Cinq clichés

Notre hors-série de l'été 2022 : NagerLa poétesse et traductrice Anne Portugal nous livre sous forme de quelques clichés l’expérience d’une nage qui enlève formellement du monde.

Nager (été 2022) : cinq clichés, par Anne Portugal

Carte marine de l’est de l’océan Atlantique, de la mer Méditerranée et d’une partie de la mer Noire, connue sous le nom de Carte Pisane (vers 1300) © Gallica/BnF

1

 et s’il est ici le baigneur rayé

 se trouvant là debout devant la vague

je vais compter les intervalles à sa suite

dans la ligne restant à terre

où c’est ineffaçable

                                             

c’est ce qu’il fait non

un peu d’ordre un projet

enveloppé dans son volume

son point d’anticipation

que les autres sur leur rocher débordent et font craquer

 

 

    2

l’économie que c’est de s’enlever formellement

chacun du monde

froidement s’engager

ça destine

un objet isolé

                       

 inclus réduite aussi

 la notation logique qu’il a

 le rapide bien mieux

 de l’arrivée

 et ça commence par au bout du quai

 

 

                                               3

l’horizon le rapport qui ne cesse

et que l’on observe

raconté supposé pratique

le remettre là mieux placé même

pris d’ailleurs

 

 y séjournes tu m’auras tu vu dedans

 nerveux morts à fixer des formats

 pour échapper disons ici

 que l’on est sans réserve

 sa marque déposée

 

 

                                               4

l’occupation de l’eau

son origine laissée par ce type

allongé comme les lourds

qui n’est que lui

son cadavre léger

 

solidaire et l’entrée pour y vivre

à retardement

simple emballage

qui nous revient

en nous rajustant à sa place

 

    5

mouvement croisé ce mouvement

vite à travers le courant

aurait pu devenir le retour

orangé habituel du champ faible

de la circulation du sang

 

commençant sauvage on doit suivre

passe t’il oblique allons

passe t’il là si l’on décidait

de projeter son arrivée

au tout dernier passage


Dernier ouvrage paru : Et comment nous voilà moins épais (P.O.L).
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