Papiers retrouvés (2)

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Cette coupure de presse de quelques lignes, soigneusement découpées, a été retrouvée dans un exemplaire de l’édition de 1935 du magistral Staline : Aperçu historique du bolchevisme, de Boris Souvarine. Il s’agit du début d’un important article intitulé « Choses d’Espagne », publié le 15 octobre 1937 dans le numéro 12 des Nouveaux Cahiers, fondés au début de la même année, et alors édités par Alcan. Malgré leur date, ces lignes semblent – pourraient – avoir été écrites hier. Elles servent de prologue à un violent réquisitoire contre les « falsifications, erreurs manifestes et contre-vérités flagrantes » opérées en Espagne par tous ceux, de « droite » comme de « gauche », qui avaient intérêt à anéantir toute possibilité de révolution dans ce pays. « L’intervention russe dans la guerre hispano-espagnole implique, bien entendu, des risques de guerre générale », de même, « bien entendu », que les interventions italiennes et allemandes, démontre Souvarine au cœur de ce long article tout aussi éclairant et implacable que son Staline. En soulignant à plusieurs reprises : « Tels sont les faits. »

« Quant aux raisons politiques […] conclut-il, elles se résument en ceci que les républicains n’ont pas tenu les promesses de la République, constatation particulièrement accablante pour les socialistes de toutes nuances : qu’ont-ils fait, les uns et les autres, pour tous ces paysans sans terre, pour tous ces ouvriers sans travail, pour toute cette plèbe privée de perspectives meilleures et acculée à l’agonie ou à la révolte ? Les anarchistes, pour leur part, ont trop souvent pratiqué à outrance la politique du pire en niant obstinément la politique, contre l’évidence, et abusé du droit de contredire au maximum les paroles souvent extravagantes (leurs théories abstraites) par les actes parfois raisonnables (leur opportunisme gouvernemental)… De tant d’aberrations, d’aveuglements et d’égoïsmes, il résulte à présent l’indescriptible chaos qui menace, en s’éternisant, de se propager à l’Europe entière ».

Ceux qui voudraient lire cet article dans son intégralité peuvent le retrouver dans À contre-courant : Écrits, 1925-1939 de Boris Souvarine, réunis par Jeannine Verdès-Leroux en 1985 chez Denoël.

Un des mots d’ordre de Souvarine était : « Il faut connaitre la sinistre histoire d’hier pour comprendre la tortueuse politique d’aujourd’hui et de demain ».


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