Traces de Jack London

Alors que paraissent deux volumes de la bibliothèque de la Pléiade consacrés à Jack London, EaN a demandé à des écrivains quelle place il occupe dans leur mémoire de lecteurs et d’écrivains et publie les textes de Fabien Clouette et Quentin Leclerc, Marie Desplechin, Linda Lê, Maurice Mourier, Catherine Poulain, Jean Rolin et Éric Vuillard.


Jack London, Romans, récits et nouvelles. Sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Marc Amfreville, Véronique Béghain, Antoine Cazé, Marc Chénetier, Aurélie Guillain, Clara Mallier, Marie-Claire Pasquier et Stéphane Specq.  Bibliothèque de la Pléiade, 2 vol., 1 536 et 1 616 p., 62 € chacun.


Bien sûr, il y a Croc Blanc et Martin Eden. Et les chercheurs d’or, le chemin de fer, les docks. Le voyage, le journalisme, la révolution. On l’a souvent rapproché de Robert Louis Stevenson et de son Île au trésor, il est plus proche du Moravagine de Blaise Cendrars et de John Reed, l’auteur de Cent jours qui ébranlèrent le monde. On sait à peu près où il se trouve, du côté de l’aventure politique et intérieure, des mots qui racontent la modernité matérielle. Mais quand même : Jack London fait partie de ces écrivains qu’on connaît seulement « de nom ». Beaucoup de lecteurs devinent le monde sans s’y être vraiment aventurés. Il est comme un ancêtre de la littérature, méconnu et proche à la fois. C’est la constatation faite par En attendant Nadeau au moment de la parution de deux tomes de Romans, récits et nouvelles de Jack London dans la Bibliothèque de la Pléiade, sous la direction de Philippe Jaworski.

Jusqu’à présent, les livres de Jack London se lisaient principalement en français dans l’édition de poche 10/18 ou dans une plus récente chez Phébus. Les deux projets, à leur manière, ont été des aventures. De 1973 à 1986, les éditeurs Christian Bourgois et Francis Lacassin publient cinquante et un volumes du romancier, nouvelliste et journaliste né en 1876 dans la ville de la ruée vers l’or, San Francisco. Les lecteurs français découvrent que l’auteur de White Fang (ou Croc Blanc) est aussi celui d’un roman révolutionnaire d’anticipation, The Iron Heel, ou encore de People of the abyss, reportage dans les quartiers misérables de Londres en 1902. A peu près au moment, Noël Mauberret approchait les éditions Gallimard pour faire entrer Jack London aux côtés de Charles Baudelaire et de Marcel Proust dans la Pléiade. Gallimard ne fut pas intéressé. Dans les années 2000, Noël Mauberret fit une nouvelle édition complète chez Phébus, avec de nouvelles traductions.

Deux générations plus tard, Jack London se lit en Pléiade. Que reste-t-il de lui dans nos mémoires de lecteurs ? Pour le savoir, En attendant Nadeau voulait ouvrir ses pages à des écrivains. Pour certains, c’est une figure : celui qui porte attention aux misérables pour Linda Lê, celui qui choisit le métier d’écrire pour Eric Vuillard, celui qui exprime le monde physique pour Catherine Poulain. Sa mémoire se transmet : d’une mère à son fils dit Marie Desplechin, de livre en livre dit Maurice Mourier. Certaines anecdotes de voyage montrent aussi que Jack London n’est pas enfermé en ses livres : ainsi, Fabien Clouette et Quentin Leclerc racontent leur rencontre avec un de ses de ses épigones californiens. Jean Rolin salue un Jack London turc.
 Jack Griffith Chaney, dit Jack London, est mort le 22 novembre 1916. Cent ans nous relient, mais il faut faut chercher ses traces pour le savoir.

Nemrut Dag

London Jean Rolin

Circle City, Alaska

Jean Rolin est un écrivain qui voyage et qui écrit à partir de ses voyages. Quand on l’a questionné sur ses affinités avec Jack London, il a répondu par une anecdote de voyage en Turquie.

Arrow, loup solitaire

London Fabien Clouette et Quentin Leclerc

En 2005, Fabien Clouette et Quentin Leclerc rencontrent à Los Angeles Jimmy Arrow qui, dans les années 80, avait réalisé des films pornographiques inspirés par l’œuvre de Jack London. Ils racontent, à quatre mains, cette soirée étrange…

Lire London à deux

Desplechin Jack London

Marie Desplechin a été marquée à l’adolescence par la lecture de Martin Eden. Elle confie, plutôt que cette expérience strictement personnelle, comment les livres de cet écrivain passent de lecteur en lecteur, jusqu’à son plus jeune fils.

Le pain et la gloire

Jack London Eric Vuillard

Construire un feu, un album de Christophe Chabouté © Glénat

Pour Éric Vuillard, deux courts textes éclairent la conception qu’eut Jack London de son « métier » d’écrivain. L’un où il s’agit de « construire un feu ». L’autre où il faut « se faire imprimer ».

Ami des animaux
et des hommes

Jack London Maurice Mourier

Maurice Mourier, écrivain, poète et critique littéraire à EaN, a dirigé une édition de Croc-blanc. Puisant dans ses souvenirs, il choisit un Jack London qui le rattache à la puissance des lectures d’enfance.

Frère d’arme,
frère de route

Jack London Catherine Poulain

Ce ne sont pas les livres de Jack London qui fascinent Catherine Poulain, mais bien sa figure, sa présence charnelle, ses traces qu’elle a passionnément aimé chercher tout au bout de l’Amérique.

Jack London dans les bas-fonds

Jack London Linda Lê

Jack London n’est pas que l’auteur de romans d’aventure. Linda Lê préfère l’œuvre de l’écrivain-reporter du Peuple de l’abîme, un livre qu’elle conçoit comme une « nef fraternelle accueillant à son bord des éclopés de l’existence ».

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