Une réponse de Nathalie Heinich

Dans son compte-rendu du livre de Claude Gautier et Michèle Zancarini-Fournel, De la défense des savoirs critiques, Alain Policar m’accuse de commettre un « invraisemblable contresens » et de me « tromper lourdement » à propos de la notion de neutralité axiologique chez Max Weber, ainsi que de « n’[avoir] pas lu » les travaux d’Isabelle Kalinowski sur la question. Libre à lui de considérer celle-ci comme « l’une des meilleures interprètes de la pensée wébérienne » (ce n’est pas l’avis de tous les sociologues, ni le mien), mais peut-être aurait-il dû avoir la prudence, avant de proférer ces accusations non fondées, de consulter mes propres travaux sur la question. Il aurait pu ainsi constater que j’ai publié dès 2002 un article sur le sujet dans Questions de communication (suivi d’un débat avec plusieurs sociologues) ; que j’ai épinglé dans mon Bêtisier du sociologue, en 2009, les fautes de raisonnement des contempteurs de la neutralité axiologique ; et que j’ai développé ce point de façon plus académique dans Des valeurs en 2017. Que les adeptes de la sociologie critique (dont Isabelle Kalinowski) souhaitent se débarrasser d’une obligation de neutralité qui leur interdit de cumuler les profits de l’engagement avec ceux de la prétention à la scientificité est une chose ; mais c’en est une autre d’ignorer ou de déformer, comme le fait Alain Policar, les arguments de ceux qui, comme moi, tentent de mettre un minimum d’exigence épistémologique dans la pratique des sciences sociales. Nathalie Heinich

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