À la Une

En attendant Nadeau et Mediapart partenaires

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« Un week-end sur deux, à partir de ce samedi 27 août, l’équipe d’En attendant Nadeau publiera donc un article de son choix sur Mediapart. Il va de soi que cette collaboration se fait en toute liberté et qu’elle est d’autant plus aisée que Mediapart se retrouve aisément dans les envies éditoriales de nos partenaires. »
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par François Bonnet (Mediapart) et Jean Lacoste (E.A.N)

Bariolées et inattendues

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Le ventre vierge de Stani Nitkowski (huile sur toile, 1989). Détail. © Abbaye d’Auberive

La collection de l’abbaye d’Auberive est exposée pour quelques jours encore à la Halle Saint-Pierre. À rebours de l’histoire conformiste de l’art, au-delà des classifications hiérarchiques, Jean-Claude Volot rassemble, pendant trente-cinq ans, une collection audacieuse de six cents œuvres inattendues de soixante-dix créateurs étranges des XXe et XXIe siècles.
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par Gilbert Lascault

Hieronymus

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Jérôme Bosch (Anonyme)

À l’occasion de la grande exposition du Musée du Prado à Madrid (jusqu’au 11 septembre) qui célèbre les 500 ans de la disparition de Jérôme Bosch et réunit la quasi-totalité de son œuvre, le critique d’art et écrivain Paul Louis Rossi nous livre un texte inédit qui rappelle la vivacité mystérieuse d’une œuvre et d’une pensée d’une liberté fascinante.
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par Paul Louis Rossi

Chronique du 15 août

© Vladimir Teran Altamirano/CC

© Vladimir Teran Altamirano/CC

Depuis longtemps, je pense un certain nombre de choses du 15 août. Dans tout le Sud-Ouest, on court les corridas, on ronchonne quand sa propre maison est trop pleine – parce que l’on ne peut aller voir d’autres amis, et parce que l’on rate « sa » corrida, laquelle, d’ailleurs, personne ne sait, pas même soi-même.
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par Maïté Bouyssy

Le punk avant la lettre

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Patti Smith © Edward Mappelthorpe

M Train, de Patti Smith, et Patti Smith, la poétique du rock : New York 1967-1975, de Christine Spianti, construisent deux images totalement distinctes de l’univers de la poétesse punk américaine, à travers deux approches de l’exercice biographique.
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par Santiago Artozqui

Le kitsch et l’authenticité de la country

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Johnny Cash

Johnny Cash a repris l’image traditionnelle de virilité héroïque, « working class » et sudiste au fil des deux cents chansons qu’il a composées, mettant à son service sa belle voix de baryton-basse et son talent – moyen – de guitariste ; il a renouvelé aussi les présupposés de la country, saisissant les conventions de certaines constructions (celles des rapports entre les sexes), s’intéressant à des sujets « de gauche » (les Indiens, les prisonniers…), s’ouvrant à des « cultures » différentes (il fut ami avec Bob Dylan).
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par Claude Grimal

Un homme parmi les ombres

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Velibor Čolić © Catherine Hélie

Velibor Čolić raconte en trente-cinq brefs chapitres son arrivée en France, à Rennes, à l’âge de vingt-huit ans, ayant « pour tout bagage trois mots de français – Jean, Paul et Sartre », et son passé de soldat, mais aussi d’écrivain ; lorsqu’il en informe la « dame » qui l’accueille au foyer de demandeurs d’asile de Rennes, celle-ci lui répond : « Aucune importance mon petit ». Manuel d’exil retrace le parcours d’un homme qui arrive lesté d’une histoire qu’on ne veut pas entendre sur une terre qu’il ne connaît que par ses écrivains, et qu’il va s’approprier par l’écriture.
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par Gabrielle Napoli

Waiting for a train

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Le hobo a fourni à la littérature, à la chanson, au cinéma, un personnage qui s’adapte à des esthétiques et des idéologies variées. Lié à la mythologie américaine du train, il est associé à la ferveur nationale concernant l’espace, le mouvement et la liberté, mais aussi aux schémas imaginaires ambivalents qui accompagnent la figure du pauvre.
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par Claude Grimal

Mandrin des Bois, prince des contrebandiers

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Mandrin s’attaquant aux fermiers généraux. © Gallica

