est une splendeur ». « Hiersein ist herrlich… »

La valeur morale de nos actions, notre bonheur peuvent-ils dépendre du hasard ? L’idée choque le moraliste mais elle était familière aux Anciens. Martha C. Nussbaum montre, à partir des poètes tragiques et des philosophes, que la vulnérabilité fait partie intégrante de la vie éthique chez les Grecs. Pascal Engel s’interroge cependant sur une éthique qui n’a que la « fragilité du bien » comme fondement.
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À la Une du n°9

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Retour en Haïti, après près de deux ans d’absence. Preuve que la destruction n’est jamais assurée, Port-au-Prince n’en finit pas de se relever ses ruines. Depuis plus de deux cents ans que ce pays est libre et indépendant, il y a des gens qui y vivent et écrivent, malgré la peur, la pauvreté, les tremblements de terre et les tremblements d’hommes. Pour plein d’autres endroits du monde, c’est un pays sidérant, où l’on rassemble en un instant trois cents personnes pour un café philo en plein air, où on parle de Jacques Roumain et de Roland Barthes juste avant le journal télévisé le plus écouté du pays, où l’on se révolte à l’instant même où quelque chose choque, où il y a plus d’écrivains et de poètes que dans n’importe quel autre pays au monde. C’est ce que j’appelle un pays.

Nous avons fait des rencontres, des entretiens. Nous les publions en hommage au festival « Étonnants voyageurs » qui s’ouvre à Saint-Malo le 14 mai. Qu’En attendant Nadeau soit lu en Haïti, à la faveur de tout ce qui nous relie, est un bonheur immédiat, précieux de la concordance des espaces et des temps que permet internet et la confiance dans un espace critique relié aux savoirs et aux expériences politiques et poétiques de mes amis là-bas : James Noël, Néhémy Pierre, Bérard Cenatus, Pascale Monnin, Ralph Jean-Baptiste, Lyonel Trouillot…

Des ruines d’Hubert Robert aux ruines de Tchernobyl s’ouvre cet espace critique où nous ne cessons de réfléchir dans la mémoire de notre passé. Les articles de Gabrielle Napoli et de Maïté Bouyssy, en une de notre numéro 9, se font l’écho de cette hantise. Comment ne pas réduire ces images à de simples illustrations ? Comment comprendre qu’elles dessinent les vides et les pleins de notre pensée du commun ? Si nous ne nous souvenons pas que quelque chose toujours, ou quelqu’un, manque dans l’image, nous manquons le sens de ce qui nous relie, les morts dont nous sommes responsables.
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À la Une du n°8

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Le « contre-pied » désigne en vénerie une fausse piste suivie par les chiens, mais, par une évolution curieuse, l’expression « prendre le contre-pied » en est venue à désigner le fait de diverger, de soutenir une opinion contraire, de contredire en prenant une « voie à rebours ».

Plusieurs articles de ce n°8 portent sur des ouvrages qui illustrent à leur manière cet art de prendre le contre-pied. Ce fut, de façon éminente, le cas de Simon Leys, dont une biographie par le sinologue Philippe Paquet rappelle la courageuse lucidité quant à la vraie nature de la Révolution culturelle du « Grand Timonier », quand tous ou presque s’aveuglaient. Le sinologue belge Pierre Ryckmans, devenu Simon Leys en souvenir de Victor Segalen, avait pourtant d’autres passions que la politique, comme la mer ou la peinture chinoise.

Épisode tout aussi dramatique de l’histoire : Sonia Combe nous entretient du dernier livre de Sheila Fitzpatrick, une soviétologue australienne, « chef de file de l’école dite “ révisionniste” américaine », qui analyse le « mode de domination » exercé par Staline et son entourage. Triste constat de ce « portrait de groupe avec Staline » : le dictateur était loin d’être seul.

Certains épisodes d’une période plus lointaine de l’histoire demeurent sujets à controverse, comme les relations entre l’humaniste Thomas More – l’auteur de L’Utopie – et Thomas Cromwell – à ne pas confondre avec Oliver Cromwell ! – dont Dominique Goy-Blanquet rappelle les fortunes changeantes au temps d’Henri VIII. Une série télévisée à succès, Les Tudors, s’est appliquée à traduire sur écran cette naissance de l’Église anglicane. Le premier Brexit… ?
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À la Une du n°7

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Savoureuse dispersion d’intérêts dans ce numéro, à la relecture.

