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Journal de la littérature, des idées et des arts 24/01 – 06/02 2024

En attendant Nadeau

Toni Morrison Beloved
Fresque murale, portrait de Toni Morrison (Pays basque, Espagne) © Domaine public

Relire Beloved

Pour En attendant Nadeau, Mohamed Mbougar Sarr a relu Beloved de Toni Morrison, dans sa nouvelle traduction par Jakuta Alikavazovic. Comment cette nouvelle interprétation change-t-elle l’un des plus célèbres romans états-uniens du XXe siècle ? D’où vient le sentiment de faire face, de phrase en phrase, à une densité qui surprend tant le lecteur ? Et que nous fait-il ressentir de Toni Morrison aujourd’hui ? L’auteur de La plus secrète mémoire des hommes (prix Goncourt 2021) mène l’enquête.

Éditorial

Plusieurs vies

Et si les récits nous faisaient vivre plusieurs vies ? Et si notre vie s’enflammait à condition d’être racontée d’une manière qui la démultiplie, l’augmente, la prolonge, accepte les contradictions et les simultanéités ? La double lecture que propose En attendant Nadeau de Vivre dans le feu, ultime livre signé Antoine Volodine, va dans ce sens.

Sommaire

Terrance Hayes
Sonnets américains pour mon ancien et futur assassin
par Claude Grimal
Donika Kelly
Bestiaire
par Claude Grimal
Richard Glazar, Derrière la clôture verte. Survivre à Treblinka
Nuage de fumée sur le site incendié lors de la révolte dans le centre d’extermination de Treblinka. (2 août 1943). Photographie de Franciszek Ząbecki, témoin oculaire de la révolte © Domaine public

Richard Glazar à Treblinka

Enfin traduit en français, Derrière la clôture verte. Survivre à Treblinka est un ouvrage essentiel pour comprendre le système d’extermination nazi. Le texte de Richard Glazar, témoin essentiel des procès de Treblinka et du Shoah de Lanzmann ouvre un espace de conscience morale pour les survivants.


Il y a des poètes qui aiment les images et des peintres qui aiment les mots. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les très beaux livres de Jean-Philippe Delhomme et de Philippe Longchamp qui semblent, par le hasard de leur rencontre, s’éclairer l’un l’autre.

Jean-Philippe Delhomme, Peindre devant soi
« Billboard Barneys New York » (L.A.), Jean-Philippe Delomme (1994) (Détail) © DR

Jean-Philippe Delhomme, les mots du peintre

 

"Dans la doublure", Philippe Longchamp © Images de Anne Brugni
« Dans la doublure », Philippe Longchamp © Images de Anne Brugni

Philippe Longchamp, les visions du poète

 

Greg Dening, Le Bounty. Passions, pouvoir, théâtre : histoire d’une mutinerie
Fletcher Christian et les mutins abandonnent à la dérive le capitaine William Bligh et 18 marins qui lui étaient restés loyaux le 28 avril 1789, de Robert Dodd (1790) © Domaine public

Sous les planches aussi, la plage

Plusieurs fois mise en scène et en récit, la révolte du Bounty semble emblématique de l’exploitation violente qui sévit au sein des marines européennes au dix-huitième siècle. Trois ouvrages récents illustrent l’intérêt que suscitent mutins et autres « damnés de la mer » dans l’actualité éditoriale.
J.M.G. Le Clézio Identité nomade
Station de bus à Lagos (Nigeria) © CC-BY-SA-4.0/Factual Evolution Media/WikiCommons

Retour vers le réel

À la lecture d’Identité nomade, on est décontenancé de voir J. M. G. Le Clézio exhiber ce qui, dans sa vie réelle, l’a incité à écrire ses romans. Une démarche surprenante qui fait penser à un prestidigitateur qui dévoilerait ses trucs. Et puis, bien sûr, on comprend que tout autre chose est en jeu. 
Emma Doude van Troostwijk, Ceux qui appartiennent au jour,
Premières lueurs © CC BY 2.0/Ivan/Flickr