Le 26 mai 1755, Louis Mandrin est roué en place publique à Valence. Pour les financiers de la Ferme générale et l’État royal, son supplice doit servir d’exemple et terroriser les contrebandiers, toujours plus nombreux, qui défient ouvertement l’ordre fiscal et social établi. Mais que peut un bourreau contre une figure devenue légendaire et une dynamique rébellionnaire profondément ancrée dans le refus des impôts indirects et de l’inquisition des « gabelous » au siècle des Lumières ?
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par Vincent Milliot

Flâneur photographe

Josef Sudek, Prague pendant la nuit, vers 1950–1959. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don anonyme, 2010 © Succession de Josef Sudek

Josef Sudek, « Prague pendant la nuit » (vers 1950–1959). Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don anonyme, 2010 © Succession de Josef Sudek

« Voici l’œil de la providence qui voit le monde entier. » Ainsi Bohumil Hrabal accueillait-il un jour Josef Sudek à la brasserie U Kocoura, à Prague. Les deux artistes ne se connaissaient pas vraiment, mais ils partageaient le goût de la ville dans ses détours les plus intimes, un humour particulier, indispensable quand on vit sous occupation étrangère ou dans un système dénué de la moindre fantaisie, et leur originalité les plaçait en marge. De ces qualités, le visiteur du Jeu de Paume ou le lecteur du beau catalogue de l’exposition se rendra bientôt compte.
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par Norbert Czarny

L’art et la manière

Rodari art et la manière

© Gallimard

Écrivain, conservateur, directeur de musées, Florian Rodari vient de publier L’Univers comme alphabet, un remarquable ensemble de textes sur le dessin, la gravure et la photographie où il parvient à nous faire entendre le geste de la main qui trace, la profondeur tout éphémère d’un portrait, l’épaisseur du temps qui se dépose sur la feuille de papier. Comme une pensée qui s’immiscerait entre les lignes.
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par Roger-Yves Roche

Yves Bonnefoy, le dernier livre

Paysage avec nuage rouge de Piet Mondrian (1907 ou 1908), conservé au Gemeentemuseum de la Haye.

« Paysage avec nuage rouge » de Piet Mondrian © Gemeentemuseum, La Haye.

Yves Bonnefoy est un écrivain inclassable, à la manière de ceux qu’il admirait, André Breton et Pierre Jean Jouve : à la fois du côté de la poésie, du roman ou de l’essai. Non pas un écrivain hybride, mais un écrivain qui couvre les deux grands champs de la littérature : la prose, la poésie. Marie Étienne rend compte de son dernier livre, L’écharpe rouge. Stéphane Michaud lui rend hommage à l’occasion de sa disparition.

Des mots sur un divan

Barbash des mots un divan

Illustration de Maud Roditi

« Tout ce qu’il y a entre mon mari et moi, c’est une tache de café ». C’est par cette phrase douce amère que Zahava rompt le silence épais de sa psychanalyse. Sur les conseils d’un détective employé pour déceler l’infidélité soupçonnée de son mari, Zahava décide finalement de mettre en mots sur un divan, à Jérusalem, un mariage décevant et trop conventionnel. Benny Barbash signe avec La vie en cinquante minutes, un roman à la fois drôle et particulièrement juste, tant sur les relations entre les hommes que sur les pouvoirs libérateurs de la fiction.
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par Jeanne Bacharach

« Un anar qui saigne de la mort de son rêve »

Victor Serge

Victor Serge

Beaucoup des poèmes de Résistance ont été écrits entre 1933 et 1937, pendant la relégation de Victor Serge dans l’Oural (à Orenbourg) ; quelques-uns sont datés de 1928, au moment où le bras de fer entre Staline et les trotskystes devient crucial, et quelques autres encore ont été écrits à son retour à Paris après la célèbre intervention de Romain Rolland auprès de Staline. C’est dire que ce sont des « Chants d’expérience ».
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par Odile Hunoult

Et aussi…

Un émule nordique
de Kafka ?

