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Journal de la littérature, des idées et des arts 21/01 – 03/02 2026

En attendant Nadeau

Éric Vuillard, Les orphelins, Une histoire de Billy the Kid
Une copie surplaque métallique du portrait de Billy the Kid, conservée au Nouveau-Mexique (1873) © CC0/WikiCommons

Histoire des revers

Les orphelins d’Éric Vuillard est un livre qui tombe littéralement à pic. En poursuivant une œuvre d’une ampleur considérable, il rappelle la place de la fiction dans l’histoire, dans nos vies. Il nous redit l’urgence de résister à un monde violent et prédateur. Et de le faire en racontant des histoires !

Éditorial

Ne pas avoir peur du vide

« À l’image mécanique et instrumentale du langage que nous propose le grand système marchand qui vient étendre son filet sur notre Occident désorienté, à la religion des choses, à l’hypnose de l’objet, […] j’oppose notre descente en langage muet dans la nuit de la matière de notre corps par les mots et l’expérience singulière que fait chaque parlant, chaque parleur d’ici, d’un voyage dans la parole […] », écrivait Valère Novarina qui vient de mourir à l’âge de 83 ans. On pourrait ajouter qu’ainsi c’est la grande aventure vitale de la lecture qui nous aide à traverser les épreuves du monde et à faire une expérience de pensée.

Sommaire

Pier Paolo Pasolini
Pétrole
par Ysé Sorel

Exposition « Chromoscope. Un regard sur le mouvement color field »
par Jérôme Duwa
Pauline Peyrade, Les Habitantes
« Étude d’un Héron Mort », Edwin Landseer (1832) (Détail) © CC0/WikiCommons

Une campagne en chaosmose

Ça grouille, ça vente, ça pue, ça érafle, ça bruisse, ça vit, ça meurt. Les habitantes de Pauline Peyrade renouvelle l’écriture de la nature, tranchant avec les nombreux romans qui disent les enjeux environnementaux par la fiction.
Sophie Houdart, Ce territoire qui comme une pulsation
Point chaud radiologique à Kashiwa (2012) © CC0/WikiCommons

Fukushima. Entre l’écorce et l’arbre : le champignon

L’anthropologue Sophie Houdart va au contact des agriculteurs de la région de Fukushima : comment vit-on et cultive-t-on sur un sol dangereux ? Sa vertigineuse enquête développe une philosophie pratique de l’adaptation au danger.
James C. Scott | Les Armes des faibles. Formes quotidiennes de la résistance paysanne
Fermier dans une rizière (Sabah, Malaisie) © CC BY-SA 3.0/Uwe Aranas/WikiCommons

La résistance au quotidien

Les paysans ont longtemps été caricaturés en moutons serviles cédant de temps en temps à des explosions de rage. Et si la résistance paysanne était d’une tout autre nature ? se demande le politiste James C. Scott dans une somme enfin disponible en français.
Vaclav SMIL, Comment nourrir le monde, L’histoire et l’avenir de l’alimentation
Vue aérienne de champs circulaires dans la région d’Al Jawf, irrigués par pivot central (Arabie saoudite) © CC BY-SA 4.0/Axelspace Corporation/WikiCommons

Un non aggiornamento alimentaire

Dans Comment nourrir le monde, Vaclav Smil récapitule ce qui se dit et s’écrit sur l’alimentation aux quatre coins du monde. Malgré cela, on demeure dubitatif à sa lecture.
Trent-Sis de Malika Moustadraf
Graffiti (Maroc) © CC-BY-4.0/Rashaad Jorden/Flickr

Contes du sang versé

Vingt ans après la mort de Malika Moustadraf, paraît la traduction française des nouvelles réunies dans Trent-Sis. La prose corrosive de l’autrice marocaine arabophone nous plonge dans un monde sans échappatoire, à la violence inouïe narrée au scalpel.
Laurent Lévy | Un portrait de Staline
La mort de Staline dans « Les Lettres françaises » du 12 mars 1953 (Exposition Neïl Beloufa, Palais de Tokyo, Paris) © CC BY 2.0/Jean-Pierre Dalbéra/Flickr

