Une collection verte

Avec leur collection « Les pionniers de l’écologie », les éditions Le Pommier constituent une petite bibliothèque classique sur la nature qui peut intéresser tous les lecteurs. Après une Histoire naturelle des animaux sauvages de Buffon, La montagne de Michelet et un volume d’Alexander von Humboldt, elles présentent un second volume du savant allemand (De l’Orénoque au Cajamara, 1808), le célèbre Nature de Ralph Waldo Emerson et des textes de Jean-Jacques Audubon.


Jean-Jacques Audubon, Scènes de la nature. Présentation d’Henri Gourdin. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Eugène Bazin. Le Pommier, coll. « Les pionniers de l’écologie », 350 p., 14 €

Ralph Waldo Emerson, Nature suivi de Société et solitude. Présentation de Stéphane Afeissa. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Xavier Eyma et Marie Dugard. Le Pommier, coll. « Les pionniers de l’écologie », 368 p., 14 €

Alexander von Humbolt, De l‘Orénoque au Cajamara. Présentation de Gilles Fumey et Jérôme Gaillarder. Trad. de l’allemand par Charles Galuski. Le Pommier, coll. « Les pionniers de l’écologie », 432 p., 15 €


L’amateur d’une approche « pluridisciplinaire » façon XVIIIe siècle lira plutôt Humboldt, « le plus grand savant voyageur qui ait jamais vécu » selon Darwin. L’amoureux d’aventures et de récits sur l’Amérique du Nord suivra les pas d’Audubon, bourlingueur des années dix à quarante (du XIXe) dans les endroits reculés de son pays. Quant aux têtes plus philosophiques, elles préféreront peut-être se pencher sur Nature (1836) et Société et solitude (1870), classiques du transcendantalisme. Dans tous les cas, chacun trouvera les textes précédés d’introductions utiles, et présentés dans de belles traductions « d’époque » – ou quasi. De quoi faire réfléchir à l’idée communément admise que les traductions « vieillissent » ; celles-ci, d’une syntaxe vigoureuse et d’une étonnante richesse lexicale, sont particulièrement roboratives.

Les pionniers de l’écologie, une collection verte des éditions Le Pommier

Jean-Jacques Audubon emportera peut-être les cœurs, avec son humanité généreuse et directe. Moins connu que ses « collègues » de la collection (on sait surtout qu’il fut naturaliste et splendide illustrateur d’Oiseaux d’Amérique), il est aussi plus accessible grâce à son talent de conteur et sa fine sensibilité vis-à-vis de la « wilderness ». Citoyen des États-Unis, c’est en Américain qu’il parcourt son pays de la Floride au Labrador, notant la beauté des paysages, s’inquiétant de leur destruction et de celle des nombreux animaux qui y vivent. C’est aussi avec intérêt et sympathie – et parfois une crainte bien compréhensible – qu’il observe les humains installés ou de passage dans ces contrées peu habitées : Indiens, pionniers, esclaves fugitifs, bûcherons, pêcheurs, naufrageurs, bandits… Certains l’aident, d’autres le menacent, il raconte l’histoire de quelques-uns.

Le lecteur n’oubliera pas de sitôt les pirates du Labrador, massacreurs de guillemots, s’amusant à « broyer le poussin dans la coquille, [et à] écraser en riant les œufs sous leurs bottes puantes et grossières » avant un repas monstrueux d’oiseaux et un retour à leur vaisseau « ignoble » où ils s’effondrent fin saouls.