Le sujet divisé

De Jean-Claude Lavie, nous avions parlé il y a déjà quelques années, dans un périodique fondé par Maurice Nadeau. C’était à propos d’un précédent livre, L’amour est un crime parfait, paru chez le même éditeur, livre tout empreint d’humour et de malice. L’amour donc, toujours et encore, dans ce nouvel opuscule – Machiavel, dans une lettre à son ami Francesco Vettori, use de ce terme pour qualifier son Prince, ouvrage fondateur s’il en est –, presque une plaquette. Mais quel humour là encore et quelle densité !


Jean-Claude Lavie, Pour et contre l’amour. Monologue à deux voix. Gallimard, coll. « Connaissance de l’inconscient », 48 p., 7,50 €


Jean-Claude Lavie, Pour et contre l’amour

Visage de jeune fille, par Léonard de Vinci

Il y est question, rien de moins, de ce que peut être le fait de… penser le pour et le contre, le fait de penser à une que l’on attend et, partant, que l’on pense, ou croit aimer, lorsque l’autre, lui-même, son autre versant, en vient à douter qu’il s’agisse bien de celle-là, de la même ou peut-être de son image idéalisée. Il faut donc attendre qu’elle apparaisse pour que… soudain, ce mirage aimé, ce fantasme laisse place à une autre dans la réalité ou bien disparaisse comme tout mirage. Attendre, et continuer d’attendre, car « si on n’attend rien, il n’arrive rien ». Attendons donc mais l’attente engendre la peur, la peur « que rien ne vienne ». Mais qu’attend-on en définitive ? Eh bien ! La femme, celle dont Lacan nous a dit qu’elle n’existe pas et dont Lavie, son versant idéaliste, rêveur, nous dit que sa réalité « importe peu lorsqu’il s’agit de la réalité du désir qu’elle suscite ».

Je ne sais si Jean-Claude Lavie est musicien ou simplement mélomane mais il nous livre là, à la manière de Mozart, un divertissement tout à fait sérieux.

 Michel Plon

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