L’art, le peuple et le parti

Au lendemain de la mort de Staline, Picasso réalise un portrait du dirigeant soviétique qui déchaîne les foudres des communistes français. Avec beaucoup de talent, Laurent Lévy explore cette histoire significative.
Christine Jordis, Passion anglaise. Lire, voyager, rêver
« Dans un jardin de Shoreham », Samuel Palmer (vers 1820) © CC0/WikiCommons

Si l’Angleterre m’était contée

Avec Passion anglaise, Christine Jordis livre un panorama attachant de l’Angleterre, du nord au sud et d’est en ouest. Chemin faisant, c’est l’identité même de ce pays qu’elle parvient à nous faire toucher du doigt.
Edmund Husserl, Métaphysique phénoménologique. Manuscrits posthumes
« Tatlin au travail », El Lissitzky (1922) © CC0/WikiCommons

Husserl, le métaphysicien insistant

La très importante publication de manuscrits posthumes de Husserl confirme la dimension essentielle de la métaphysique pour le philosophe. Il voyait dans la phénoménologie à la fois une transgression de la métaphysique et la promesse de sa restauration.
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Fernando Aramburu, Le Petit
En plein vol © Jean-Luc Bertini

Aller droit au cœur

Le petit, bref roman de Fernando Aramburu, tire d’une catastrophe survenue au Pays basque une histoire aussi exemplaire qu’universelle. Un récit bouleversant de deuil et de résilience.
Voici trois romans – Marion Quantin interroge la vérité d’un face à face entre une femme vivante et son père mort, Mathilde Desaché s’inspire du dernier amour de Stendhal dans un couple à trois, et Lakis Proguidis poursuit sa réflexion sur l’art du roman en remontant de Gombrowicz à Rabelais – et des problèmes inattendus : celui posé par Isabelle Rèbre, du deuil et de la mort à propos des images photographiques, et les énigmes du sol à urbaniser par Hans Bernoulli.
Carte « La mort », d’un jeu de tarot piémontais (1865) (Détail) © CC0/WikiCommons

En bref

Les livres posent des problèmes et nous offrent des solutions. Qu’ils parlent d’amour, de deuil, de photographie, de littérature ou d’urbanisme, en voici quelques-uns qui nous font voir les choses différemment. 
Martin Rueff, Mode avion
« Synchronisme aérien en jaune-orange », Stanton Macdonald-Wright (1920) ©c CC0/WikiCommons

La poésie est véritablement le réel absolu

Mode avion, le dernier livre de Martin Rueff, est un magnifique hommage à Michel Deguy. Et une œuvre d’une inventivité poétique permanente.

HOMMAGE – Née au Liban en 1937, Vénus Khoury Ghata vient de mourir. Sa voix – qu’elle s’exprime dans la prose ou la poésie – résonne en nous et a gagné une place singulière dans la francophonie. Comment mieux lui rendre hommage qu’en retraversant ses livres et en en partageant le goût ? Pour en redire la force poétique, rappeler sa générosité et pour en percevoir avec justesse la portée de son œuvre aujourd’hui, nous republions l’ample livraison de notre chronique « À l’écoute » parue il y a tout juste un an et la lecture de plusieurs livres plus anciens.


Vénus Khoury-Ghata
Vénus Khoury-Ghata © Bruno Nuttens / Actes Sud

Traverser des frontières à chaque phrase

Née au Liban en 1937, Vénus Khoury-Ghata est l’une des grandes poètes de notre temps. Plusieurs lecteurs proposent une traversée de son œuvre en évoquant quelques-uns de ses recueils.
Rui Moreira, Sans titre (1971) © CC BY 2.0/Pedro Ribeiro Simões/Flickr

Le voyage des mots

Vénus Khoury-Ghata, qui vient d’être accueillie dans la collection Poésie/Gallimard, a l’œil précis, l’observation féroce et la générosité immense.