Tout semble réuni, dans La pièce, de Jonas Karlsson, pour produire un roman anodin. Or, c’est l’ambiguïté qui caractérise ce texte, dans lequel un salarié falot d’une quelconque administration d’État mouline à longueur de journée des rapports inutiles sur des sujets non précisés.
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par Maurice Mourier

Exposition
Paul Delvaux

Dans les peintures, dans les encres, dans les aquarelles, Paul Delvaux propose un immense rêve théâtral, simultanément rayonnant et amorti, merveilleux et triste, allègre et mélancolique. Se mêlent son désir des femmes et l’angoisse, le ravissement et la peur, l’embrasement et le trouble, les aveux et le silence.
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par Gilbert Lascault

La Grèce et ses créanciers

Crise grecque, tragédie européenne, le dernier ouvrage de l’économiste américain James Kenneth Galbraith, retrace le parcours des gouvernements grecs après la crise financière mondiale de 2008, qui révéla l’état précaire des finances publiques du pays, ainsi que les négociations engagées avec leurs créanciers.
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par Nick Vanston


À la Une du n°13

numero 13 avec Pierre pachet

La livraison d’aujourd’hui, le numéro 13, a été constitué avec Pierre Pachet. Il voulait par exemple qu’on rende compte très vite du recueil de textes politiques de Julius Margolin, publié sous le titre Le procès Eichmann et autres essais et il avait demandé à Martine Leibovici de le faire. Avant d’être présent au procès d’Eichmann, en 1961, Margolin avait aussi été témoin au procès pour diffamation que David Rousset avait intenté en 1950 contre les Lettres françaises qui l’avaient accusé d’inventer de toutes pièces l’existence des camps soviétiques (où il venait de passer cinq ans). Maurice Nadeau, qui avait publié Les Jours de notre mort, l’avait aussi défendu. On comprend comment le point de vue anti-totalitaire du livre de Margolin était précieux pour Pierre Pachet, qui a toujours résisté, accompagné par la pensée de Claude Lefort, à la tentation totalitaire, qu’elle vienne de l’URSS, de l’Amérique du Sud ou de la Chine.

Ensuite, c’est en nous rendant chez lui, comme toutes les semaines, pour mettre en forme le numéro, que nous avons appris par ses enfants qu’il était mort la nuit même.

Les principes qui sont à la base de notre journal : la force d’un collectif constitué autour de Maurice Nadeau, la direction collégiale, l’indépendance critique, l’affirmation des choix, s’ils ne sont pas remis en cause par sa disparition, devaient beaucoup à sa présence, à sa liberté, à ses jugements parfois sans pitié et à son talent. Il poussait des coups de gueule, il nous critiquait souvent, il voulait toujours que nous fassions mieux et tout cela va nous manquer terriblement.

Beaucoup de gens l’aimaient, aimaient ses livres, avaient besoin d’être secoués par sa pensée provocante. Nous allons publier régulièrement des témoignages et des hommages de ces amitiés. Aujourd’hui ceux d’Édith de la Héronnière et de Jean Lacoste, demain celui de Martin Rueff et cela va continuer ; non pour enfermer son souvenir dans des hommages-tombeaux, mais pour poursuivre l’aventure avec lui, autrement. Dans son dernier éditorial, en tête du numéro 11, il avait cette phrase que nous citons de nouveau ici car elle porte ce qui nous liait et qui est aussi notre projet : « lire, c’est alors errer, se laisser déborder ou égarer, s’informer et rêver à des ailleurs. Ce que nous souhaitons à la communauté idéale de ceux qui nous suivent. »
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À la Une du n°12

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C’est l’histoire d’une Europe du football hantée par la guerre que raconte, dans Le Dernier penalty, Gigi Riva, rédacteur en chef de L’Espresso, lui-même ancien joueur (et homonyme d’un célèbre attaquant italien). Au centre de ce récit, que Norbert Czarny nous invite à méditer, Faruk Hadzibegic, un bon joueur du « Klub » de Sarajevo, un Bosniaque, musulman, laïc, aujourd’hui entraîneur au FC Valenciennes… Dans les années 90, les passions nationalistes qui vont faire éclater la Yougoslavie, réactivent les haines et les rivalités du passé, mises sous le boisseau par le régime de Tito. Avec elles resurgit le souvenir des exactions des Oustachis croates et des Serbes. Lors d’un match de Coupe du monde contre l’Argentine, Hadzibegic, lors des tirs au but, rate le dernier penalty, la Yougoslavie perd le match ; peu de temps après le pays se disloque ; Zagreb et Belgrade se lancent dans une guerre absurde. Une victoire aurait-telle sauvé la Yougoslavie ? Cette interrogation hante toujours le joueur.