L’ange passe, le pasteur se promène

Ceux qui appartiennent au jour, le premier livre d’Emma Doude van Troostwijk ressemble à une nature morte. Elle y saisit, avec une grande acuité, des sortes de micro-scènes de l’existence d’une famille de pasteurs protestants. Un récit d’une maîtrise formelle impressionnante qui explore à la fois la mémoire, l’oubli et les mots mêmes qui les expriment. 
Beata Umubyeyi Mairesse  | Le convoi.
Photos des personnes décédées lors du génocide, Mémorial du génocide (Kigali, Rwanda) © CC BY 2.0/travelmag.com/Flickr

Trouver ses propres mots

Il aura fallu trente ans à Beata Umubyeyi Mairesse pour parvenir à raconter comment elle a pu survivre au génocide des Tutsis en 1994. Avec Le convoi, elle trouve une forme qui lui permet de raconter son expérience et de se réapproprier son passé.
Antoine Volodine Vivre dans le feu
Antoine Volodine © Jean-Luc Bertini

Les débuts de la fin

Parmi la palette d’émotions offertes par la quarantaine de livres classés sous le nom du « post-exotisme » depuis le premier il y a quarante ans, celle qui provient de Vivre dans le feu est toute particulière. Plus encore que les autres, ce roman, présenté comme le dernier d’Antoine Volodine, traite de la fin d’une histoire et d’une vie. Et pourtant, il est entièrement tourné vers une initiation, c’est-à-dire un début. Si l’œuvre signée Volodine s’arrête, celle du post-exotisme continue.
Antoine Volodine Vivre dans le feu
Midsummer (Lappeenranta, Finlande) © CC-BY-SA-3.0/Petritap/WikiCommons

Par où point le brasier

Le feu, tel que le conçoit Antoine Volodine dans son dernier roman, nous tient en haleine et nous fascine : il représente un aspect important de ce qui nous arrive dans un monde qui a malheureusement toutes les chances de s’embraser encore davantage. 
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Didier Fassin, Anne-Claire Defossez, L’Exil, toujours recommencé. Chroniques de la frontière
Une des bornes de la frontière franco-italienne, près du col du Petit-St-Bernard (France) © CC BY-SA 4.0/Florian Pépellin /WikiCommons

Enquête critique sur l’exil

Entre 2019 et 2023, la sociologue Anne-Claire Defossez et l’anthropologue Didier Fassin ont adopté pour terrain de leurs recherches la frontière franco-italienne dans le Briançonnais. À l’issue de leur enquête fouillée, ils sont parvenus à une indéniable objectivation des faits qui semble urgente.
Carlo Rovelli Trous blancs
Un trou noir rétrograde © NASA/JPL-Caltech

La méthode Rovelli

Personne ne raconte la science comme Carlo Rovelli. Son dernier ouvrage consacré aux « trous blancs » ne déroge pas à sa manière profondément pédagogique d’expliquer des théories complexes et de rendre perceptible le mouvement même de la recherche.
Terrance Hayes, Sonnets américains pour mon ancien et futur assassin
« Passing stranger » © CC BY 2.0/The French Travel photograph/Flickr

Poètes pugnaces et lyriques

Les recueils de Terrance Hayes et Donika Kelly abordent de front les insécurités d’une « existence noire » dans l’Amérique d’aujourd’hui. Des textes inventifs et audacieux qui trouvent un équilibre entre histoire personnelle et collective. 
Dambudzo Marechera La maison de la faim
« Intestins » ( Encre dans de l’eau) © CC BY 2.0/Leonardo Aguiar/Flickr

Le sang coule, l’encre suture

La maison de la faim de Dambudzo Marechera est probablement le grand livre du jeune écrivain zimbabwéen mort en 1987 à trente-cinq ans. Il méritait une belle nouvelle traduction qui remette en lumière un texte qui fait éprouver la condition noire dans sa réalité la plus organique.
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Les derniers articles de notre numéro 189