Passionné par le surréalisme, Dominique Rabourdin revient sur les dessins réalisés et les propos tenus par Robert Desnos « en état de rêve » en 1922-1923, qui ont si fort impressionné les Breton, Aragon, Éluard : « Sommeil transe ? Simulation ? Qu’importe ? »  en aurait dit Desnos lui-même (selon Dominique Desanti).

Écrivains français et étrangers : les romans de Mario Vargas Llosa sont désormais disponibles en Pléiade, bonne nouvelle ! L’acteur allemand Hanns Zischler est aussi l’auteur d’un récit, et de déambulations dans Berlin, dit Jean Lacoste qui s’y connaît en déambulations, puisqu’il évoque dans ce même numéro les nombreuses adresses où a habité Simone Weil en sa courte vie. Pierre Bergounioux donne une nouvelle livraison de son Carnet de notes, où le présent de l’écrivain rejoint celui du lecteur, sous le signe de « l’événement pur » , écrit Tiphaine Samoyault. Paraissent trois recueils du poète, marcheur et amoureux des fleuves Jacques Darras. Olivia Rosenthal revoit des films très célèbres : son Bambi & co rappellera des souvenirs poignants à qui a vu le film enfant, avec ravissement et douleur.

Philosophes: Pascal Engel nous invite à lire une monumentale Histoire des sciences et des savoirs qui, écrit-il, « fera sûrement date » , justement parce qu’elle ne sépare pas ces deux termes. Jean-Michel Salanskis rapproche philosophie « française » (Deleuze, Derrida, Foucault, Lyotard) et philosophie analytique, assure Christian Descamps. À voir.

Jacques Le Rider, qui connaît si bien la Vienne de la grande époque créatrice, éclaire la composition par Arthur Schnitzler de sa nouvelle Gloire tardive, qu’il a d’abord approuvée, puis renoncé à publier, et qui, dit le connaisseur, « porte la griffe du meilleur Schnitzler ». Un texte à découvrir, une énigme qui persiste.
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À la Une du n°6

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Au lendemain des attentats qui ont frappé Bruxelles, il n’est pas vain de se demander, question lancinante, à quoi servent les livres, à quoi sert le fait d’en parler. Et la réponse, toujours la même, c’est que pour résister aux éclats aveuglants des événements, à la violence immédiate qu’on prend en pleine figure, il faut tenter encore de donner d’autres rythmes à la pensée, de préserver la lenteur de la lecture, d’ouvrir l’espace de la réflexion.

Le faire en se mettant à l’écoute des hantises des autres, de ce qui remonte de l’absence ou de la perte, comme le propose Marie Étienne en évoquant « trois livres hantés », qui – c’est une force de la littérature – consolent et ravagent. Le faire en acceptant les livres durs, les souvenirs du ghetto de Wilno par Yitshok Rudashevski, traduit du yiddish pour la première fois en français, parce que, presque jusqu’au bout, – c’est un adolescent qui écrit – l’espoir existe, même si tout peut arriver à tout instant. Malgré leur noirceur, les nouvelles de Chrìstos Ikonòmou, évoquant la misère sociale autant que spirituelle de la Grèce d’aujourd’hui, laissent une brèche ouverte à ce tressaillement.
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À la Une du n°5

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Il est avantageux d’avoir où aller, croit pouvoir dire Emmanuel Carrère dans un recueil substantiel de reportages et de chroniques qui forme, nous dit Norbert Czarny, assez séduit, « une sorte d’autobiographie », complétant ainsi le récit à succès de sa période évangélique. Ce faisant, Emmanuel Carrère s’expose, révèle son goût pour les faits divers et les amitiés étranges, la fascination qu’exerce sur lui les personnages inquiétants, les menteurs, les affabulateurs, les manipulateurs. Il ne renie pas en particulier son attachement pour les « héros » russes comme l’ambigu et baroque Liminov et pour ce vaste et inquiétant pays.