« On vit encore à Theresienstadt, mais pour combien de temps ? » Notre respecté collaborateur Georges-Arthur Goldschmidt a déposé au Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon les dessins que son père, Arthur Goldschmidt, a réalisés lors de ses trois années de détention dans cette forteresse de Joseph II, à une cinquantaine de kilomètres de Prague. Arthur Goldschmidt, magistrat de Hambourg, d’origine juive, mais de confession protestante, a voulu témoigner par le dessin de la vie quotidienne, « normale » en apparence, dans ce camp, « un des plus durs du système concentrationnaire  », note Jean-Luc Tiesset, parce qu’à la violence intrinsèque s’ajoutait la « farce » de la propagande nazie vis-à-vis du monde extérieur. Mais les visages disent tout.

1916-2016 : les commémorations se succèdent, et les publications, dont Nous autres à Vauquois, le journal hallucinant d’André Pézard, un jeune sous-lieutenant à Verdun, qui deviendra plus tard un italiénisant de grand style, le traducteur de Dante. « On a rarement pu lire – note Gabrielle Napoli – un témoignage de cette qualité poétique, et la poésie ici est entièrement au service de la monstruosité et de l’horreur. » André Pézard a relevé « la gageure du témoin qui doit se confronter à l’indicible ». Quant à La Vie dans la tombe de Stratis Myravilis, c’est, selon Ulysse Baratin, un document essentiel sur le front d’Orient, d’inspiration pacifiste et d’un étonnant expressionnisme : l’expérience d’un simple soldat de Lesbos dans les tranchées de Macédoine.
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À la Une du n°11

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Ce numéro s’ouvre sur une remarquable recension, par Dominique Goy-Blanquet, des deux tomes de la Pléiade – un « monument » – consacrés aux Comédies de Shakespeare: « comédies » si l’on veut, tant elles frôlent souvent le tragique, et où « la réconciliation finale n’est jamais parfaite. » Elle attire aussi notre attention sur l’Album Shakespeare composé par l’infatigable Denis Podalydès, qui « feuillette en images les souvenirs de l’acteur et les interprètes qui l’ont précédé dans ses rôles, de Richard II à Hamlet. » Les Comédies nous conduisent ainsi, imprévisiblement, de Tout est bien qui finit bien à La Tempête, « dernière œuvre signée du seul Shakespeare, qu’on lit souvent comme son adieu au théâtre. » C’est la merveille inépuisable de cette œuvre.

Sonia Combe rend compte pour nous de livres non traduits en français. Elle consacre un article passionnant, parce que sensible aux ambiguïtés, à la carrière et à l’œuvre d’une Allemande, Elfriede Brüning, célèbre chez elle et inconnue ici, qui « aura publié 32 romans (dont 4 sous la République de Weimar et le IIIe Reich, 19 en RDA et 9 après la réunification de l’Allemagne) »… Ces chiffres et ces dates rendent perplexe. Communiste, féministe, fut-elle courageuse ou habile ? Critique ? Subversive ? Auteur de second plan ? L’article ne tranche pas.

Liliane Kerjan relie habilement deux romans d’auteurs de Louisiane, avec des personnages pittoresques, dans un univers dangereux, « le vieux Sud, romanesque et hors norme, celui de Faulkner, de Tennessee Wiliams ». Tim Gautreaux est « le Conrad des bayous », Tom Cooper « tient son lecteur au bout de sa pointe sèche et de son rythme rock. » Le plaisir de lire la critique réveille le désir de lire.
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À la Une du n°10

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Quoi de plus ancien que la céramique, cet art de la terre cuite, de la porcelaine, de la faïence, du grès, grâce auquel se conserve le souvenir des plus anciennes civilisations ? Quoi de plus fragile, aussi, que ces œuvres vite brisées, toujours menacées de devenir fragments ? Georges Raillard revient sur des expositions qui ont mis en valeur la récente « révolution continue » de cette technique du feu et de la terre, jamais assurée de ses résultats, dans le souvenir des « terres de grand feu » de Miró et de Picasso, dans l’attention aux créations plus contemporaines.

