Faire face

Du coup feinté à l’uppercut, Boxe (et non « la boxe ») n’a-t-il pas tout à nous apprendre ?


Jacques Henric, Boxe. Seuil, 240 p., 18 €.


Il y a du corps là-dedans, puisque, dès les premières pages, il s’agit de boxe, de poids, de taille, de torse, de mains, de champions aux « trognes cabossées » qui, tout au long des deux derniers siècles, se succèdent sur les rings. Évocation de colosses qui s’oppose rapidement à celle d’une photo de vacances, datée du 19 juillet 1949, où un gamin de onze ans, « maigrichon (jambes fluettes, épaules étroites, côtes saillantes) » pose sur une plage : cet enfant, c’est Jacques Henric lui-même, auteur de « romans improbables » qui, un an après, sur le chemin de l’école, recevra de la part d’un camarade de classe au doux surnom de « Ducon-la-molle », un coup de poing au visage, « pour rien ou si peu », et contre lequel il ne saura se défendre. « Quel corps intime peut naître d’un corps physique qui n’a pas fait face ? » questionne Henric au tout début du livre.

Faire face, tel est sans doute le propos de ce livre au ton neutre, qui, par associations d’idées, d’une réflexion sur l’écriture aux multiples vies de boxeurs, en passant par des êtres aimés, se penche sur notre tragédie commune dont l’issue, connue d’avance, n’en reste pas moins sidérante. « Obscénité de la mort. Dignité de la mort. Quand l’une, quand l’autre ? ».

Jacques Henric Boxe Seuil

Jacques Henric © Astrid di Crollalanza

Faire face… À la vie, à la mort, à l’humiliation, au mensonge, à la vérité (mais laquelle ?), à la misère, à l’alcool, à la violence organisée, au racisme, à la haine, la liste est longue, à l’image de ces noms de boxeurs qui se succèdent avec leurs coups donnés et reçus « les yeux dans les yeux » et qui, au travers de leurs combats, nous renvoient à ce que nous sommes, à ce que nous aimerions être, à ce que nous ne serons peut-être jamais. Des boxeurs futurs champions qui parlent de la peur pour mieux la contrôler car « rien ne sépare un héros d’un lâche ».

« Un boxeur doit-il être un misanthrope de fond, qui combattrait de toute sa noire énergie mais sans colère, parce que, depuis très jeune, il aurait déjà jugé le monde et les hommes ; ou n’est-il qu’un misanthrope relatif, la pire engeance, celui qui rend des coups parce qu’il a été frappé par quelqu’un, ou, pire, parce qu’il croit l’avoir été ? ».

Feinte ? Direct ? Uppercut ? Bras ballant devant un coup donné ? Courage ? Le savons-nous ? Le saurions-nous ?

Natacha Andriamirado

À la Une du n° 19