Pierre Benetti attire notre attention sur les travaux de la sociologue Saskia Sassen et le « panorama inquiétant » qu’elle dresse de « la violence des transformations que l’économie inflige aux sociétés humaines », d’Est en Ouest, partout dans le monde ; les atteintes infligées à l’environnement et à l’espace vécu sont, selon elle, révélatrices « des dynamiques profondes du capitalisme contemporain ». Nous serions les témoins d’une « phase historique » nouvelle qui se refuse désormais à intégrer les plus pauvres, les endettés, les « sans terre », les « déplacés », les réfugiés, confinant dans un no man’s land les exclus de l’économie-monde, les « damnés de la terre ».
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À la Une du n°4

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Engagement sans passeport pour la littérature, les idées et les arts,nous permettant de vous rencontrer, lecteurs et des lectrices, peut-être de Palmyre, de Mirepoix, de Poissy, de Sibérie, de Riga, de Galway, de Westford, de Fordham, de Amherst, de Stanley, du Liban, de Banya Luka, du Canada, du Danemark, des Marquises, de Kinston, de Stonehenge, d’Angeville, de Villefranche, de Franche-Comté, de Tervureen, de Renbeck, de Bec sur mer, de Mer, de Méribel, de Bellegarde, du Gard, de Garopa, de Paris… partout où vous êtes désireux de pouvoir lire sur les livres en français, que vous le parliez seul ou en même temps que d’autres langues. C’est ce que permet le journal en ligne et de le savoir nous rend heureux.

Cette quinzaine, nous mettons en avant des œuvres qui créent des espaces secrets, qui rappellent l’importance des choix écartés, des implications puissantes dans des causes marginales, obliques, nécessaires. C’est le cas de celui de Frantz Fanon dans l’enseignement en psychopathologie sociale et dans la psychiatrie, moins connu que celui mené aux côtés du FLN ou contre toutes les formes d’aliénation coloniale. Sonia Dayan-Herzbrun rend compte de l’important volume rassemblant ses écrits dans ce domaine. L’Hôpital psychiatrique est aussi le cadre du roman très impressionnant de Camille Laurens, Celle que vous croyez.

À force d’avoir été retenu, tenu secret, le récit des nombreuses années que Catherine Millot a passé dans le compagnonnage intime de Lacan est une merveille de discrétion, de vie sensible. Lacan y est très différent des portraits habituellement donnés de lui et, c’est la force de ces souvenirs, bien plus proche de nous.

Lorsque la France est vue depuis l’étranger, elle apparaît souvent plus intéressante. On devait à un anglais, Théodore Zeldin, l’histoire des passions françaises. On doit à un Mauricien professeur à Oxford, Sudhir Hazareesingh, l’histoire de la relation très particulière que la France et ses élites ont avec les idées. Ces dernières sont toujours au coeur du livre de Jean Birnbaum, Un silence religieux, dont traite ici Jean-Yves Potel.

Nous vous proposons aussi une nouvelle chronique, « Suspense », que Claude Grimal consacrera régulièrement aux enquêtes policières et aux thrillers. La musique est désormais présente dans nos colonnes grâce à Frédéric Ernest qui nous entretient cette fois de la musique dans les camps. Nous profitons aussi des possibilités que nous offre internet pour partager avec vous la vidéo d’un entretien récent de notre collaborateur Norbert Czarny avec le romancier Patrick Lapeyre à la librairie Gallimard du boulevard Raspail à Paris.
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À la Une du n°3

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Pierre Pachet, dans « Désoccupé », poursuit sa chronique, au plus près de l’intime, en maudissant à voix basse la paperasse inutile et réputée pourtant indispensable qui continue à envahir notre quotidien, et s’interroge en retour sur la survie, à l’ère numérique, des photos qui, elles, nous sont chères. Les clichés d’aujourd’hui garderont-ils leur rôle de mémoire, leur fonction d’archive, leur valeur de témoignage ?

En attendant Nadeau, revue numérique, s’enorgueillit, en tout cas, d’illustrer les pages consacrées aux écrivains que nous aimons des belles photographies de Jean-Luc Bertini. Nous savons depuis Proust qu’il ne faut pas chercher dans la vie la clef de l’œuvre, mais nous sommes persuadés que ces archives sensibles, ces portraits médités, qui sont aussi, à leur manière, des recensions, révèlent quelque chose de précieux sur les écrivains. Que leur auteur reçoive nos remerciements les plus sincères.

Nous aimerions tant avoir de Shakespeare un portrait indiscutable ! Nous disposons de documents, de témoignages, qui n’empêchent pas régulièrement de voir renaître la question de son identité. Alphonse Allais le disait déjà : « Shakespeare n’a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom. » Dominique Goy-Blanquet, qui a présidé la section française de la Shakespeare Society, critique vigoureusement d’ingénieuses spéculations qui nient l’existence du « Barde » anglais. Mais surtout, pour elle, le vrai Shakespeare, l’Indiscutable, c’est celui du « portrait Sanders ».