Permanence et fragilité encore, dans l’œuvre du peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907) à la courte vie de laquelle Marie Darrieussecq consacre un « essai de biographie sensible » (S. Rappoport-Jaccottet). « Une fête est-elle meilleure parce qu’elle est plus longue ? » Le livre et l’exposition du Musée d’art moderne consacrée à cette artiste bien connue en Allemagne se placent sous l’invocation d’un vers définitif de Rilke, dans la septième des Élégies de Duino, « Être ici est une splendeur ». « Hiersein ist herrlich… »

La valeur morale de nos actions, notre bonheur peuvent-ils dépendre du hasard ? L’idée choque le moraliste mais elle était familière aux Anciens. Martha C. Nussbaum montre, à partir des poètes tragiques et des philosophes, que la vulnérabilité fait partie intégrante de la vie éthique chez les Grecs. Pascal Engel s’interroge cependant sur une éthique qui n’a que la « fragilité du bien » comme fondement.
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À la Une du n°9

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Retour en Haïti, après près de deux ans d’absence. Preuve que la destruction n’est jamais assurée, Port-au-Prince n’en finit pas de se relever ses ruines. Depuis plus de deux cents ans que ce pays est libre et indépendant, il y a des gens qui y vivent et écrivent, malgré la peur, la pauvreté, les tremblements de terre et les tremblements d’hommes. Pour plein d’autres endroits du monde, c’est un pays sidérant, où l’on rassemble en un instant trois cents personnes pour un café philo en plein air, où on parle de Jacques Roumain et de Roland Barthes juste avant le journal télévisé le plus écouté du pays, où l’on se révolte à l’instant même où quelque chose choque, où il y a plus d’écrivains et de poètes que dans n’importe quel autre pays au monde. C’est ce que j’appelle un pays.

Nous avons fait des rencontres, des entretiens. Nous les publions en hommage au festival « Étonnants voyageurs » qui s’ouvre à Saint-Malo le 14 mai. Qu’En attendant Nadeau soit lu en Haïti, à la faveur de tout ce qui nous relie, est un bonheur immédiat, précieux de la concordance des espaces et des temps que permet internet et la confiance dans un espace critique relié aux savoirs et aux expériences politiques et poétiques de mes amis là-bas : James Noël, Néhémy Pierre, Bérard Cenatus, Pascale Monnin, Ralph Jean-Baptiste, Lyonel Trouillot…

Des ruines d’Hubert Robert aux ruines de Tchernobyl s’ouvre cet espace critique où nous ne cessons de réfléchir dans la mémoire de notre passé. Les articles de Gabrielle Napoli et de Maïté Bouyssy, en une de notre numéro 9, se font l’écho de cette hantise. Comment ne pas réduire ces images à de simples illustrations ? Comment comprendre qu’elles dessinent les vides et les pleins de notre pensée du commun ? Si nous ne nous souvenons pas que quelque chose toujours, ou quelqu’un, manque dans l’image, nous manquons le sens de ce qui nous relie, les morts dont nous sommes responsables.
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À la Une du n°8

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Le « contre-pied » désigne en vénerie une fausse piste suivie par les chiens, mais, par une évolution curieuse, l’expression « prendre le contre-pied » en est venue à désigner le fait de diverger, de soutenir une opinion contraire, de contredire en prenant une « voie à rebours ».

Plusieurs articles de ce n°8 portent sur des ouvrages qui illustrent à leur manière cet art de prendre le contre-pied. Ce fut, de façon éminente, le cas de Simon Leys, dont une biographie par le sinologue Philippe Paquet rappelle la courageuse lucidité quant à la vraie nature de la Révolution culturelle du « Grand Timonier », quand tous ou presque s’aveuglaient. Le sinologue belge Pierre Ryckmans, devenu Simon Leys en souvenir de Victor Segalen, avait pourtant d’autres passions que la politique, comme la mer ou la peinture chinoise.

Épisode tout aussi dramatique de l’histoire : Sonia Combe nous entretient du dernier livre de Sheila Fitzpatrick, une soviétologue australienne, « chef de file de l’école dite “ révisionniste” américaine », qui analyse le « mode de domination » exercé par Staline et son entourage. Triste constat de ce « portrait de groupe avec Staline » : le dictateur était loin d’être seul.

Certains épisodes d’une période plus lointaine de l’histoire demeurent sujets à controverse, comme les relations entre l’humaniste Thomas More – l’auteur de L’Utopie – et Thomas Cromwell – à ne pas confondre avec Oliver Cromwell ! – dont Dominique Goy-Blanquet rappelle les fortunes changeantes au temps d’Henri VIII. Une série télévisée à succès, Les Tudors, s’est appliquée à traduire sur écran cette naissance de l’Église anglicane. Le premier Brexit… ?
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À la Une du n°7

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Savoureuse dispersion d’intérêts dans ce numéro, à la relecture.