Jean-François Beauchemin, Archives de la joie – Petit traité de métaphysique animale Le vent léger
Lanternes de papier © CC BY 2.0/Patrick Lordan/Flickr

Prendre la joie au sérieux

Lire l’écrivain québécois Jean-François Beauchemin est un vrai bonheur. Ses deux livres – Le vent léger et Archives de la joie – nous lavent littéralement de la laideur et de la peur, de l’égoïsme et de l’aveuglement. Étonnants, ils font de nous des êtres neufs, prêts à continuer à aimer le monde en y décelant chaque bribe de beauté.
Alain Freudiger Arpenté
Sans titre © Hugo Pradelle

L’extase du pays natal

Dans Arpenté, Alain Freudiger raconte les territoires minuscules de son enfance. Avec une grande économie de moyens, il explore une géographie fondatrice, les expériences qui y prennent corps et confie l’illumination de la découverte de soi-même, de ses origines, de ses limites. Il se dégage de ce récit précis et touchant une sorte d’extase et de jouissance à être, tout simplement. 
Phœbe Hadjimarkos Clarke, Aliène.
La bête © Jean-Luc Bertini

Demain les bêtes ?

Entre comique et drame, Aliène, deuxième roman de Phœbe Hadjimarkos Clarke, situe nos incertitudes contemporaines entre le comique et le drame. Dans ce roman faussement campagnard, on trouve une chienne clonée et des extraterrestres pourchassant des chasseurs… et la réussite de la fiction sociale.
Il ne faut rien dire de Marielle Hubert
Une femme à la fenêtre © Jean-Luc Bertini

Une histoire qui tienne enfin debout

Il ne faut rien dire, le deuxième récit de Marielle Hubert est l’un des plus forts de la rentrée littéraire hivernale. On y découvre une voix, une manière de considérer la mémoire, la filiation, les violences et les fantômes qui nous hantent. Un texte d’une lucidité implacable dont l’audace narrative impressionne. 
Sophie Divry, Fantastique histoire d’amour
« Cristal bleu, Musée Swarovski » © CC BY 2.0/Shadowgate/Flickr

À la poursuite du cristal bleu

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"Figures du jour & Mannequins", Debora Vogel (Détail) © La Barque
« Fille dans un rocker », Henry Lyman Sayen (1917-1918) ©CC BY 4.0/Rawpixel Ltd/Flickr

Pour qui écrire en yiddish ?

La traduction de deux recueils poétiques de Debora Vogel est porteuse d’un véritable mystère. Pourquoi cette philosophe et critique polonaise, polyglotte, proche du peintre et écrivain Bruno Schulz, et ici poète, a-t-elle finalement choisi d’écrire en yiddish ?

De la Nature à la Terre

Dans La Terre habitable, Jérôme Gaillardet déploie une réflexion très riche sur la manière dont on conçoit l’environnement et nos liens avec lui. Dans cet essai au ton très libre, il interroge en profondeur le concept de « nature » auquel il préfère celui de « terre » et donne véritablement matière à penser le vivant. 

La profonde légèreté de Catherine Pozzi

Quelle excellente idée que de publier Peau d’âme de Catherine Pozzi. On se passionne pour une femme étonnamment libre, proche de Valéry et de Rilke, ses textes, sa conception de la littérature et de la philosophie, sa manière singulière d’être poète et d’écrire sur les sciences. 

Fonder l’unité des sciences sociales

Avec Les structures fondamentales des sociétés humaines, il s’agit tout simplement pour Bernard Lahire de tenir compte des enseignements de l’histoire des sciences pour renouveler la sociologie. Son livre magistral, qui suscitera des controverses, constitue une étape décisive dans la compréhension de ce que nous sommes.
Consultez le second volet du numéro :