C’est une forme d’archive originale, le portrait de groupe d’une époque, que Maïté Bouyssy retrouve, non sans une « nostalgie au goût amer », dans une bande dessinée, déjà consacrée, d’Étienne Davodeau et de Benoît Collombat, chez Futoropolis : une « enquête sur les années de plomb de la Ve République », sur les menées parfois sanglantes de ces réseaux associant pègre et police, de ces officines que l’on perçoit dans l’ombre de la tuerie d’Auriol et du « suicide » de Robert Boulin.

Loin des turpitudes de la France gaullienne, et pourtant habitée elle aussi par le désir de ne pas laisser les événements s’évanouir des mémoires, Scholastique Mukasonga, dans un récit que Gabrielle Napoli juge « parfaitement maîtrisé », revient sur le drame rwandais, en mobilisant les ressources du mythe autour d’une chanteuse, Kitami, d’une reine légendaire et de ses tambours.

D’une façon plus théorique, c’est en sociologue que Gisèle Sapiro s’interroge, à l’occasion d’un livre d’Abram de Swann, sur les « génocidaires », sur les archives des crimes de masse et les enseignements que l’on peut en tirer. Faut-il se résigner à la « banalité du mal », par quelle mauvaise foi peuvent coexister, dans un être, vie ordinaire et comportement criminel d’exception ? Question sans réponse, ou plutôt à plusieurs réponses, ici examinées, sans qu’on puisse vraiment comprendre d’où surgit pareille fureur meurtrière.

C’est en définitive la même question que pose le Journal d’Alfred Rosenberg, sinistre et vaniteux pantin, un temps considéré comme le « penseur » du Troisième Reich, le rival de Goebbels, l’idéologue nazi, journal de 600 pages (1934-1944) dans lequel Jean-Jacques Marie a eu le courage de se plonger.

Une revue qui se réclame de Maurice Nadeau ne pouvait pas ne pas faire une place aux poètes, surtout à un poète comme François Boddaert qui, comme le montre Gérard Noiret, aborde dans un rare et savant recueil, Bataille, le thème récurrent de la guerre, dans l’esprit de Villon ou des Tragiques.
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À la Une du n°2

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Les livres de janvier se pressent, montent les uns sur les autres, réclamant l’attention. Nos collaborateurs en choisissent certains : par affinités, parce qu’une émotion les a étreints, qu’ils ont ri, se sont instruits, ont découvert de nouvelles façons de dire. Les événements s’accumulent aussi, et les idées dont on débat. Les œuvres les disposent dans leur espace et leur temps propre, comme quand Michel Vinaver redéploie l’affaire Bettencourt sur la scène du théâtre de la Colline, ou que des épisodes de l’histoire réapparaissent dans les pages du dernier livre de Michèle Audin.

Au sommaire du n°2 de notre quinzomadaire, deux écrivains français tiennent la vedette : Édouard Louis avec Histoire de la violence, qui tourne autour d’un « fait divers intime », et Olivier Rolin avec Veracruz, court roman intense et « centrifuge ». Chez les non-français, l’Américain Ryan Gattis et Montecristo de Martin Suter partent de faits, ou de scénarios plus que plausibles : les émeutes de 1992 à Los Angeles, et une crise financière mondiale. Comme si la littérature – ou les écrivains – étaient hantés par l’actualité. Mais tel n’est pas le cas avec le roman de Christopher Nicholson qui fait revivre le romancier et poète Thomas Hardy.

L’inactuel a en effet lui aussi sa place, comme dans la réponse farouche de Pascal Pia, en 1956, à un auteur – non négligeable d’ailleurs – mécontent de n’avoir pas été recensé. Il est vrai que ce sujet est plus qu’actuel : il est pour nous quotidien. L’histoire, qui actualise le révolu, n’est pas non plus absente, en particulier avec la leçon inaugurale au Collège de France de Patrick Boucheron, que nous vous invitons aussi à écouter.

Mais comme l’art, en particulier la littérature, est ce qui nous réunit, ce sont des tournures de phrases, des couleurs, des idées, qui au fond nous enchantent, nous éloignant des soucis du jour pour peut-être nous aider à les affronter, ou à les envisager.
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À la Une du n°1

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