Passionné par le surréalisme, Dominique Rabourdin revient sur les dessins réalisés et les propos tenus par Robert Desnos « en état de rêve » en 1922-1923, qui ont si fort impressionné les Breton, Aragon, Éluard : « Sommeil transe ? Simulation ? Qu’importe ? »  en aurait dit Desnos lui-même (selon Dominique Desanti).

Écrivains français et étrangers : les romans de Mario Vargas Llosa sont désormais disponibles en Pléiade, bonne nouvelle ! L’acteur allemand Hanns Zischler est aussi l’auteur d’un récit, et de déambulations dans Berlin, dit Jean Lacoste qui s’y connaît en déambulations, puisqu’il évoque dans ce même numéro les nombreuses adresses où a habité Simone Weil en sa courte vie. Pierre Bergounioux donne une nouvelle livraison de son Carnet de notes, où le présent de l’écrivain rejoint celui du lecteur, sous le signe de « l’événement pur » , écrit Tiphaine Samoyault. Paraissent trois recueils du poète, marcheur et amoureux des fleuves Jacques Darras. Olivia Rosenthal revoit des films très célèbres : son Bambi & co rappellera des souvenirs poignants à qui a vu le film enfant, avec ravissement et douleur.
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À la Une du n°6

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Au lendemain des attentats qui ont frappé Bruxelles, il n’est pas vain de se demander, question lancinante, à quoi servent les livres, à quoi sert le fait d’en parler. Et la réponse, toujours la même, c’est que pour résister aux éclats aveuglants des événements, à la violence immédiate qu’on prend en pleine figure, il faut tenter encore de donner d’autres rythmes à la pensée, de préserver la lenteur de la lecture, d’ouvrir l’espace de la réflexion.

Le faire en se mettant à l’écoute des hantises des autres, de ce qui remonte de l’absence ou de la perte, comme le propose Marie Étienne en évoquant « trois livres hantés », qui – c’est une force de la littérature – consolent et ravagent. Le faire en acceptant les livres durs, les souvenirs du ghetto de Wilno par Yitshok Rudashevski, traduit du yiddish pour la première fois en français, parce que, presque jusqu’au bout, – c’est un adolescent qui écrit – l’espoir existe, même si tout peut arriver à tout instant. Malgré leur noirceur, les nouvelles de Chrìstos Ikonòmou, évoquant la misère sociale autant que spirituelle de la Grèce d’aujourd’hui, laissent une brèche ouverte à ce tressaillement.
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À la Une du n°5

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Il est avantageux d’avoir où aller, croit pouvoir dire Emmanuel Carrère dans un recueil substantiel de reportages et de chroniques qui forme, nous dit Norbert Czarny, assez séduit, « une sorte d’autobiographie », complétant ainsi le récit à succès de sa période évangélique. Ce faisant, Emmanuel Carrère s’expose, révèle son goût pour les faits divers et les amitiés étranges, la fascination qu’exerce sur lui les personnages inquiétants, les menteurs, les affabulateurs, les manipulateurs. Il ne renie pas en particulier son attachement pour les « héros » russes comme l’ambigu et baroque Liminov et pour ce vaste et inquiétant pays.

Pierre Benetti attire notre attention sur les travaux de la sociologue Saskia Sassen et le « panorama inquiétant » qu’elle dresse de « la violence des transformations que l’économie inflige aux sociétés humaines », d’Est en Ouest, partout dans le monde ; les atteintes infligées à l’environnement et à l’espace vécu sont, selon elle, révélatrices « des dynamiques profondes du capitalisme contemporain ». Nous serions les témoins d’une « phase historique » nouvelle qui se refuse désormais à intégrer les plus pauvres, les endettés, les « sans terre », les « déplacés », les réfugiés, confinant dans un no man’s land les exclus de l’économie-monde, les « damnés de la terre ».
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À la Une du n°4

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Engagement sans passeport pour la littérature, les idées et les arts,nous permettant de vous rencontrer, lecteurs et des lectrices, peut-être de Palmyre, de Mirepoix, de Poissy, de Sibérie, de Riga, de Galway, de Westford, de Fordham, de Amherst, de Stanley, du Liban, de Banya Luka, du Canada, du Danemark, des Marquises, de Kinston, de Stonehenge, d’Angeville, de Villefranche, de Franche-Comté, de Tervureen, de Renbeck, de Bec sur mer, de Mer, de Méribel, de Bellegarde, du Gard, de Garopa, de Paris… partout où vous êtes désireux de pouvoir lire sur les livres en français, que vous le parliez seul ou en même temps que d’autres langues. C’est ce que permet le journal en ligne et de le savoir nous rend heureux.

Cette quinzaine, nous mettons en avant des œuvres qui créent des espaces secrets, qui rappellent l’importance des choix écartés, des implications puissantes dans des causes marginales, obliques, nécessaires. C’est le cas de celui de Frantz Fanon dans l’enseignement en psychopathologie sociale et dans la psychiatrie, moins connu que celui mené aux côtés du FLN ou contre toutes les formes d’aliénation coloniale. Sonia Dayan-Herzbrun rend compte de l’important volume rassemblant ses écrits dans ce domaine. L’Hôpital psychiatrique est aussi le cadre du roman très impressionnant de Camille Laurens, Celle que vous croyez.
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À la Une du n°3

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Pierre Pachet, dans « Désoccupé », poursuit sa chronique, au plus près de l’intime, en maudissant à voix basse la paperasse inutile et réputée pourtant indispensable qui continue à envahir notre quotidien, et s’interroge en retour sur la survie, à l’ère numérique, des photos qui, elles, nous sont chères. Les clichés d’aujourd’hui garderont-ils leur rôle de mémoire, leur fonction d’archive, leur valeur de témoignage ?

En attendant Nadeau, revue numérique, s’enorgueillit, en tout cas, d’illustrer les pages consacrées aux écrivains que nous aimons des belles photographies de Jean-Luc Bertini. Nous savons depuis Proust qu’il ne faut pas chercher dans la vie la clef de l’œuvre, mais nous sommes persuadés que ces archives sensibles, ces portraits médités, qui sont aussi, à leur manière, des recensions, révèlent quelque chose de précieux sur les écrivains. Que leur auteur reçoive nos remerciements les plus sincères.

Nous aimerions tant avoir de Shakespeare un portrait indiscutable ! Nous disposons de documents, de témoignages, qui n’empêchent pas régulièrement de voir renaître la question de son identité. Alphonse Allais le disait déjà : « Shakespeare n’a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom. » Dominique Goy-Blanquet, qui a présidé la section française de la Shakespeare Society, critique vigoureusement d’ingénieuses spéculations qui nient l’existence du « Barde » anglais. Mais surtout, pour elle, le vrai Shakespeare, l’Indiscutable, c’est celui du « portrait Sanders ».
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À la Une du n°2

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Les livres de janvier se pressent, montent les uns sur les autres, réclamant l’attention. Nos collaborateurs en choisissent certains : par affinités, parce qu’une émotion les a étreints, qu’ils ont ri, se sont instruits, ont découvert de nouvelles façons de dire. Les événements s’accumulent aussi, et les idées dont on débat. Les œuvres les disposent dans leur espace et leur temps propre, comme quand Michel Vinaver redéploie l’affaire Bettencourt sur la scène du théâtre de la Colline, ou que des épisodes de l’histoire réapparaissent dans les pages du dernier livre de Michèle Audin.

Au sommaire du n°2 de notre quinzomadaire, deux écrivains français tiennent la vedette : Édouard Louis avec Histoire de la violence, qui tourne autour d’un « fait divers intime », et Olivier Rolin avec Veracruz, court roman intense et « centrifuge ». Chez les non-français, l’Américain Ryan Gattis et Montecristo de Martin Suter partent de faits, ou de scénarios plus que plausibles : les émeutes de 1992 à Los Angeles, et une crise financière mondiale. Comme si la littérature – ou les écrivains – étaient hantés par l’actualité. Mais tel n’est pas le cas avec le roman de Christopher Nicholson qui fait revivre le romancier et poète Thomas Hardy.

L’inactuel a en effet lui aussi sa place, comme dans la réponse farouche de Pascal Pia, en 1956, à un auteur – non négligeable d’ailleurs – mécontent de n’avoir pas été recensé. Il est vrai que ce sujet est plus qu’actuel : il est pour nous quotidien. L’histoire, qui actualise le révolu, n’est pas non plus absente, en particulier avec la leçon inaugurale au Collège de France de Patrick Boucheron, que nous vous invitons aussi à écouter.

Mais comme l’art, en particulier la littérature, est ce qui nous réunit, ce sont des tournures de phrases, des couleurs, des idées, qui au fond nous enchantent, nous éloignant des soucis du jour pour peut-être nous aider à les affronter, ou à les envisager.
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À la Une du n°1

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